Chapitre 4

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-Pour 300 dollars, tu casses la vitre de cette Porsche, et tu récupères la mallette argentée, commence un de mes potes.

-Deal.

Je lui souris en me dirigeant d'un pas nonchalant vers la Porsche. A quelques centimètres, elle commence à sonner bruyamment. Cette alarme de merde m'éclate les oreilles.

Je me dépêche de prendre le gun dans mon sac, et de tirer dans la vitre. Comme ça, ça va être beaucoup plus simple de la casser. Après l'avoir démolie, je me penche dans la voiture, attrape la mallette sur le siège et file vers ma moto. Je peux voir un businessman d'une quarantaines d'années se hâter vers la voiture en hurlant de colère. Alors je file sur ma nouvelle moto, démarre et part le plus rapidement possible. Je trace sur la grande avenue, et m'engouffre dans des ruelles, puis m'arrête après cinq minutes. Je sais parfaitement qu'il ne m'a pas suivi.

Je descends de la moto, et m'appuie au mur de la ruelle. En fixant l'engin, je souris bêtement. Collaborer avec une sorte de gang n'était pas si mal, en fin de compte. C'était excitant de vivre dangereusement, et j'ai gagné beaucoup d'argent et une moto en faisant ce que je maîtrise le mieux : faire chier les gens. J'avais un job de rêve. Illégal, mais amusant.

J'ouvre la mallette avec difficulté, et à ma plus grande déception, ce n'est pas de l'argent qui s'y trouve. Il y a une dizaine de bagues, de colliers et d'autres bijoux. Cool, je pourrais les revendre. Ou faire croire à une fille qu'elle m'intéresse beaucoup. Je peux même faire une fausse demande en mariage ! Plein de scénarios me viennent en tête, mais s'interrompent lorsqu'une deuxième moto se gare derrière moi ; mon pote.

Il me tend trois billets de cent dollars, exaspéré.

-Y a des trucs que t'oses pas faire ? demande-t-il.

-J'aime prendre des risques.

-Faut que je te trouve un défi digne de ce nom. J'ai perdu trop d'argent à cause de toi.

Je lui affiche un sourire moqueur auquel il répond en roulant des yeux. Ses défis sont amusants, et je gagne beaucoup d'argent. A moi de proposer :

-Pour 300 dollars et trois bagues Van Cleef, tu repars voir le vieux de la Porsche en lui rendre la mallette en disant que tu l'as volée. Je te prête ma veste pour que tu me ressembles un minimum.

-Pour qu'il appelle la police et finir au commissariat ? Sans façons.

-T'es vraiment nul, mec.

-Je sais, Jonas. Je sais.

Le garçon met son casque de moto, et j'envoie un message à Jonathan pour le prévenir que je ne dormirai pas chez lui ce soir. Faut que je repasse prendre des affaires chez moi, alors autant y rester dormir, même si c'est risqué puisque ni mon frère ni ma mère ne savent que je sèche les cours. Je me demande comment va ce petit blond prétentieux qui me sert de petit frère.

Quand j'étais petit et qu'il était encore bébé, je l'adorais. Il reproduisait mes gestes, mes mimiques. J'aimais savoir que cet enfant m'admirait, et j'avais hâte de le voir grandir. Mais quand mon père est mort et que je suis parti chez Jonathan, on n'a pas eu l'occasion de se voir grandir. Il est proche de ma mère, et doit être son enfant préféré. Il est beau, brillant, populaire, aimable, angélique ; il a tout pour plaire. Mais alors que tout le monde s'évertue à dire que c'est un humain si gentil et pur, je pense le contraire. Il se montre si hautain avec moi. Ce con pense qu'il est plus intelligent. Il me prend pour un moins-que-rien, ce qui ne manque pas de m'agacer. Je sais que j'ai raté ma vie et que je suis nul, mais il n'a pas besoin de me le rappeler. Parfois, j'espère avoir autant de succès dans la vie que lui. Je suis sûrement un peu jaloux, pour tout dire. Mais je ne l'avouerai jamais à personne.

J'aurais aimé avoir une famille normale : un frère aimant, une mère plus présente, et un père vivant.

