Je crois que l'une de mes activités préférées, c'est me préparer avec Mathilde avant d'aller en soirée.
Mathilde fait des allers-retours entre sa chambre et la salle de bain, dans laquelle je suis en train de me maquiller. Chaque fois qu'elle revient elle porte une nouvelle tenue, virevolte sur elle-même, et malgré qu'elle soit magnifique avec tout ce qu'elle porte, elle trouve toujours des défauts à ses tenues et repart se changer. Je connais Math depuis un peu plus de quinze ans déjà, et elle a toujours été très indécise.
Lorsque l'on s'est connues, nous avions six ans et nous nous retrouvions par hasard dans une classe de CP ensemble, dans une école qui nous était inconnue autant à l'une qu'à l'autre. Un peu perdues toutes les deux, laissées de côté par les autres élèves, nous avions trouvé refuge auprès d'un petit garçon prénommé Oliver qui était assez solitaire. Son manque de tact, son excentricité ainsi que son manque de concentration involontaire l'avaient vite éloigné des autres enfants, et l'avaient aidé à se faire remarquer par le maître. Nous, nous trouvions Oliver particulièrement drôle et intéressant.
De là avait commencé une amitié, qui au fil du temps nous avait rendu inséparables. Notre maître devenait souvent fou à cause de nous, les trois moulins à parole comme il nous appelait, mais il nous adorait secrètement. Ma mère ne cessait de nous le rappeler : Monsieur Lebeuf avait toujours vu dans notre trio une inexplicable complicité qu'il était compliqué, voire impossible de dissoudre.
Nous avions passé les trois quarts de notre vie collés ensemble, à faire des coloriages, jouer à cache-cache, se raconter des histoires débiles, regarder Koh-Lanta à la télévision entassés dans un canapé, acheter des bonbons avec quelques pièces trouvées entre deux sièges dans la voiture de nos parents. On avait fait nos premières soirées et avions pris notre première cuite ensemble, nous parlions souvent d'amour et nous faisions des plans sur la comète tard le soir. Nous avions vécu tous ces petits moments qui nous avaient construits en tant que petits adultes. Ensemble.
Mathilde râle contre moi, alors que je sors de mes pensées.
-Tu ne m'écoutes pas Lisa !
-Pardon. Tu te souviens de Monsieur Lebeuf ?
-Mais purée Elisabeth, qu'est-ce que tu me racontes ? Je te demande si mon jean est bien et toi tu me parle de Lebeuf ! On s'en fiche !
-Désolée ! Il est bien ce jean je trouve.
-Hmm. Je crois que moi je ne suis pas convaincue. Répond-elle en regardant ses fesses de façon critique dans le miroir.
-Mais...
-Je vais essayer le blanc. Me coupe-t-elle.
Et elle repart dans sa chambre aussi vite qu'elle est arrivée, pour essayer un nouveau jean et sûrement un autre haut au passage.
Quant à moi, je me reconcentre pour finir de me maquiller. Comme souvent, j'opte pour quelque chose de plutôt simple, je maquille mon teint et assombrit légèrement le coin externe de mes yeux avec un far à paupière foncé que je m'applique à estomper. J'attache mes cheveux bruns en un chignon, pour laisser apparaitre ceux de dessous qui sont décolorés et blonds platine.
J'ai opté pour une tenue classique : un tee-shirt noir sans manche, un jean gris délavé avec une ceinture noire.
Ce soir, nous allons chez un pote d'Oliver, un de ceux qu'il a rencontrés dans son école d'architecture. Je ne les connais pas super bien, bien qu'on ait fait quelques soirées ensemble déjà. Je n'ai jamais trouvé vraiment un moment pour leur parler pour de vrai.
Si on accompagne Oli ce soir c'est parce qu'au début il refusait d'y aller sous prétexte qu'il ne voulait pas voir Erwan. Ce dernier avait été son premier pote à son école d'architecte, et alors qu'Oliver avait rencontré un peu plus de monde et se créait doucement un groupe d'amis, sa relation avec Erwan s'était dégradée.
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Ceux qui vivent
Ficção AdolescenteRien n'est plus puissant que la liberté, l'espoir et la force de vivre de ces gamins de 20 ans. Un soir, alors qu'ils vont passer la soirée chez un ami pour danser, boire, se sentir exister, Elisabeth perd brutalement son meilleur ami, Oliver. Elle...
