rainbow in yellow

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Finalement, ce fut mercredi que Maëlle et Gwen s'étaient forcés à se voir pour le fichu devoir de français. L'un comme l'autre n'avait pas envie de le faire, et ils se cassaient le cul à tenter d'écrire deux lignes. C'était vraiment la merde mais il s'en foutait parce qu'ils riaient ensemble.

Dans la chambre de Gwen, les deux amis avaient le smile. Ce genre de sourire qui te donne mal à la mâchoire, celui qui donne l'air d'avoir deux grosses joues que les gens aiment tant tripoter. Leurs yeux pétillaient, ils ne savaient même pas pourquoi. Leurs crises de rires arrivaient comme ça, sans aucune raison.

Bien que ses amis pensaient le contraire, Gwen préférait de loin rire avec Maëlle que coucher avec n'importe quelle fille du lycée. C'est pas que Gwen était amoureux de Maëlle, non. Il aimait juste le son que produisait sa voix quand elle riait aux éclats.

Gwen n'avait pas d'étoiles fluorescentes collées à son plafond, de dessins sur ses murs ni une couette avec des chats comme Milo, mais Gwen avait des photos de ses amis accrochées au-dessus de son bureau. Parce que pour Gwen, ses amis étaient plus que tout. Ils lui permettaient de s'échapper de ses tourments, de le faire rire jusqu'à ne plus pouvoir respirer, de parler sans être jugé. Maëlle, Alex, Sasha et Milo représentaient tout ce qu'il aimait.

— Faudrait qu'on se mette au boulot..., fit Maëlle tout en cassant l'ambiance détendue qui s'était installée dans la pièce.

— Avoue, toi aussi t'as la flemme.

— J'ai toujours la flemme. Sauf que je finis par faire ce que j'ai à faire.

Gwen haussa les épaules avant de se pencher pour la millième fois sur le devoir.

— On est censé écrire une rédaction à quatre mains qui pose des questions sur l'égalité. Ça doit pas être si compliqué de faire une copie double sur ça.

— On est les personnes avec les pires de notes de français de tout l'univers..., rajouta la petite brune pour anéantir tous les espoirs de Gwen.

Maëlle se leva et se posta contre la fenêtre, Gwen souffla dans son coin. Le printemps se cachait, les nuages couvrant le ciel de leur grisaille. Les branches du cerisier remuaient au grès du vent comme le faisaient les cheveux de Maëlle quand elle sortait dehors. Or, les cheveux bruns de la jeune fille préféraient se mettre devant son visage parce que c'était nettement plus marrant de devoir les replacer toutes les deux secondes pour être capable de voir quelque chose sans se cogner dans un poteau.

Maëlle semblait pensive, Gwen concentré.

— Ça t'embête si j'ouvre la fenêtre ? demanda la jeune fille. J'suis tellement dégoutée de devoir rester enfermée pour faire un devoir au lieu d'être dehors à me balader dans un parc, même s'il fait super moche.

— Vas-y ouvre, j'étouffe.

Une brise fraîche entra dans la chambre. La luminosité donnait l'illusion que la pièce était grande. Pourtant, Gwen s'y sentait mal. À chaque fois qu'il y entrait, son cœur se serrait et il se rappelait le nombre de disputes qui avaient eu lieu avec son père dans cet endroit. Il aurait aimé vomir ses tripes à chaque fois qu'il s'asseyait sur la chaise de bureau, pleurer à chaudes larmes quand il se vautrait sur son lit. Sa chambre n'était pas apaisante parce que les échos des disputes lui revenaient sans cesse en tête et que ça lui rappelait la manière brutale avec laquelle son géniteur avait définitivement claqué la porte. Fixer Maëlle sourire au contact du vent sur sa peau réchauffa sa poitrine.

Maëlle souffla en s'allongeant sur la couette bleu nuit. Sauf que Gwen ne s'attendait pas du tout à la bombe que Maëlle lâchait comme de rien n'était.

— Tu penses quoi si j'te dis que Sasha m'attire grave et que j'crois que j'ai un crush sur elle ?

C'était une annonce assez brusque et d'autant plus perturbante. Gwen prit quelques secondes pour réfléchir puis se lança :

— Ça m'étonne même pas que t'aimes les meufs, mais ça m'étonne un peu que tu trompes Milo.

Maëlle mit du temps à répondre.

— Je sais plus si je l'aime.

Et là, le sourire de Maëlle s'effaça et son visage devint un panel d'émotions. Culpabilité, peur, gêne, réflexion. La tête de Maëlle était en constante méditation, une tornade de pensées dansant en son âme. Maëlle avait le corps léger, mais l'esprit lourd de sentiments.

Un silence s'installa.

— Je comprends pas bien, Maëlle.

— Y'a rien à comprendre ! C'est pourtant pas compliqué ce que j'viens de te dire ! cria-t-elle en s'emportant.

Maëlle s'effondra, la tête dans un coussin, agrippant et serrant les bords de ses doigts. La jeune fille avait le corps tout crispé, secoué de frissons. Maëlle ne savait plus où elle en était, ses questions la tourmentaient sans arrêt à tel point qu'elle ne pensait qu'à ça. Elles l'accaparaient à tel point que Maëlle utilisait toute son énergie pour répondre à ses interrogations. C'était insupportable. Épuisant. Éreintant.

Penser qu'elle n'aimait plus la personne qui comptait le plus pour elle l'énèrvait. Maëlle se détestait de penser ça. Elle n'en était pas sûre, elle voulait savoir si elle n'aimait vraiment plus Milo. Sauf que les seuls moments où elle était certaine de ne plus l'aimer, c'était à 3h du mat', sous l'effet de musique intensément triste et de quelques shots de vodka. En somme, pas de quoi avoir les idées claires.

Gwen prit Maëlle par les épaules, dégagea quelques mèches brunes et lui sourit doucement. C'était un sourire apaisant. Un sourire qui, même quand t'es au fond du trou, au bord du gouffre, pourrait te redonner espoir. Le sourire sincère qui te dit « T'inquiètes, t'es plus seul à supporter ça maintenant. ». Sauf que ça, Maëlle ne le vit pas, ses yeux étant embués de larmes. Remords emportés par les billes salées, un vide dans la poitrine. C'était comme si la mélodie d'une douce musique aux airs suicidaires se jouait dans la tête de la jeune brune.

Quelques minutes suffirent à rendre présentable le visage de Maëlle. Elle ne pleurait plus. Ses jolies taches de rousseur n'étaient plus humides même si son âme dégoulinait encore de douleur.

— Allez Maëlle, la calma son ami, il faut que tu y réfléchisses plus longuement.

— Non. Si j'ai des doutes sur mon amour pour Milo, c'est que je l'aime plus. C'est tout.

Maëlle paraissait très sûre d'elle. Trop sûre d'elle. Elle essayait de se convaincre elle-même mais c'était pas gagné. Sauf que Gwen la crut, il la crut parce qu'il ne connaissait pas assez comment fonctionnait Maëlle.

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