Aujourd'hui Tout Commence

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Il est bientôt 16 heures lorsque Clarke quitte le lycée. Malgré la journée écourtée, elle se sent vidée. Ce ne sont pas les cours qui l'épuisent, mais le poids des regards. Ceux de ses camarades, de ses "amis", toujours teintés d'une fausse bienveillance. Et surtout, cette question lancinante, répétée à l'infini : "Ça va ?".

Trois semaines. Trois semaines que sa sœur jumelle, Haylie, s'est "suicidée". C'est en tout cas ce que tout le monde croit. Mais Clarke, elle, refuse d'y croire. Haylie ne l'aurait jamais abandonnée. Pas elle. Pourtant, depuis ce jour, elle doit affronter l'hypocrisie ambiante : des inconnus qui lui assurent qu'ils "comprennent sa douleur", des visages pleins de pitié, alors que la plupart ne connaissaient même pas Haylie.

Elles n'avaient jamais eu de véritable foyer. De famille d'accueil en famille d'accueil, elles avaient toujours compté l'une sur l'autre. Haylie était son seul repère, son unique famille. Alors maintenant... qui lui restait-il ?

Clarke aperçoit soudain une silhouette familière à l'autre bout de la cour. Alec. Il est là, comme toujours, à l'attendre.

Un mince sourire étire ses lèvres. La réponse à sa question lui apparaît comme une évidence. Il lui reste Alec. Celui qui a toujours été là.

Ils se connaissent depuis l'enfance. Ils ont grandi ensemble, ont fait les quatre cents coups, partagé leur première cigarette. Orphelin lui aussi, Alec a été placé en foyer après la mort de ses parents. Clarke ne compte plus les nuits où ils se sont faufilés hors de leurs chambres pour se retrouver sous un ciel étoilé, parlant de tout et de rien pendant des heures. Leur lien est indéfectible, une amitié solide, précieuse.

— Alors, cette journée ? lance Alec en la rejoignant.
— Tu veux vraiment que je réponde ? rétorque-t-elle avec lassitude.
— Bon, dis-moi plutôt qui je dois menacer, plaisante-t-il.
— Crois-moi, la liste est trop longue... Ils pensent bien faire en me demandant si je tiens le coup. Si seulement ils savaient...

Sa voix se brise légèrement sur les derniers mots. Alec passe un bras autour de ses épaules et l'embrasse sur le front. Un geste familier, réconfortant. Il a toujours fait ça lorsqu'elle allait mal, comme pour lui rappeler qu'elle n'était pas seule, qu'elle n'avait rien à craindre tant qu'il était là.

— Chez toi ou chez moi ? demande Clarke en relevant les yeux vers lui.
— Très drôle, mademoiselle Cooper, répond-il avec un sourire en coin.
— Je vous remercie, monsieur Woods, réplique-t-elle en riant doucement.

Depuis la mort de Haylie, la famille d'accueil des jumelles avait refusé de garder Clarke. Elle avait été placée en orphelinat, où elle resterait jusqu'à sa majorité. Par chance, c'était le même que celui d'Alec.

Ils s'apprêtent à rentrer lorsqu'en passant la grille, Clarke sent celle-ci se refermer brusquement derrière elle.

— C'est toujours sur moi que ça tombe... se lamente Alec. Attends, je vais leur demander d'ouvrir.

Elle hoche la tête, distraite. Alec fait demi-tour, mais à cet instant, une fourgonnette noire aux vitres teintées s'immobilise juste derrière elle.

Tout se passe en une fraction de seconde. Clarke sent une poigne brutale l'agripper, son corps projeté en arrière. Elle se débat, tente de hurler, mais une douleur fulgurante irradie son cou. Une piqûre.

Ses forces l'abandonnent.

A travers le voile trouble qui envahit sa vision, elle distingue Alec, de l'autre côté de la grille, hurlant son prénom. Ses mains s'agrippent au métal, secouant la barrière avec rage.

Clarke voudrait crier, lui tendre la main, mais les ténèbres l'engloutissent avant qu'elle ne puisse faire un geste.

The Mortal IslandOù les histoires vivent. Découvrez maintenant