II

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Yasuo extirpa le haut de son corps de la couchette. Ahri avait pris cette mauvaise habitude de le réveiller en pleine nuit mais, pour une fois, elle semblait avoir une bonne justification. Il se devait de rester éveillé, ne serait-ce que pour saluer l'exceptionnalité de la situation.

Sa main tâtonna sur sa gauche, à la recherche de la lampe à huile qu'il avait posée près d'une vieille poutre humide. La vigueur de la flamme illumina brusquement la pièce, forçant Yasuo à prendre quelques secondes pour s'habituer à cette nouvelle clarté.

La tâche sembla plus complexe pour son invité. Ahri grimaçait, dressant instinctivement la capuche de son long manteau blanc pour faire barrage à la lumière. Ses yeux n'étaient pas aussi ordinaires qu'elle aimait le faire croire. Dans l'obscurité, ses iris étaient taillées en de fines amandes, captant le moindre détail dans les ténèbres. Des yeux faits pour la nuit, mais aussi bien plus sensibles à la lumière.

— Je vais finir par croire que tu le fais exprès ! râla-t-elle en se frottant les yeux.

— Je te promets que c'est involontaire, répondit Yasuo en cachant une pointe de satisfaction sur ses lèvres.

Ahri se redressa en lançant un regard sévère à Yasuo, mais son expression trahissait un agacement feint. Elle n'ignorait pas que ce petit jeu de lumière était un moyen de se venger des distractions nocturnes qu'elle lui imposait régulièrement. Et, malgré l'énervement de façade, une lueur maligne brillait encore dans ses yeux. Elle n'était pas du genre à bouder longtemps et, encore moins, à ne pas répondre à une provocation.

— Involontaire... Vraiment ?

D'un mouvement nonchalant, elle dégrafa la boucle dorée de son manteau, étendit sa jambe et fit glisser la lampe un peu plus près d'elle. Sa cape se déversa sur le sol tandis que la lueur de la lampe vacillait, s'élevant lentement le long de sa silhouette en chassant les ombres une à une.

Yasuo serra la mâchoire comme pour figer son expression.

Elle portait encore cet habit étonnamment sophistiqué :

Un enchevêtrement de tissus rouges, tressés, et simplement éclairé d'une large ceinture en ruban blanc.

Il y avait quelque chose de réfléchi, presque hypnotique, dans la manière dont le corps de son habit épousait parfaitement le sien, révélant ses épaules, s'ajustant sur ses hanches, se pressant sur sa poitrine.

Yasuo passa discrètement sa langue sur ses lèvres devenues étonnamment sèches. Il se sentait presque coupable de dévisager ainsi cette jeune femme, se rappelant qu'elle était aussi, et avant tout, son employeuse.

Un ricanement interrompit sa contemplation.

Ahri inclina légèrement la tête, ses grands yeux dorés accrochant de nouveau son attention.

— Alors ? miaula-t-elle en remuant les épaules, ce que tu vois te plaît ?

Yasuo dut retenir un rictus malin. Il commençait à la connaître et croisement de ses jambes gainées d'un tissu sombre, trahissait une certaine impatience.

Il n'allait pas lui offrir cette victoire si facilement.

— Je ne comprends pas pourquoi tu t'obstines à porter une tenue aussi voyante... répondit-il en feignant l'indifférence. La prochaine fois, fait simple. Surtout si c'est pour me réveiller.

Ahri relâcha toute la pression dans une profonde expiration déçue.

— Je vois... renchérit-elle en mimant la tristesse avec son visage, bien que sa voix exprimât sans aucun doute de la moquerie.

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