« Ton premier passage à lieu ce week-end. Tu ne partiras pas seule, tu seras accompagnée pour tes débuts. Les cours du soir ont porté leurs fruits, tu seras comme un poisson dans l'eau avec les coutumes et moeurs encrés en toi. Le moment est venu, tu vas entrer dans l'Histoire! »
J'avais rencontré de nouveau Edgar Madson pour valider ma participation à leurs recherches et cela faisait des semaines que j'assistais à des cours particuliers sur la géopolitique, l'histoire et la culture des années 1770-1780. Je n'avais de cesse de répéter ses phrases à Monsieur Rossi, en faisant les cent pas dans la boutique, tremblante d'excitation ; ou d'appréhension peut-être. Il ne cessait de me faire répéter mes heures d'études et avait particulièrement apprécié entendre les inepties sur le cours que j'avais passé avec deux livres sur la tête durant deux heures. Les deux bouquins ne cessaient de tomber avec fracas sur la table renversant la vaisselle vide. Ils étaient tellement cornés que l'un ne se fermait plus correctement.
L'antiquaire avaient les pupilles brillantes de fierté. C'est pourquoi, juste pour admirer ce regard encore et encore, je ne me défilerai pas. Baptista Rossi vivra son aventure à travers mes histoires. Je ne savais pas si j'étais prête, mais l'aurais-je été un jour ? Certainement pas.
***
Les mains moites, je triturai mes ongles. La pulsion dans ma tête ne me quittait jamais dans le sas, elle était omniprésente. Je dansai sur mes deux pieds tentant de faire passer mon envie irrépressible de me soulager.
- Il est l'heure, s ' e x c l a m a Celine Guenguy. Vous passerez et arriverez le samedi 27 octobre 1787 dans le Parc de Clagny.
- La résidence n'existait pas à cette époque, il s'agissait d'un parc. Celui de Clagny ; nous arrivons là où nous partons, précisa à mon oreille Natalia.
- Il est 09H05. La mission dure 4 heures pour familiariser Mademoiselle DeGrave, elles reviendront donc à 13h05.
Natalia s'approcha de moi et la pointe de ses cheveux noirs frôlèrent mes doigts lorsqu'elle prit mes mains dans les siennes. Elle en était à son 19ème passage, et aujourd'hui serait son 20ème.
- Je passe avant toi, je t'attendrai de l'autre côté. Surtout détends toi et prends ton temps. Tout ira bien.
Elle me fit un clin d'oeil rassurant avant de fermer ses yeux et de relâcher le moindre de ses muscles faciales. J'observai son teint poudré en blanc qui contrastait avec le bleu foncé de son manteau de velours. Elle était magnifique ainsi, telle une poupée de porcelaine sans défaut. Mais la poupée disparut sans crier gare. Il avait suffi d'un clignement d'oeil pour qu'elle ne soit plus dans la pièce. Une vague d'énergie balaya mon corps avant de le laisser tout pantelant.
Edgar Madson me fit un léger hochement de tête m'invitant à fermer les yeux à mon tour. Je fis le vide dans mon esprit comme expliqué lors des séances d'entrainement. Seulement, des pensées intrusives s'introduisaient ; et plus j'y faisais attention, plus elles devenaient nombreuses. Mon cœur battait la chamade. Je stressai. Je tremblai. J'étais en proie à une crise de panique. Et avant même de m'en rendre compte, ma tête tourna avant de basculer dans le néant.
Une lumière éblouissante, furtive. Un sifflement strident résonnant dans ma tête. Un gémissement. Mon gémissement. Puis rien. Une sensation de bien-être accompagnée d'un petit rire. J'ouvris un œil, puis l'autre, aveuglée par le soleil éclatant. Je me levai difficilement dans le bruissement d'un lourd tissus. Mon regard dériva vers l'origine du bruit, vers une magnifique robe pêche aux coutures or.
J'y étais. J'étais au XVIIIème siècle et c'était presque trop facile pour être vrai.
- Je vous donne le bonjour mademoiselle Elisabeth. Votre robe vous sied à ravir. Sans cette mine déconfite, vous seriez éblouissante de beauté, me railla Natalia appuyée contre un arbre. Si nous ne nous activons pas immédiatement, vous allez faire une crise de panique en réalisant où vous êtes. Alors hop ! On y va.
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A l'égard du Temps
Narrativa StoricaQue se serait passé-t-il passé si nous étions nés à une autre époque. Qu'aurait-ce fait de vivre la Révolution ou les Années Folles ? En rêver n'est pas tout à fait pareil que de le mettre à exécution. C'est ce qui se passe lorsqu'Elia, étudiante en...
