Un coup de tonnerre assourdissant résonna soudain. Lentement, j'ouvris les yeux. Un petit quelque chose en moi, empli d'une innocence naïve, me souffla que c'était la toute première fois que mes paupières clignaient, que mon regard caressait le monde.
Presque aussitôt, un tourbillon coloré de magie m'encercla. Mes cheveux lâches fouettèrent mon visage, captifs des élans de cette prison mouvante. Pourtant, chose étrange, je n'avais pas peur. Bien au contraire, c'était dans un calme olympien que j'admirais toutes les teintes de vert parader face à moi. Leur défilé m'évoqua avec fougue la multitude des nuances que l'on pouvait voir renaître au printemps quand la nature reprenait ses droits sur le froid glacial de l'hiver.
Le printemps. Une seconde, rien qu'une, je fus étonnée de l'identifier avec une telle précision, moi qui avais par ailleurs la sensation de ne rien savoir. Mais déjà, je ne songeais plus à cette singularité, surprenant ici et là des manifestations inédites tout aussi attrayantes que les précédentes. Des éclats pastels, représentatifs de toutes les autres couleurs que le monde comptait, se mêlèrent à ce vert majoritaire. Immédiatement, les images de bourgeons timides tentant d'éclore se succédèrent dans mon esprit. Encore et toujours des clins d'œil à cette saison dont je ne savais rien, mais qui pourtant semblait m'être si familière, si proche.
Le souffle multicolore parut s'impatienter, refusant que des images viennent me distraire. Alors, il me caressa de la tête aux pieds, joueur mais malgré tout affirmé. Sa pression sur ma peau nue éveilla quelques frissons qui se muèrent rapidement en chatouillis, me tirant quelques rires purs et cristallins.
Le son de ma voix qui s'éveillait pour la première fois me fit sursauter. La surprise me secoua tant qu'un hoquet remonta ma gorge...
J'ouvris les yeux brusquement. C'était réel cette fois. Mes doigts se crispèrent autour du drap de soie qui recouvrait ma poitrine pour s'en assurer. Oui. Encore ce rêve. Celui de ma naissance un jour de printemps, portée au cœur des nuages par un éclair. Je me redressai dans le lit, rejetant le fin tissu pour replier mes jambes jusqu'à me positionner en tailleurs. Dans mon dos, ce qui faisait ma particularité se mit à frétiller avant de s'ébattre en une caresse venteuse des plus agréables. Mes ailes me saluaient, déjà désireuses de battre, de m'attirer dans les airs. Leur impatience parvint à me tirer un sourire. Malgré tout, l'intensité de ce songe récurant m'avait une fois de plus plongée dans une drôle de torpeur dont j'aurais – je le savais – du mal à m'extraire.
Refusant de plier sous ce poids que je ne parvenais pas à comprendre, je me levai et voletai jusqu'au balcon de ma chambre. De là, j'avais une vue imprenable sur le jardin qu'entouraient les quatre ailes du dortoir des Représentantes.
En contrebas, certaines de mes sœurs, fées Ouvrières, s'activaient déjà à l'entretien et à la protection de la flore bien qu'il soit encore très tôt, le jour pointant à peine. Cette année, cela c'était avéré plus que nécessaire, le froid ayant même gagné notre nuage, habituellement protégé par un microclimat clément et tempéré. J'admirai la patience et la minutie de chacun des gestes qu'elles destinaient aux plantes ou aux arbres fragilisés par la rudesse particulière de cet hiver.
Si j'étais loin de posséder leur talent, j'avais cependant une différence, rare et précieuse. J'étais une Représentante, choisie par une saison pour en être la créatrice, l'ambassadrice. Le printemps fut mon évidence. Mon doux et sucré parfum de glycine, ma fraîcheur, mon amour pour le vert, pour la naissance de la flore... tout cela le hurlait du plus profond de mes entrailles.
Bien que le froid finisse par me gagner, je renonçai à me replier dans la chaleur réconfortante de ma chambre. Les réminiscences de mon rêve m'y attendaient encore très certainement et je refusais toujours de les affronter. L'appel de la nature l'emporta, car je le savais libérateur. Ignorant la morsure glaciale de l'air, je m'envolai, passant outre les limites de la balustrade du balcon.
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Destinée
ParanormalJe m'appelle Aslinn et je suis une jeune fée. Représentante du Printemps, tout semblait me sourire alors que je m'apprêtais à jouer mon rôle, comme bon nombre de mes sœurs par le passé. Mais des circonstances, que jamais je n'aurais pu anticipe...
