Chapitre 1

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Parfois je rêve. Je revois le visage décomposé de Jonathan, puis lorsque je me retourne, mon père est étendu sur la route. Ce foutu camion rouge ne le rate pas. Il ne le rate jamais. Et presque toutes les nuits, je revis cette scène. Mais putain, je veux juste dormir en paix.

Toujours le même crissement sourd qui retentit dans mes oreilles. Le freinage du camion rouge. Puis mon père mort sur la route. C'est mon pire cauchemar.

-Jonas, tout va bien ?!

J'ouvre les yeux. Merci, belle inconnue, de m'avoir sorti de mon sommeil. J'inspire un coup et lui adresse mon plus beau sourire.

-Salut beauté.

Elle fuit mon regard, gênée. De longs cheveux roux recouvrent ses épaules nues, et cachent sa poitrine, tout aussi dénudée. Les femmes ont ce certain charme aux réveil, qui m'attire incroyablement.

-Tu... tremblais dans ton sommeil. Tu as fait un mauvais rêve je crois... tu veux en parler ?

J'arque un sourcil en prenant un air amusé.

-Tu te soucies de mon sommeil ? C'est si romantique. Je ne savais pas que tu étais fleur bleue comme ça, c'est mignon. Par contre, le fait que tu m'espionnes quand je dors est un peu plus flippant !

Et puis je ricane doucement en me redressant dans le lit king's size. Je m'étire de tout mon long, et du coin de l'œil, je remarque que la jolie rousse est toute rouge. Elle me fait rire.

-Je... enfin... ne dis surtout rien à Ashton !

-Motus et bouche cousue ! je réponds en éclatant de rire.

Elle se lève et se rhabille, et j'en profite pour l'examiner plus attentivement. Je n'avais pas remarqué toutes ses tâches de rousseurs dans son dos.

J'essaie de résumer la précédente soirée dans mon esprit. J'ai flirté avec la copine d'Ashton, je l'ai ramené chez Jonathan, et on a dû coucher ensemble. Mon imbécile de frère choisit toujours les plus infidèles, il est trop con. Je suis trop con aussi, parce que j'ai oublié le prénom de la jolie rousse... Mais ce n'est pas vraiment important.

-Je... je dois y aller ! A plus Jonas ! Merci pour... tout, lance timidement l'adolescente.

-Reviens me voir quand tu veux, ma belle, je lance avec un clin d'œil.

Elle sort de la chambre à la hâte, et me laisse seul. J'en profite pour m'habiller et réfléchir. Je réfléchis beaucoup trop, parfois. J'ai l'impression que ma tête va exploser, ce matin. A cause du cauchemar ? C'est une des raisons. Mon téléphone vibre, mais je n'ose pas le regarder. Depuis quelques jours, on me menace par message. J'avoue avoir « peut-être » embêté quelques gars, et ils sont rancuniers...

On toque à ma porte, c'est Jonathan, mon meilleur ami d'enfance. Je lui dis d'entrer.

-Hey, ça va mec ? La rousse m'a dit que tu avais mal dormi.

Il s'assoit sur mon lit en jetant un coup d'œil à son portable, avant de le mettre dans sa poche. Il relève la tête vers moi en souriant gentiment. Ce mec est un ange, et c'est bien la seule personne à se montrer aussi gentille avec moi.

-Ce sont encore ces cauchemars ? demande-t-il l'air sérieux.

Je hausse les épaules en m'efforçant de sourire.

-Non, elle sentait pas bon et j'ai failli m'asphyxier pendant la nuit. Horrible, je te jure ! dis-je en plaisantant.

-C'étaient peut-être tes chaussettes qui puaient autant ? Fais gaffe à ton hygiène, mec, tu vas faire fuir tout le monde, me répond-il sur le même ton.

-Au moins, le Pirate et ses potes me lâcheront.

« Le Pirate », c'est le surnom du mec que j'ai un peu embêté et qui me harcèle par message. On l'appelle comme ça parce qu'il a un œil de verre, du coup il se met un bandeau sur l'œil. Pour être honnête, il est vraiment ridicule, sauf que lorsque je lui ai dit le fond de ma pensée sur son bandeau, il l'a mal pris et il m'a tapé dessus. Ouch.

