J'avançais rapidement dans les ruelles mouillées de Paris, mon cabas en tissu battant contre mon flanc à chaque pas précipité. L'averse redoublait, et la pluie frappait les pavés luisants. Je n'étais pas pressée en soi, mais l'idée d'un rendez-vous avec un historien de renom ajoutait une tension sourde à ma démarche. Mon parapluie, d'un vert grenouille que personne ne pouvait ignorer, peinait à me protéger des bourrasques d'automne qui projetaient de fines gouttelettes sur mon visage.
En pénétrant dans le café, je fus instantanément enveloppée par une chaleur réconfortante, contrastant avec la tristesse de dehors. Le brouhaha des conversations, le tintement des cuillères contre la porcelaine, l'odeur du café mêlée à celle des gâteaux formaient une bulle chaleureuse. Je rangeai mon parapluie dans le bac prévu à cet effet et scrutai la salle.
Monsieur Madson était installé près d'une large baie vitrée, le regard perdu dans le vide des gouttes ruisselantes sur la vitre. Il ne semblait pas m'avoir vue entrer. Je pris une inspiration avant de m'approcher.
- Monsieur Madson ?
Il releva la tête aussitôt, comme tiré de ses pensées et un sourire étira ses lèvres.
- Mademoiselle DeGrave, ravi de vous voir. J'avais peur que vous ne veniez pas.
Sa voix était posée, légèrement nasillarde. Il m'invita d'un geste à m'asseoir et je pris place en face de lui, posant mes mains glacées sur mes genoux.
- Commandez ce que vous souhaitez, c'est pour moi.
Je pris un thé à la menthe lorsque la serveuse vint à notre table, accompagné d'une madeleine au chocolat, un dessert me rappelant la maison. Edgar Madson ne toucha pas à son café qui refroidissait lentement devant lui.
- Vous n'étiez pas à l'exposition.
Sa remarque qui n'avait rien de réprobateur n'en restait pas moins une question déguisée.
- J'avais beaucoup de travail avec l'université.
Un silence s'installa brièvement. L'historien semblait peser mes mots, jauger leur importance avant de reprendre.
- Ce n'est pas pour l'exposition que je vous ai contactée. Mais pour le tableau.
Je levai les yeux vers lui, déçue car je m'étais de toute évidence imaginé un stage qui n'existerait jamais. Son ton avait changé, plus mesuré, presque hésitant.
- Avez-vous ressenti... quelque chose en le regardant ?
Ma gorge se serra légèrement. Je ne savais pas pourquoi, mais cette question m'ébranla plus que je ne voulais l'admettre.
- Non. Pourquoi cette question ? rétorquai-je prudemment.
- Il y a des œuvres qui ont une certaine... résonance sur certaines personnes. Une impression fugace, une sensation difficile à nommer.
Je me remémorai la toile, cette femme figée dans une posture si familière qu'elle m'avait troublée. Mais ce n'était qu'une coïncidence.
- Ce n'était pas mon cas. Je dois avouer que je ne comprends pas où vous voulez en venir, ni la raison de ce rendez-vous qui n'est pas un entretien d'embauche...
Il eut un léger sourire, presque indulgent, avant d'ajouter doucement :
- Je pense que vous êtes liée à cette œuvre d'une manière que vous ne soupçonnez pas encore.
- Liée... ? répétai-je, décontenancée.
Il hocha la tête, croisant ses mains sur la table.
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A l'égard du Temps
Historical FictionQue se serait passé-t-il passé si nous étions nés à une autre époque. Qu'aurait-ce fait de vivre la Révolution ou les Années Folles ? En rêver n'est pas tout à fait pareil que de le mettre à exécution. C'est ce qui se passe lorsqu'Elia, étudiante en...
