"Love Lockdown" (JJ)

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- Synopsis: JJ incarcéré développe une relation avec une jeune recrue de la prison alors même que ses démons le rattrapent-

***


JJ ne se souvenait pas de la dernière fois qu'il avait passé autant de temps assis à ne rien faire en silence.

Probablement jamais.

Ses pensées dérivaient tels un tourbillon d'insectes incapables de trouver le repos. Le moindre détail était susceptible d'attirer son attention tant il n'y avait pas d'autre occupation dans ce trou.

Tiens, il avait noté l'irrégularité des carreaux au sol par exemple. Ce genre de choses dont il n'aurait pas dû se rendre compte.

Même le plafond de la cellule était sale.

Sérieusement.

Le système se vantait d'appréhender les individus dangereux mais était incapable de maintenir ses infrastructures dans un état correct.

Il roula sur le banc, passant d'allongé sur le ventre à allongé sur le dos.

Ses bras vinrent se loger derrière sa tête.

Cela ne faisait que quelques jours qu'il était incarcéré -tout compte fait peut-être déjà des semaines, il ne savait plus bien, après tout n'était-ce pas le but de ce genre de trou- et déjà il saturait.

Il ne pouvait plus voir ses voisins de cellule, ni la tambouille immonde de la cantine, et encore moins le shérif qui passait rarement le voir sauf pour répondre du bout des lèvres qu'il n'avait pas plus d'informations quand il lui demandait avec des accents désespérés qu'il méprisait lui-même des nouvelles de l'avancée de son affaire.

Mais par dessus tout, ce qu'il haïssait c'était le torrent d'idées noires qui se propageaient de manière incessante dans son crâne.

En particulier cette voix grinçante qui lui soufflait qu'au fond, il l'avait toujours su. Qu'il l'avait vu venir. Oh allez, ne nous voilons pas la face; tu marches dans les traces de papa petit, ce genre de chose ça se transmet. C'est comme les chiens, si les géniteurs ont une tare tu peux être sûr que le chiot en héritera. Le déterminisme, ça s'appelle. Des fois t'y peux rien, c'est le destin. T'as beau essayer de sortir du schéma qui se dessine sous tes yeux tu peux pas y échapper. C'est qu'une question de temps. Et ainsi la fatalité le rattrapait, surtout au crépuscule, quand il n'avait même plus les travaux d'intérêt général pour s'occuper les mains -et donc l'esprit.

Quand enfin il s'endormait il rêvait de son père, et la voix sombre qui caquetait d'ordinaire dans sa tête prenait alors une apparence tout à fait tangible. Parfois en revanche il rêvait de son père, mais mort. D'autres fois encore c'était lui qui pressait la détente. Quelquefois même il pointait l'arme sur sa propre tempe. Il se réveillait de ces rêves en sueur, haletant et tous les muscles contractés.

Il ne savait pas comment sortir de cette spirale infernale. Lui qui en général parvenait si bien à relativiser et à remonter le moral des autres était complètement diminué face à ses propres démons. Il les avait repoussés pendant trop longtemps, et il lui semblait qu'aujourd'hui ils prenaient leur dû.

Les travaux manuels seuls parvenaient à le sortir de sa torpeur sombre. Alors il récurait la vaisselle des cuisines, sciait les planches de bois brut amassées en hauts tas dans la cour, et passait la serpillière avec une vigueur hargneuse en ignorant les autres détenus.

Quand il pensait au fait que ces tâches, qui lui auraient parues ingrates il y a quelques semaines, étaient devenues le sel de ses journées, le blond avait envie de rire. Jaune, bien sûr.

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