Le soir même, j'arrive chez moi. Je gare la moto devant la maison, et m'empresse d'y rentrer. Evidemment, ma chère mère n'est pas là. Sur le canapé, j'aperçois Ashton et ses amis.

-Salut petit frère je lui lance en souriant.

Il soupire et se tourne vers moi. Ses yeux me lancent des éclairs, comme à chaque fois qu'il me voit, et il murmure un « Bonsoir » peu chaleureux. Je le dévisage quelques secondes, puis passe mon regard sur ses amis. Son pote gay, son pote moche, sa pote mignonne, et son pote punk. Je souris respectivement à Tomy, Kendall, Allie et Oliver. La fille évite mon regard, mais les trois garçons me saluent d'un signe de tête.

-Qu'est-ce que vous faites tous ici ? Je peux me joindre à vous ? je lance un sourire en coin.

Je sais parfaitement qu'Ashton refusera, mais au moins je tente.

-Dans tes rêves, me répond sèchement mon frère.

Il repose son regard sur la télé. En m'approchant, je remarque qu'ils sont en pleine partie de jeux vidéo. Ils me rendent un peu nostalgique. Je faisais souvent ça avec Jonathan, avant, mais cette époque innocente a rapidement cessé.

-Bon, si vous me cherchez, je suis dans ma chambre. Et toi Allie, n'hésite pas à me rendre visite.

Je lui lance un clin d'œil, et sa réaction me fait rire. Rouge comme une tomate, elle se cache le visage. Bien qu'elle dise à Ashton que je la mets mal à l'aise, je sais qu'elle aime que je lui fasse ce genre de remarque. Je n'ai aucun mal à savoir si je plais à quelqu'un ou pas, et je sais parfaitement qu'Allie est amoureuse d'Ashton, mais que je l'attire énormément. Ashton souffle et met sa partie en pause pour se retourner vivement.

-Jonas, arrête de l'embêter !

-Oh, du calme, frérot, je rétorque sereinement. J'émets juste des hypothèses, libre à vous de les suivre ou pas.

Tomy, son pote gay, me sourit gentiment, mais c'est bien le seul. Je rigole bêtement avant de monter les escaliers. Lorsqu'ils sont hors de ma vue, je peux les entendre parler de moi :

-Il est sexy ton frère quand même.

-Tomy, n'y pense même pas !

-Je plaisante !

Ils rient en cœur, et je souris faiblement. J'aimerais avoir des amis avec qui rire sincèrement moi aussi. Je n'ai que Jonathan, pour ça. En m'affalant sur mon lit, je me demande comment mon frère a pu autant réussir sa vie. Il a tellement de succès, alors qu'il est trois ans plus jeune que moi. A son âge, tout le collège me détestait, mais je dois avouer que je faisais presque tout pour. J'étais vraiment un petit con, beaucoup trop dynamique. Je prends le paquet de cigarette dans mon tiroir pour fumer. Ma tête tourne un peu, et depuis que je collabore avec le Pirate et sa bande, ma vie est un peu mouvementée. Je leur ai rendu plusieurs services, et ils m'ont donné une moto. Mais comme ça m'emplissait d'adrénaline, je continue. Puis, ils me filent de l'argent, ce qui n'est pas pour me déplaire.

Cinq cigarettes en une heure. Je ne devrais pas prendre l'habitude de fumer autant. Mais ça me relaxe, et parfois, ça m'empêche même de faire mes cauchemars habituels, la nuit. Je soupire en regardant par la fenêtre. Les éclats de rire provenant de la chambre d'Ashton me rappellent une fois de plus que je me sens trop seul. J'aurais tellement aimé que mon père soit encore là. Qu'est-ce qu'il aurait bien pu me dire ? Est-ce que dans le ciel, il me blâme pour sa mort ?

Le Pirate m'envoie un message. Merde, je suis en retard. Je souffle en jetant ma cigarette dans la poubelle ; puis je fixe le bout rougeâtre de ma cigarette en train de s'éteindre d'un air mélancolique. Je ne me sens pas trop bien, ce soir, je ne devrais peut-être pas rejoindre le Pirate. Mais d'autre part, j'ai accepté le « job », je n'ai plus le choix. J'ai mal au crâne.

JonasOù les histoires vivent. Découvrez maintenant