-Ce petit con vit dans un garage avec sa bande, niveau hygiène pourrie il te battrait. Regarde-nous, on est dans un palace !

Je lui souris avec amusement. Jonathan a une énorme maison, c'est presque un manoir. En fait, ses parents sont super riches, et il a réussi de développer un commerce, lui aussi, et je l'aide parfois. Mais on est encore jeunes, alors on se fait discret.

Mon ami se lève et attrape mon téléphone sur la table de nuit, et fronce les sourcils en lisant les messages. Je ne lui demande pas ce qu'il se passe, j'en suis déjà conscient. Jo' me jette un coup d'œil inquiet, auquel je réponds par un haussement d'épaules.

-Fais gaffe à toi.

-Je suis pas un gosse, je me débrouille parfaitement, je réponds froidement.

Il a l'habitude de mes sautes d'humeurs comme ça. C'est avec lui que je me sens à peu près moi-même. Parce que c'est lui et seulement lui qui me connaît réellement. On a partagé plein de choses ensemble. Lorsque mon père est mort, il était avec moi. Il m'a soutenu. J'ai habité chez lui quelques temps, parce que ma mère ne pouvait pas s'occuper de mon frère et de moi en même temps. Elle est tombée enceinte au lycée, et sept mois après son diplôme de fin d'études, je suis sorti de son utérus. Mon frère est apparu environ trois ans après. Puis après trois nouvelles années, mon père se fait percuter par un camion rouge.

Mon père, il croyait en moi. Il m'encourageait toujours, et on vivait les meilleures aventures, ensemble. C'est lui qui m'a élevé, les six premières années de ma vie. Beaucoup de gens n'ont pas de souvenirs de leur enfance, mais quant à moi, je me rappelle parfaitement tout ce qu'il s'est passé avec lui. Tous les détails. Son visage bienveillant, ses cheveux blonds, son sourire taquin, le son de sa voix, sa ride sur le front lorsqu'il était frustré, et surtout, l'image de son corps gisant sur la route.

-Jonas, va déjeuner, ça te fera du bien.

-J'ai passé une super nuit avec une fille bien roulée, je ne peux pas aller mieux ! je réponds en riant.

-Fais pas le con, je suis la seule personne que tu ne peux pas berner.

Il n'est pas trop stupide, mon meilleur ami. J'hausse les épaules en continuant de sourire bêtement, et file vers la cuisine. Sa maison est grande, mais en pleine journée, elle est vide. Le soir, beaucoup de gens viennent faire des soirées. Parfois, Jonathan fait louer son jardin. Ses parents sont souvent en voyage d'affaire et le laissent faire tout ce qu'il veut ; c'est le plus grand de ses deux frères : Jake, un gros pervers, et Joe, un type bizarre.

Depuis la mort de mon père, j'ai passé la plupart de mon temps dehors, à faire des mini conneries. Monter sur des voitures au point de les abîmer, voler des choses inintéressantes dans des magasins, faire des blagues au passants dans la rue. J'étais vraiment un gosse infernal, toujours surexcité. C'est pour ça que je ne veux pas d'enfant ; il pourrait devenir comme moi.

Puis j'ai commencé le parkour, et j'ai aussi commencé à me bastonner. Au début, c'était pour des choses inutiles. Et je finissais toujours à terre. Des futilités, comme lorsque l'ancienne racaille de mon ancien collège voulait mon goûter. J'avoue que je n'étais pas très sociable, à l'époque, et je préférais me moquer de tout ce qui bouge. C'est toujours le cas maintenant, les gens disent que je suis insolent. C'est pas faux. Mais bref. Plus j'ai eu d'embrouilles avec des gars de mon âge, plus je suis devenu fort et résistant. Avec Jonathan, on s'est inscrit à des cours de karaté, de boxe thaï et de judo. Puis du krav-maga et de la boxe anglaise. On a vraiment testé plein de sport de combat. Et on a tout abandonné au bout de quelques mois pour certains, quelques années pour d'autres. On s'est inscrits à une salle de sport, et j'ai pu me forger un physique qui faisait peur à ceux qui voulaient m'embêter, rien qu'au début de mon adolescence.

JonasOù les histoires vivent. Découvrez maintenant