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On dit souvent que les voyages permettent de se retrouver, de faire un point avec soi-même, de se libérer des entraves dans lesquelles nous enferme notre petit chez soi. Cela devait sûrement être vrai... Du moins pour ceux qui avaient encore un chez soi. Pour Yasuo, ce voyage était simplement épuisant. Il dormait profondément, bercé par les légères secousses des vagues se heurtant à la coque du navire. Le vieux matelas aménagé à la va-vite entre les stocks de cornichons et de viandes salées n'aidait en rien à trouver le repos méditatif vanté par les adeptes des aventures vagabondes. Il était tellement éreinté que ses sens, habituellement en alerte, ne remarquèrent même pas le discret grincement de la porte qui s'ouvrait.

Une fine silhouette se glissa à l'intérieur de la cambuse. Ses pas étaient légers, à peine audibles, comme si elle glissait sur le sol. Elle se faufilait avec aisance dans l'obscurité, esquivant habilement les bouteilles vidées de leur contenu qui rampaient sur le sol.

Après quelques pas, son chemin s'arrêta au pied du vieux matelas de paille séchée où Yasuo dormait encore, allongé sur le ventre, le torse nu. Un bras tombait hors de la couchette. Le lourd katana au fourreau sculpté qu'il tenait fermement dans sa main pendante sonnait comme un avertissement, et les nombreuses cicatrices visibles sur son dos musclé attestaient de ses compétences. La clandestine le regarda un instant, hésita, puis avança une main.

Elle se pencha lentement au-dessus de lui, prenant un soin particulier pour ne pas le réveiller. Sa main effleura son dos, lentement, avec précaution. Chacun de ses gestes était contrôlé, calculé — sa propre respiration semblait retenue pour ne pas alarmer l'endormi. Mais il y avait toujours un élément qu'elle négligeait, un élément que Yasuo, lui, reconnaissait à chaque fois. Une odeur familière de fleur et d'agrume chatouillait ses narines.

Il ouvrit les yeux.

— Qu'est-ce que... grogna-t-il en essayant de se redresser, mais il était déjà trop tard.

La douceur de la caresse sur son dos se resserra en une poigne de fer qui l'abattit sur la couchette.

— Ne bouge pas ! chuchota l'intruse en verrouillant de son poids les mouvements qu'il aurait pu faire. Ce n'est que moi...

Yasuo laissa échapper un soupir. La douceur espiègle qui colorait cette voix mélodieuse ne pouvait appartenir qu'à une personne.

— Ahri... qu'est-ce que tu fais là ? Il y a un problème ?

Une pointe d'agacement perçait dans son ton fatigué. Il remua maladroitement sur le matelas, essayant vainement de trouver les yeux de la dite Ahri dans l'obscurité. Ne pas l'avoir dans son champ de vision l'énervait.

—Faut-il toujours qu'il y ait un problème pour que je vienne te voir ? Ne puis-je pas simplement vouloir profiter de la compagnie de mon garde du corps préféré ? Ronronna Ahri en remuant légèrement sur son dos.

Yasuo réprima un rictus amusé. Il tenta de se relever, mais le refus fut immédiat. D'une simple pression sur ses épaules, elle le cloua au matelas avec une aisance déconcertante.

—Yas... gémit elle, c'est si rare que j'arrive à te surprendre. Laisse-moi profiter un peu.

—Ahri... Je suis là pour te protéger, pas te divertir...

Elle marqua une pause, comme si elle pesait réellement ses mots, puis ses lèvres frôlèrent presque son oreille.

—L'un... n'empêche pas l'autre.

Son sourire s'entendait presque dans sa voix.

Yasuo ouvrit la bouche, mais elle le coupa d'une tout autre forme de langage. Son corps bascula au-dessus du sien, ne laissant entre eux que l'espace d'un murmure — pas un contact, pas une caresse, mais la suspension frustrante d'un corps presque acquis.

La traverséeDes histoires addictives. Découvrez maintenant