Quand j'ouvre les yeux, je me trouve sur un pont en bois, au-dessus d'un étang. Qu'est-ce que je fais ici ? Je reconnais le parc de ma ville. Il est désert. Je sens quelque-chose dans mes mains : c'est le bouquet champêtre que j'ai voulu offrir à Ha-Neul. Mais... il n'était pas sensé avoir coulé, comme mon espoir ?
Je suis perdu. C'est là que je repère quelqu'un qui marche vers moi, au loin. Je reconnais immédiatement la démarche et l'allure de Jungkook. Je suis donc en train de rêver. Le jeune homme porte un pantalon de tailleur beige et une blouse blanche en satin. C'est moi ou il est habillé comme Ha-Neul l'était ? Il me rejoint sur le pont. Son sourire m'intimide. Ses yeux sont toujours aussi malicieux.
"C'est pour moi ? s'enquit-il en désignant le bouquet."
Je ne sais pas quoi répondre. Cette situation me déstabilise. Je regarde Jungkook me prendre délicatement les fleurs des mains, pour les respirer. Il ferme les yeux. Je le trouve très élégant.
"Elles sentent bon... le bouquet est magnifique, murmure le garçon."
Je bredouille un merci confus. Je me sens rougir. Qu'est-ce qu'il m'arrive ? Jungkook s'avance avec une certaine timidité qui lui est propre, après avoir posé le bouquet sur la rembarde. C'est là qu'il prend tendrement mon visage entre ses mains. Je ne comprends rien à ce qu'il est en train de se passer. Mais je laisse faire. Il y a quelque-chose dans ses yeux qui m'attire.
Nous nous regardons intensément, sans rien dire. Je remarque que Jungkook a un grain de beauté sous les lèvres. Ce que je trouve séduisant. C'est là que cette bouche qui me fascine se rapproche de la mienne. Mon coeur s'emballe. Les mèches de cheveux de Jungkook me chatouillent le visage. Ses doigts caressent mes joues avec une tendresse qui me surprend. Je sens son souffle chaud sur mes lèvres à mesure qu'il se rapproche. Je ferme les yeux.
Son nez vient frôler le mien. Puis ses lèvres effleurent doucement les miennes, comme s'il hésitait ou ne voulait pas me brusquer. Son odeur est partout. Je ne sais plus où je me trouve. Ses caresses éveillent un désir insoupçonné en moi. Et quand il m'embrasse enfin, le plaisir que j'éprouve diffuse une chaleur apaisante dans tout mon corps.
J'ai le souffle court. Jungkook reste ainsi proche de moi, les lèvres entrouvertes, comme s'il ne savait plus quoi faire. Je me recule. Nous nous dévisageons : Jungkook est embarrassé, tandis que je ne parviens toujours pas à réaliser ce qu'il vient de se produire.
"Excuse-moi, c'était un peu maladroit. Je voulais compenser la frustration que tu as vécue à cause de l'autre fille, en rejouant la scène et en améliorant son rôle, explique le garçon."
C'est donc pour ça qu'il est habillé comme elle, qu'il m'a emmené là en rêve, et qu'il a recréé le bouquet de fleurs. Je suis stupéfait. Son attention est tellement touchante ! J'ai une nouvelle preuve qu'il me suit dans mon quotidien. Mais sur le coup, je m'en fiche. Je me sens flotter dans une aura de bien-être. Jungkook m'observe, un peu inquiet. Il se demande s'il a bien fait.
"Mais bon je ne suis ni Ha-Neul ni une fille alors peut-être que..., marmonne-t-il."
Je ne le laisse pas finir ses explications. Parce que je n'ai qu'une envie : sentir son corps à nouveau tout près du mien. Alors je comble d'un pas la distance qui nous séparait, pour lui rendre son baiser. Jungkook a un gémissement surpris. Je plonge mes mains dans ses cheveux, caresse son oreille puis sa mâchoire... ce moment m'apparaît magique. Comme si les frontières du temps et de l'espace s'étaient abolies.
Jungkook pose ses mains sur mes hanches pour m'attirer à lui. Toutes les sensations sont si intenses que j'en ai le tournis...
C'est là que je me réveille dans ma chambre.
"Merde ! soufflé-je."
Il fait jour, c'est l'après-midi. Je m'étais endormi, épuisé d'avoir trop pleuré après l'échec du date. J'ai encore le goût de la bouche de Jungkook sur la mienne... pensif, je me caresse la lèvre inférieure. Pourquoi est-ce que je me suis réveillé pile à ce moment-là ? C'est rageant ! Mes sentiments me malmènent. Je ne sais plus quoi penser.
"Je ressens des trucs pour un fantôme maintenant ? murmuré-je."
