Chapitre 1 Isaura

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Lorsque je suis partie de Miami, sans me retourner, j'étais loin d'imaginer que mon retour se ferait 10 ans plus tard, jour pour jour... quelle ironie du sort...

C'est la fin de journée, lorsque mon avion atterrit à Miami. À la descente de l'avion, la chaleur humide tropicale ainsi que le temps pluvieux avec un léger vent dû aux orages en cette saison d'été, vient se percuter contre mon visage, faisant ainsi voler ma longue chevelure brune, typique de mes origines.

Je m'arrête un instant et respire cette odeur particulière, ce mélange de pluie tropicale et d'odeur marine. Avec elles des souvenirs m'envahissent, certains heureux et d'autres douloureux, surtout les tous derniers, que je préférais oublier et qui ont fait de moi celle que je suis devenue aujourd'hui. Je les bloque au fond de mon esprit, préférant ne pas m'attarder sur les sentiments qu'ils pourraient m'apporter. En plus ce n'est ni le moment, ni l'endroit. Je sais qu'en revenant ici, je vais devoir faire face à mon passé, faire face à ce qui a été, jadis, ma famille et surtout, lui faire face à lui.

Je me presse d'avancer et de sortir par la porte de débarquement. Je récupère mes 2 valises et prends la direction de la sortie de l'aéroport international de Miami. En sortant, je monte dans un taxi et lui indique ma destination, le quartier Brickell. Un immeuble résidentiel haut gamme, où je vais séjourner en attendant de trouver mon propre chez moi. C'est un appartement, propriété des parents de ma meilleure amie, qui m'ont accueillie parmi eux, comme un membre à part entière de leur famille.

Brickell est le quartier d'affaires de Miami, où les plus grandes entreprises sont installées, mais aussi les consulats et les grandes banques. Il est composé de nombreux buildings avec des immeubles résidentiels haut de gamme, où habitent de jeunes célibataires,cadres pour la plupart. Il y a également le superbe Brickell City Center, un complexe de restaurants et bars branchés où cette même jeunesse et cadres se retrouvent le soir pour boire un verre et se détendre.

Le frère de ma meilleure amie, habitant Miami, a bien proposé de venir me chercher à l'aéroport, mais j'ai préféré refuser et rentrer par mes propres moyens. J'ai besoin de me retrouver seule, pour ce retour dans cette ville, que j'ai quittée dix ans auparavant en catastrophe et anéantie.

Lors de la traversée de Miami en taxi afin de m'emmener à destination, je regarde et redécouvre cette ville. Je me rends compte aujourd'hui, malgre tout, qu'elle m'a énormément manqué. Même si je n'y ai vécu que huit ans, avec des hauts et des bas, Miami est la plus cubaine des villes américaines, où 250,000 exilés cubains ont trouvé refuge depuis 1959, à l'arrivée au pouvoir de Fidel Castro.

J'ai beau avoir 28 ans et avoir vécu plus de temps ici dans ce pays que je considère comme le mien, je reste néanmoins cette petite fille immigrée cubaine de 10 ans, arrivée par bateau dans cette ville située à seulement 360 kms de la Havane, et accompagnée de ma famille, dans l'espoir de trouver une vie meilleure.

Lorsque je découvre l'appartement, enfin plutôt le duplex/penthouse de luxe; situé au dernier étage de l'immeuble, je suis bluffée par cette magnifique vue sur la Baie de Biscayne et l'océan Atlantique alors que la nuit commence à tomber et les lumières de la ville s'éveillent.

Après m'être installée, je décide de me poser sur l'une des terrasses, en profitant de la vue sur un océan agité et de cette fraîcheur qui l'accompagne. Le temps étant morose comme mon humeur, une bière fraîche à la main, j'essaie de calmer mon esprit, en vrac depuis que j'ai posé le pied à Miami.

Le souvenir de mes premiers pas posés ici me fait sourire, malgré la tristesse de la suite des événements qui suivront, et dont je me rappelle encore, comme si c'était hier.

Mon père avait réussi à fuir Cuba et son régime communiste. Pendant 1 an, il mis tout en œuvre pour qu'on puisse le rejoindre. Nous avons finalement pu fuir à notre tour, avec pour seul bagage, quelques affaires personnelles et nos papiers. Ma mère, mon frère, ma sœur et moi, avons alors embarqué dans un bateau, nous faisant ainsi entrer clandestinement aux USA. Par la suite, nous avons obtenu le statut de réfugiés politiques. La traversée avait été dure, nous avions dû nous accrocher et plusieurs fois, nous avions eu peur de ne jamais arriver à destination. Mais l'espoir d'une vie meilleure et de se retrouver à nouveau réunis, nous avait fait garder le moral.

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