Terreur nocturne

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Victor fixait le plafond. Il lui fallait concentrer son attention sur quelque chose d'habituel, dont la surface plane et unie pouvait l'apaiser. Il lui fallait simplement un repère. Après cinq ans vécus dans cet appartement, il ne parvenait toujours pas à ignorer le bruit, assourdissant dans le silence, qui venait perturber son sommeil : ce poing qui cognait ardemment contre la porte dans l'attente que quelqu'un vienne lui ouvrir. Chaque nuit, c'était la même musique d'horreur qui se jouait inlassablement. D'abord trois coups légers qui tonnaient dans l'entrée, le réveillant subitement. Son sang se glaçait alors et sa respiration se coupait brutalement, son réflexe était de ne plus faire le moindre bruit alors que le calme envahissait à nouveau l'espace. Seul son cœur allait à l'encontre de sa raison, frappant virulemment contre sa poitrine. L'air devenait lourd et irrespirable, compressant chaque partie de son corps avec une extrême lenteur, brûlant jusque l'intérieur de ses membres. La bulle se faisait percer par trois nouveaux coups, plus insistants que les précédents. Dès cet instant, il avait pris l'habitude de tourner ses yeux vers le plafond, blanc et épuré, dans lequel il trouvait une certaine forme de sérénité.

Il avait mis en place cette habitude rapidement. Ces coups cauchemardesques avaient commencé à retentir le jour-même de son emménagement et rien n'avait changé depuis. Il n'avait jamais rien dit, de peur qu'on le regarde de travers avec dans les yeux cet étonnement qui dirait « C'est de la folie ! ». Lui-même ne se considérait pas comme fou, il se savait capable de réflexion et d'analyse, capable de se rendre compte de ce qui l'entourait et de savoir qui il était. Et plus que tout, capable de savoir que ces bruits qui le tourmentaient chaque nuit ne provenaient pas de sa simple imagination. Hommes et femmes avaient partagé sa couche, restant sourds à ses tourments, aveugles et paisibles pendant que lui ne voyait que les abysses qui l'engouffraient peu à peu. Cela paraissait invraisemblable, mais c'était sa réalité. Lorsqu'il couchait ailleurs, il trouvait le repos, cependant ses maigres revenus ne lui permettaient pas de déménager.

Sa respiration transperçait l'air telle une lame aiguisée et ses doigts tremblants agrippaient avec désespoir sa couverture, qui faisait office de faible bouclier. Les coups revinrent à l'assaut, plus forts et plus nombreux, impatients que la porte cède sous leurs attaques. Victor ne bronchait pas, il était incapable du moindre mouvement et jamais il n'avait essayé de savoir ce qui était à l'origine de ce tapage. Il ignorait si c'était la peur qui le maintenait inerte ou la simple l'habitude qui le retenait prisonnier. Les chocs s'abattaient de plus en plus puissamment, jouant une musique agressive au son crescendo qui s'accordait avec son angoisse ; les vibrations de la porte accompagnaient le concert de son cœur avec fougue. Jamais la fidèle porte ne l'avait abandonné, pourtant il ne pouvait s'empêcher de penser au pire à chaque fois.

Puis plus rien. La dernière mesure s'était achevée sur une note brutale. Le calme refaisait surface, comme si rien ne s'était passé. Victor n'allait pas se rendormir. Il allait simplement attendre que le linceul noir de la nuit ne laisse découvrir la blafarde lumière du jour, emportant avec lui ces cauchemars bien trop réels pour ne pas être vrais.

Le matin, comme tous les autres matins, Victor inspecta soigneusement son reflet dans le miroir immaculé. La vitre luisante faisait tache dans la pièce poussiéreuse. Il était terrifié à l'idée de penser que si les coups contre sa porte étaient bien réels, alors lui ne l'était peut-être pas. En tout cas, ses cernes l'étaient, il en était certain. C'était mieux que rien. L'inspection de son visage terminée, c'était au tour de la porte. Corps relâché et tombant, tête légèrement inclinée sur la gauche, attirée par le sol. Ses yeux scrutaient d'un air nonchalant le judas qui l'observait de son œil de traître depuis le bout du couloir. Tout semblait normal. Il avança pas à pas à la manière d'un félin vers sa proie, laissant traîner ses pieds sur le sol. Son cou se redressa lentement. Il tremblait légèrement, comme si sur sa peau grouillaient des milliers de vers se tortillant en tous sens.

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⏰ Dernière mise à jour : Jun 17, 2021 ⏰

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