Je me frotte le visage, désespéré :
"Qu'est-ce qu'il ne va pas chez moi ?"
Je regarde tendrement Jimin. Il s'est remis à pleurer, assis sur son lit, après s'être réveillé. Je n'en reviens pas : nous nous sommes embrassés ! J'ai réussi à lui faire oublier Ha-Neul pendant quelques minutes, ainsi qu'à compenser la frustration qu'il avait vécue !
Quand je l'ai rejoins sur le pont, je me suis d'abord dit que l'embrasser n'était pas une bonne idée. Qu'il allait mal le prendre, me repousser... mais j'en avais envie... et son ami Taehyung avait dit "n'oublies pas d'embrasser la fille si le date se passe bien !" Donc en rejouant la scène, c'était une fin logique ! Vous ne me trouvez pas convaincant ?
Je ne pensais pas qu'il allait me rendre mon baiser. Il a dû trouver l'attention touchante. Et peut-être qu'il y a quelque-chose qui s'est éveillé en lui... je lui fais peut-être de l'effet. Cet instant, où nos lèvres se sont rencontrées, était tout simplement... intersidéral.
Mais une petite voix dans ma tête me dit que je ne devrais pas me réjouir. Si ça se trouve, Jimin m'a embrassé car j'étais la seule personne qu'il avait sous la main pour oublier son chagrin. Il doit toujours être amoureux d'Ha-Neul, les sentiments ne partent pas comme ça. Mais après tout, c'était ce que je voulais : compenser sa frustration, non ?
"Merde... je ressens des trucs pour un fantôme maintenant ? murmure soudain Jimin, le visage enfoui dans ses mains."
Qu'est-ce qu'il vient de dire ? Je n'ai pas rêvé ?
"Qu'est-ce qu'il ne va pas chez moi ? gémit-il."
Jimin a l'air épuisé. Il a une petite mine. Je quitte alors la chaise pour le rejoindre sur le lit. Je m'assois face à lui et lève une main vers son visage, hésitant. Puis j'ose caresser sa joue, tendrement. Ce n'est pas comme en rêve. Je ne sens pas sa peau sous mes doigts. Mais je peux l'imaginer.
Jimin a un frisson. Il doit croire qu'il y a un courant d'air puisqu'il se relève pour fermer la fenêtre. Il se réinstalle, toujours aussi triste. Alors je réitère le geste, effleurant sa mâchoire jusqu'à ses lèvres satinées. Le silence est tel que je n'entends que sa respiration. Qui s'accélère. Il doit se demander pourquoi le courant d'air est toujours là. Et surtout pourquoi il se déplace ainsi sur son visage.
C'est là que son regard se pose sur moi et que sa voix résonne dans la pièce :
"Jungkookie ?"
Je me fige, rougissant. J'aime bien le surnom ! Jimin scrute tous les recoins de sa chambre, l'air mal à l'aise. Il se relève brusquement.
"Je deviens fou, marmonne-t-il."
Il quitte la pièce. Je lui emboîte le pas. Le jeune homme s'installe sur la table du salon, face au tourne-disque. Il choisit un vinyle et l'enclenche, l'air déterminé.
"Parle-moi, murmure-t-il."
La musique emplit la pièce et je déglutis. Je ne sais pas quoi lui dire. J'ai peur que Jimin devienne obsédé par la quatrième dimension et en oublie le monde réel, ses proches... ce n'est pas l'objectif de ma mission ! Jimin doit profiter de sa vie. J'ai peut-être fait une erreur en m'attachant à lui.
Le garçon attend que je me manifeste, il tape des ongles sur le rebord de la table, l'air agacé.
"Je sais que tu es là, souffle-t-il."
Je ne dirai rien. La chanson touche à sa fin... Jimin arrête le vinyle avec un juron. Il le remballe un peu brusquement. Il n'a pas l'air décidé à abandonner là. Il s'empare de son téléphone et commence à envoyer plein de messages. Je me penche par-dessus son épaule pour les lire.
Il est en train de demander à ses amis de venir, parce qu'il doit "leur raconter quelque-chose d'important !" Il ne va quand-même pas tout leur dire ? Ils ne le croiront pas ! Je suis inquiet. Toute cette histoire prend des proportions que je n'avais pas prévues. Mais je comprends que Jimin ne veuille plus garder ça pour lui. Cela doit être pesant.
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LE MESSAGER (Jikook)
FanfictionLe disque vinyle a du mal à démarrer, c'est comme s'il était rouillé. En même temps, c'est un vieux tourne-disque trouvé sur une brocante. Je suis un moment grisé par cette musique d'un autre temps... c'est là que l'appareil se met à grésiller, et q...
