L'enfant /12.10.18

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[Au cas où...
âmes sensibles s'abstenir.]

Alors l'enfant n'a plus comme arme, que la beauté de ses yeux pour tenter en vain, d'amadouer la vie qui se dresse devant lui.
Sans amour ni argent, il ne peut ni ne sait agir autrement. Il a les lèvres gercées par le froid, recouvertes de sang, et les mains tremblantes de peur. La faim le ronge de l'intérieur qui, à défaut de ne pas avoir assez de chaire à dévorer, s'attaque à ses jeunes et tendres os. Ses cheveux, déjà un à un arrachés par l'angoisse, ne lui couvrent plus le crâne sur lequel vient se déposer la neige. La nature s'attaque à lui, sans pitié. Il ne peut empêcher ses dents de hacher sa langue trop curieuse de goûter aux flocons. Il souffre, n'a plus d'autre goût en bouche que le sang, toujours le sang.

Finalement, au centre de cette torture sans nom, de cette tempête sans fin, il ne lutte plus. Il se laisse bouffer, se nourrit des rares ongles qu'il reste à ronger. Il goûte parfois aux poissons morts qui se sont échoués sur la plage entre deux marées. Il y a plus cruel que la vie qui assassine, il y a la vie qui délaisse. Qui a le plus souffert, entre cet enfant qui vient de s'effondrer et qui ne se relèvera pas, et les poissons qui ont tenté de se débattre contre leur sort ?

Non, je ne suis pas un ange, et je fais souffrir cet enfant imaginaire à la noirceur de mon encre et de mon âme. Je déverse sur lui la froideur de ma colère et l'injustice du monde.

Vulgaire enfant aux dents noires, je t'ai laissé les yeux ouverts non pour la vie, mais pour la mort. Regarde moi au travers d'elle, moi qui t'ai tant fait de mal. Hais moi plus que ta douleur et l'injustice. Regarde moi, et ne fais que cela. Il ne te reste en face, que la mort et moi, deux monstres. Les femmes sont démoniaques lorsqu'on leur fait du mal. Tu as été mon souffre douleur ce soir, je t'ai offert à elle, elle s'est abreuvée de ton innocence, sans plus de scrupule que je ne pourrai en avoir.

Pauvre innocent qui n'a survécu ce soir, repose en paix, dans la douceur de ces lignes prédessinées. Connais le repos et la chaleur de ma lampe. Tu viendras chercher vengeance dans mes cauchemars si tu le souhaites. Je t'en pris, venge-toi et mange-moi le cœur comme les corbeaux qui s'acharnent déjà sur ta carcasse.

Demain sera un autre jour, ne t'en fais pas.
Ton enfer ne dure qu'une heure.


Je garde ton regard encré en moi, comme un poids sur ma conscience.



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