Les scientifiques durent m'attendre une heure, la couturière devant réajuster la robe qui avait été préparée avant mon accident. Le fourmillement habituel arriva dès que je passai la porte hermétique du sas, seulement aucune sensation de vide ne s'empara de mes sens. Je rouvris les yeux pensant trouver Edgard Madson devant moi, mais ce fut un autre décor qui m'accueillit. Celui du parc aux arbres dépourvus de toutes feuilles, frappé de plein fouet par la brise couchant l'herbe sur son passage. En un clignement des yeux, l'année 1788 m'avait happée.
***
- Que diantre faites-vous ici, encore ?
Daniel me rejoignit au milieu du hall, paré d'un costume rose poudré magnificient sa chevelure. Le majordome n'avait pas eu le temps d'emporter ma cape avec lui que le Vicomte était déjà apparu en trombe d'une pièce annexe.
- Nous sommes dimanche, je venais vous quérir pour une balade, avouai-je soudainement incertaine.
La vérité était que j'avais essayé de flâner seule dans les rues de la capitale. Seulement, ce siècle n'avait pas la même saveur sans le Vicomte à mes côtés. Sans Daniel.
- Je ne souhaite point marcher par ce temps bien trop polaire. - Et bien...
Je tentai un sourire qui ne me fut pas rendu. Cependant j'en vis l'ébauche que Daniel réprima aussitôt. C'était le signe qu'il me fallait.
- ...nous pouvons rester ici, finis-je par dire en haussant les bras. Il fait bien plus chaud vous avez raison.
- Vous êtes bien impertinente...
-... et vous, bien peu galant, renchéris-je.
Dans un soupir théâtral, Daniel céda et me conduisit jusqu'au petit salon d'étude qu'il avait quitté tantôt. Il y avait peu de mobilier, ce qui laissait cette pièce vaste et épurée. Au milieu, une cage à oiseau d'où chantait un colibri attira mon attention. Le petit volatile noir ressemblait au Vicomte, rêvant de s'envoler vers de lointaines contrées et pourtant prisonnier de sa cage dorée. Je passai mes doigts au travers des barreaux pour caresser son plumage charbonneux. Le colibri se lova dans ma paume tout en entonnant son chant.
- Il a pour habitude de pincer les malotrus approchant sa maison.
- Voyez par vous même, il m'aime déjà ! Souhaitez-vous lire de la poésie, comme auparavant?
Le bruit du raclement d'une chaise se fit entendre puis celui du craquement du cuir sur lequel quelqu'un venait de s'asseoir. Une note brisa le silence en même temps que j'aperçus le piano dissimulé dans l'ombre d'épais rideaux cobalt.
- Je n'ai pas le coeur à la poésie, Madame, se rembruma Daniel qui commença à jouer des notes indépendantes. De plus, vous m'avez interrompus durant une séance.
Les sons se répercutaient sur chaque mur de la pièce laissée volontairement presque vide pour l'acoustique. L'oiseau répondait à chaque gamme créant un concerto délicat.
- Jouez-vous du pianoforte ?
Sa voix n'était qu'un murmure que je percevais à peine. Je m'approchai de l'instrument et laissai glisser mes doigts sur le bois vernis.
- Non, pour mon plus grand regret.
- Votre précepteur ne vous a point appris la musique ?
Daniel leva les yeux dans ma direction, intrigué par cette révélation.
- Enfin, plus rien ne me semble outrageant venant de vous.
Je croisai mes bras sur ma poitrine et le regardai du coin de l'oeil pour le défier.
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A l'égard du Temps
Historical FictionQue se serait passé-t-il passé si nous étions nés à une autre époque. Qu'aurait-ce fait de vivre la Révolution ou les Années Folles ? En rêver n'est pas tout à fait pareil que de le mettre à exécution. C'est ce qui se passe lorsqu'Elia, étudiante en...
