Je sortis des vestiaires réservés au personnel d'un pas vif, peu désireuse d'être en retard. Soufflant, je réajustais la veste de mon tailleur noir et grommelais en refaisant le lacet défait des baskets habillées plates que je portais -je ne pouvais me résoudre à me torturer avec des talons hauts.
Je me relevais rapidement, plaçant mon badge bien en vue en slalomant à travers les couloirs sur la moquette d'un rose poudré qui tapissait le sol.
Heureusement je n'étais pas en retard.
Il était compliqué d'assurer ses études tout en ayant un travail à côté, et surtout de mener les deux de front.
Mais ce n'était pas n'importe quel travail, et même si j'aimais m'en plaindre, j'adorais l'ambiance qui régnait dans les couloirs du Wayne Center.
Plus grande salle de spectacle de la ville, avec ses riches décorations, sa grandeur implacable et ses moulures d'époque, c'était définitivement un endroit dont on ne se lassait pas.
Même quand on y passait plusieurs soirs par semaine en tant qu'ouvreuse, ce qui était mon cas.
Je bénéficiais d'avantages non négligeables: je pouvais assister aux prestations gratuitement, me faufiler dans les coulisses et concilier les horaires de nuit avec mes journées de cours.
Enfin, il y avait aussi des penchants négatifs; je devais me farcir des spectateurs exigeants et parfois pas des plus enclins à se remettre en question, porter un tailleur -non négociable- et orienter à travers les rangs des fauteuils rouges disposés en arcs de cercle et en balcons des gens difficiles à satisfaire.
"Lorraine!"
Je saluais d'un signe de tête ma collègue Millie avant de m'approcher du vestiaire qu'elle tenait.
"Alors, ça se remplit?" Soufflais-je à l'intention de la rousse qui bataillait avec une veste et un cintre.
"Tu m'étonnes, il y a bien plus de monde que d'habitude, à croire qu'ils se sont filés rendez-vous." Gémit-elle en placardant à nouveau un sourire étincelant sur son visage tandis qu'un couple de retraités lui tendait leurs parkas.
Je laissais échapper un rire avant de poursuivre ma route vers les doubles portes du premier étage où une file de personnes s'accumulait et où un autre de mes collègues Joaquim accueillait déjà les spectateurs en inspectant leur billet avant de leur montrer leurs sièges.
Je pris aussitôt la relève et lançais mon plus beau sourire à la femme blonde d'une cinquantaine d'années et à sa fille qui me tendirent leurs tickets.
"Bonsoir! Alors, siège 20 et 21 D, premier balcon... Suivez-moi je vous prie."
Je conduisis ainsi toutes les personnes qui se présentaient à leur place et quand finalement la sonnerie indiquant le début du spectacle retentit et que le noir se fit dans la salle je fermais les portes et me postais juste derrière, munie d'une lampe de poche pour pouvoir guider les potentiels retardataires -qui furent une dizaine.
Parmi eux j'eu affaire à une femme d'un certain âge aux cheveux bruns et au regard dur qui m'apostropha sans l'ombre d'un sourire en arrivant d'un pas pressé devant les doubles portes:
"Deux places, premier balcon siège 71 et 72."
Un peu soufflée par son absence totale de savoir-vivre -enfin, un bonsoir n'avait jamais fait de mal à personne- je ne vis qu'après qu'elle était accompagnée par un grand jeune homme blond d'environ mon âge et qui semblait de fort méchante humeur.
Quand on vit sur une île et qu'on y a vécu toute sa vie, il est difficile de ne pas reconnaître les gens, soit parce qu'on les a croisés maintes fois soit parce que leur nom fait le tour de l'île. En l'occurrence, je me doutais que celui que j'avais en face de moi était Topper, riche enfant gâté insupportable de Figure Eight et petit ami de Sarah Cameron. Pour l'avoir déjà croisé dans les couloirs du lycée sans jamais vraiment lui prêter attention et d'après les rumeurs que j'avais entendues, je me dis que mes déductions devaient être bonnes. La dame charmante en sa compagnie devait être sa mère, et cette-dernière me le confirma d'elle-même en lâchant d'une voix qui claqua comme un fouet:
VOUS LISEZ
Outer Banks imagines
Hayran KurguTout est dans le titre * requêtes en pause* Disclaimer : certes, ces imagines sont inspirés de personnages appartenant à l'univers d'une série; il est néanmoins possible d'y adhérer et de les comprendre sans avoir vu la série en question, et sans...
