2 5 décembre
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L'année avait beau être émaillée d'une ribambelle de fastueux délices et de pieuses conventions, seul Noël — singulière hybridation des deux acabits susnommés – parvenait à allumer les appétits festifs d'Ailene. De merveilleux souvenirs filiaux venaient parachever sa vision déjà utopique de la chose.
Toutefois, c'était dans un univers encore embrumé qu'allait se dérouler son onzième Réveillon, et du diable si elle savait comment se tramerait le tout — si elle en concevrait d'effroyables remembrances ou, à l'inverse, des aussi tendres que celles de ses Noëls passés.
Mais son simple réveil, à l'aube du jour tant patienté, sut lui redonner confiance en la réalité. Ce fut le soleil (certes artificiel, mais des plus réconfortants) du terrier de Poufsouffle qui la cueillit des torpeurs oniriques ; cependant, un tout autre élément eut le don de l'extirper de son patchwork. Une odeur. Un opulent mélange de cannelle, de feu de bois et de sapins. Ailene se composa un sourire encore endormi, avant de délaisser sa couche.
Après s'être congrûment apprêtée, Ailene s'aventura hors du chaleureux antre des blaireaux. Son émersion dans les austères corridors de Poudlard engendra deux constats : le premier était que les lieux étaient incomparablement glaciaux, et son importante armure de laine ne put y faire grand-chose. Le second, autrement galvanisant, relevait la présence toujours vivace de ce parfum saturnal qui avait envoûté son flair, alors qu'elle abandonnait avec regrets et remords les ténèbres de velours de son sommeil.
Le sourire qui prenait derechef possession du visage d'Ailene se mua en grimace crispée, à l'instant même où le Moine Gras apparaissait à ses flancs. Non pas qu'elle déprécia le spectre (celui-ci recelait tout la l'avenance et la sympathie que l'on pouvait désirer), mais il traînait sur ses talons un sillage de vapeur qui vous figeait les membres de sa frigidité. Ailene eut du mal à souffrir ce détail.
— Excusez-moi, Ailene ; il n'était pas dans mon intention de vous frigorifier davantage, manda le fantôme adipeux, une expression complaisante soudant ses traits. Comptez-vous vous rendre quelque part ?
Aussi étonnant que cela puisse paraître, il était dans le pouvoir d'Ailene d'entendre les paroles des revenants (au même titre que portraits et esprits frappeurs). Elle ne savait foncièrement pas d'où provenait cette faille, cet offensant tutoiement à sa surdité, et, à vrai dire, s'en moquait. La poignée de semaines qu'elle avait passées à Poudlard lui avaient appris à s'en contenter et à ne pas trop se questionner.
Ailene hocha frénétiquement du chef, tandis que son éternel sourire venait fondre le plomb malaisé de sa moue. Elle immergea ses doigts au creux de l'insondabilité de ses poches, et en soutira sa baguette d'aulne. Cela fait, la môme précisa sa destination par quelques griffonnements sur l'inanité de l'air.
— À la tour de de Gryffondor. Chez mon ami Dean.
— Ah, fort bien ! J'avais également pour projet d'y aller. L'affaire d'une visite à Sir Nicholas.
Les sourcils de l'autre s'exhaussèrent en une adorable mimique d'interrogation.
— La plupart des élèves le surnomment Nick-Quasi-Sans-Tête, expliqua le Moine Gras, comme Ailene acquiesçait. Mais il trouve cela très blessant, et mon but n'est pas vraiment de vexer mon prochain.
Ailene gratifia ses mises en lumière d'un sourire compréhensif, sans pour autant lacérer le cours inexorable de ses foulées. Au terme de quelques minutes savamment distillées, le duo de Poufsouffle parvint à destination. Ayant été antérieurement éclairée par Dean, Ailene n'eut nulle peine à trouver l'entrée de la fosse aux lions. Elle se dirigea, résolue, vers la loyale effigie de la Grosse Dame.
— Soupe au pavot, calligraphia-t-elle.
— Vous pourriez me donner tous les mots de passe ayant scellé cette salle commune depuis sa création, je ne vous laisserais pas entrer, jeune fille, déclara la Grosse Dame, d'une lippe à l'agaçante intransigeance.
— Voyons, ne soyez pas si dure avec cette pauvre enfant ! s'offusqua le Moine Gras.
La pauvre enfant lui signifia d'une infime gestuelle qu'il n'était pas nécessaire de s'en formaliser. Elle porta ensuite ses prunelles penaudes vers ses souliers, triturant ses mains jointes contre son dos. Un certain moment se consomma avant qu'elle ne trouve l'audace de répondre à la toile animée.
— Je veux seulement appeler mon ami. S'il vous plaît, mada-...
Elle n'eut pas le temps de compléter ses égards déférents que la fresque circulaire pivota, laissant apparaître Dean, vêtu d'un pull-over de maille cobalt et d'un pantalon de velours ne semblant plus vraiment au goût du jour. Sa paume droite était occupée par une boîte à l'apparat de présent, la deuxième brandissait sa baguette.
— Bonjour, Ailene !
Son écriture était à la limite de l'absconsité, étant donné qu'il n'usait que d'une seule main — la gauche, au surplus. Mais son amie put la déchiffrer, avec, néanmoins, un effort oculaire de taille pour prix.
— Bonjour, Dean !
Ces insignifiantes salutations sonnaient, aux oreilles d'Ailene, le mélodieux glas d'une magnifique journée.
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fusains et cannelle
Fanfiction❝ce n'était nullement sa condition peu aisée qui l'attirait tant vers elle ; seulement le fait qu'aucun - à l'exception de ses camarades de maison - ne semblait lui porter le plus quelconque des intérêts, en dépit de cette douceur timorée qui l'auré...
