PARTIE SECONDE ii

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2 4 décembre
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          Une surprenante déflagration retentit dans la Grande Salle, et s'en alla en envoûter les dogmes antiques. Le son agaça les tympans d'un chacun, mais fut accompagné, pour la part de Dean Thomas et de Seamus Finnigan, d'une spécifité bien plus plaisante ; en d'autres termes, des volutes de brume bleue et les fruits alléchants d'un pétard-surprise.

          Seamus écopa d'un set de Bombabouses collector (cette édition-là projetait sur les feux de la rampe la puissance multipliée des excréments de dragon concassés), d'un briquet aux flammes tout à fait dénuées d'ardeur mais non moins polychromes, et d'une tasse de porcelaine ébréchée qui, au regard tant de son état que de ses fades ornements, avait dû appartenir à quelque parvenue du siècle passé.

          Dean, de son côté, avait collecté un bal d'attrapes et d'antiquités non moins éclatant. Lui échurent une casaque de mineur cabossée, trois miniatures animées de créatures fantastiques (un Jobarbille pépiant cent sympathies dans son silence, un Occamy diapré et un Crabe de Feu dont on ne put savoir s'il était passif ou agressif), et l'affiche fatiguée de la soixante-dix-septième Coupe du Monde de Quidditch — une inestimable vieillerie.

          En somme, leur moisson fut des plus fructueuses. Seamus bondissait de part et d'autre en exposant son butin aux œillades détachées de quelques connaissances, tandis que Dean cajolait le Jobarbille du doigt. Ses enjôlements mécaniques prirent fin lorsque se profila, aux bords de la Grande Salle, la silhouette d'Ailene. Celle-ci avait été accaparée à son dortoir par la recherche de ses mitaines porte-bonheur (à l'en croire), qu'elle avait oubliées avant de visiter Dean.

          Un imposant paquet ficelé à la main, sa chevelure tanguant au rythme de ses pas à la maladroite vivacité, Ailene précipitait sa stature menue vers les bancs Gryffondor. Elle fit tôt de s'y affaler.

— C'est pour toi ! écrit-elle en déposant le fatras de kraft sur la table, entre deux platées de dinde aux airelles.
— Qu'est-ce que c'est ? s'écarquilla Dean.

          Au regard de son expression, Ailene évasa ses pommettes tavelées de son en un sourire quelque peu railleur. Mais ce fut la seule riposte qu'elle réserva à sa surprise, en plus d'un éloquent signe du menton du côté du boîtier. Après l'avoir gratifiée d'un regard où la réprobation le disputait à l'amusement, Dean expulsa un soupir de résignation et s'empara de sa baguette, guetté par la circonspection d'Ailene et de Seamus — qui avait rappliqué en même temps que la susdite.

Diffindo ! scanda Dean, tandis que sa main effectuait d'elle-même une gestuelle vive et concise. Tout autant, en somme, que la scission qui en résulta : les couches successives de kraft et de carton cédèrent en un cliquetis compact, révélant un contenu des plus touchant.

          Ailene avait griffonné un portrait de lui, au fusain. Et si celui-ci ne permettait pas l'exacte retranscription des traits, il semblait toutefois pouvoir receler la déflagration de la vie — en les pores ombreux de son grain — mieux que n'importe quelle aquarelle, davantage que la plus élaborée des peintures. On percevait nettement l'étoile latente qui enchantait l'œil, l'arête racée de la pommette et la courbe du sourire.

          À la vérité... Jamais Dean ne s'était senti plus beau, important et estimé qu'en cet instant, où il était crûment confronté à la vision que son amie aux doigts d'or avait de lui. Jamais les quolibets de son beau-père ou l'indifférence de sa mère ne lui avaient paru si lointains. C'était un merveilleux sentiment — si fabuleux qu'il faillit lui mettre la larme à l'œil. Mais Dean se contenta de composer un sourire chaleureux, et de joindre Ailene et Seamus  en une même étreinte, qu'ils distillèrent dans une bolée de gloussements de gorge. Ce fut Seamus qui y mit fin, par l'une de ses satires à la cruelle pertinence.

— Qui veut du pudding au chocolat ?

fusains et cannelleOù les histoires vivent. Découvrez maintenant