Dix

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- Puisque tu as eu assez confiance en moi pour me raconter ton histoire, je vais aussi te raconter la mienne brièvement pour te mettre en confiance.

Vint de résonner la voix de tata Zeyzey , ce qui me fit détourner le regard de la télé afin de la fixer attentivement.

- D'accord tata, ça marche; je t'écoute.

- Hmmm j'ai perdu ma mère à ma naissance donc je fus élevée par ma grand-mère maternelle. Alors que je n'avais que quatorze ans celle-ci mourut et je fus recueillie par mon père qui s'était remarié un an après la mort de ma mère. Je ne m'entendais guère avec ma belle-mère parce qu'elle ne faisait que mal parler de ma mère donc lorsque je fus enceinte à l'âge de dix-huit ans, elle en profita pour convaincre  mon père de me mettre hors de la maison car selon elle, si j'avais l'âge de prendre une grossesse c'est que j'étais déjà assez grande pour l'assumer; à croire qu'elle l'avait ensorcelé. J'étais seule, enceinte et face aux réalités de la rue donc j'ai fini par perdre mon bébé à cause de certaines choses qui m'étaient arrivées et dont je n'ai pas envie de parler. Je n'avais pas d'argent pour aller à l'hôpital donc je fus aidée par un homme qui avait payé tous mes frais médicaux. À l'hôpital ils m'ont annoncé que j'étais rendue stérile et que j'ai frôlé la mort parce que lorsque l'avortement forcé a eu lieu je ne suis pas vite venue à eux donc les débris qui étaient restés à l'intérieur avaient endommagé le col de mon utérus. Je n'ai jamais plus revu le monsieur qui m'avait aidé à payer mon opération même jusqu'à ce jour, à croire que c'était un ange tombé du ciel donc à force de traîner dans la rue, sans domicile fixe, sans personne pour m'aider, sans diplôme et sans travail, j'ai fini proxénète. Au début je me prostituais pour avoir de l'argent mais maintenant que j'en ai assez grâce au réseau de prostitution que je tiens, je me prostitue par plaisir et surtout parce que j'en ai marre que les hommes me la mettent à l'envers donc selon moi il vaut mieux être prostituée et être payée que de l'être indirectement sans être payée, j'espère que tu me comprends!

Je fus abasourdie à la fin de son discours. Je voulais pleurer mais les larmes ne coulaient pas pour une fois. Je fus vraiment très en colère contre la méchanceté humaine et surtout contre les gens qui sont censés être nos parents mais qui nous tournent le dos à la moindre erreur commise. Lorsque j'étais plus jeune et que je vivais toujours sous le toit de mes parents, j'avais tendance à juger les prostituées. À l'époque je croyais qu'elles le faisaient par plaisir mais là je me rends compte que ce n'est pas le cas. Je comprends maintenant pourquoi on dit de ne pas juger les autres parce que ce n'est pas bien et qu'on ne sait jamais qui peut nous tendre la main en cas de besoin; et voilà, l'ironie du sort a voulu que ce soit la catégorie de personne que je jugeais qui me recueille pour me clouer le bec! Je ne trouvais rien à lui répondre à part

- Hmm oui je te comprends tata.

- Ça ne te dérange vraiment pas de vivre sous le toit d'une prostituée?

- J'avoue qu'avant ça m'aurait dérangé mais maintenant non parce que la rue m'a éduqué plus que mes propres parents ne l'ont fait, elle m'a aidé à mûrir.

- Parfait. Tu sais je pourrais prendre soin de toi et tout ce que tu voudras mais t'es consciente que tu vas devoir te trouver un emploi pour assouvir tes petits besoins et autres?

- Oui tata j'en ai conscience. J'avais déjà cherché mais hélas

- Ne t'inquiètes pas. Je prendrai soin de toi jusqu'à ton accouchement, après tu pourras recommencer par chercher du boulot mais si tu n'en trouves pas saches que tu peux travailler pour moi.

IshaneOù les histoires vivent. Découvrez maintenant