l'enterrement : l'avant

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Pourtant le lendemain nous nous sommes habillées, moi avec une longue robe noire fluide, elle avec un pantalon de costume noir, et une veste, fermée, de la même couleur. Elle a attaché ses cheveux en un chignon, ce qui dégage son visage et laisse apparaitre la fatigue qui le creuse.

Nous nous sommes préparées, mes parents également, avec le cœur serré. Ma mère stressait, elle courrait dans tous les sens, au téléphone avec Lucie, la mère d'Oliver. Je ne sais pas trop ce qu'elle lui racontait, elle la rassurait, la consolait beaucoup.

Mathilde angoissait, elle s'asseyait souvent, partout, essayant de garder son calme, de puiser dans ses réserves la force dont elle avait besoin. Malgré ses longues nuits, ses longues siestes, plus le temps passait et plus la fatigue était marqué chez elle, autant sur son visage que dans ses agissements : elle ne tenait pas longtemps en activité, avait du mal à se concentrer, à se souvenir de choses banales comme ce qu'elle était venue chercher, ou ce qu'elle s'apprêtait à faire.
Moi aussi j'ai eu mal ce matin. La boule installée dans mon estomac était encore plus volumineuse que ces derniers jours, et comme Mathilde j'étais très angoissée. C'est sûrement ce qui m'a fait éclater en sanglots devant le miroir ce matin, en me préparant. J'ai essuyé les grandes trainées noires que le maquillage avait laissé sur mes joues.

Nous sommes beaucoup devant la morgue. C'est là que nous nous retrouvons pour la plupart avant l'enterrement, avant de fermer le cercueil d'Oliver. Il a été demandé à chacun s'ils souhaitaient lui dire un dernier au revoir, le voir une dernière fois.

Comme Mathilde, j'accepte, comme une évidence, je dois lui dire au revoir. Une fois dans le bâtiment, il a une queue de quelques personnes, qui mène à une petite salle. Je sais qu'Oli est dedans, pourtant ça me parait surréaliste. Alors nous nous rangeons avec Math, attendant notre tour.
Je suis incapable d'imaginer Oli là. Il était celui qui incarnait la vie. Je l'imagine, je l'imagine venir me chercher, pour aller danser, nous préparer à manger dans sa cuisine, nous expliquer des jeux de cartes qui ni moi ni Mathilde ne comprendrons jamais. Je le vois nous dire qu'il compte épouser Gloria, qu'il vont emménager ensemble. Je vois mon bébé fraichement né dans ses bras. Et je pleure.

L'ambiance est affreusement glauque. Je pleure silencieusement dans la file. Je ne comprends pas ce que je fais là. Pourquoi nous?
La dame devant moi se retourne, et avec un regard bienveillant elle me frotte gentiment le bras. Je ne la connais pas, c'est sûrement quelqu'un de sa famille. Elle a sûrement une cinquantaine d'année et elle est un peu ronde, elle a l'air très gentille.
Voyant mes larmes, elle sort de son petit sac à main un mouchoir et me le donne. Elle me réconforte un peu, alors je m'en rends compte : je ne veux pas voir Oli dans cette salle. Je décide de ne pas y aller, parce que je ne veux pas le voir mort. Je ne veux pas le voir blanc, froid.

Je décide de garder l'image d'Oliver qui semble endormi au sol, avec ses pommettes un peu rouge à cause de l'alcool, l'odeur de son parfum mélangé à la cigarette, la chaleur de sa peau, sa barbe mal rasée, et ma veste. Ma veste lilas, cette veste que j'ai refusé de récupérer, que je laisse à Oliver. Ce sera la dernière fois que j'ai vu son visage. 

De longues larmes chaudes traversent mes joues tandis que je ressors du bâtiment, laissant Mathilde qui décide de rester. Je vais retrouver les autres dehors.
Ma mère ne comprend pas pourquoi je suis de retour si vite. Elle me prend dans ses bras et me demande ce qu'il s'est passé. Je m'écroule contre elle, secouée par les sanglots.

Nous avons dû passer vingt minutes à la morgue, avant de nous diriger vers l'église. Quand Mathilde sort, nous ne parlons pas de la petite salle, ni d'Oliver. Elle perd juste ses yeux dans le vague. Il y a comme quelque chose de différent, mais je ne saurais dire quoi. Son silence traduit l'indescriptible.

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