Le cœur serré et les poings enfouis dans ma veste en jeans noir, j'avais les yeux rivés sur toi. Je t'observais sans grande discrétion, en train de chuchoter de petits mots à l'oreille de cette peste qui ne se gênait pas de glousser ridiculement.
Elle caressa ses cheveux couleur de jais et fit tourner une des ses mèches entre ses doigts. Ma mâchoire se ressera.
Nous étions tous réunis, prêts à passer à l'action. Aucune chance de revenir en arrière ou de changer d'avis. Je sais que si je le faisais tu me traiterais de trouillard. Tu te moquerais ouvertement de moi en me faisant ton habituel sourire provocateur, comme tu en avais l'habitude.
Et moi et bien....mon cœur se mettrait sûrement à battre de plus en plus fort. Même lorsque que tu ne m'adresse qu'un regard, il a cette manie de s'emballer tout seul...c'est embêtant non ? Pour moi oui.
Connie me frappa l'épaule. On ne peut pas dire qu'il soit le gars le plus discret du monde, toujours à me donner des surnoms débiles.
— Jean ! Ma femme ! il cria. J'espère que t'es prêt hein ? Après on s'fera un resto avec Sasha.
Il me décrocha un sourire. J'allais lui répondre, lui dire que ce serait avec plaisir mais au même instant il fallut que tes yeux émeraude se tournent vers moi. Ton petit air confiant avait disparu, tu m'observais avec insistance. J'aurais pu t'lancer "t'as quoi l'suicidaire ?" Ou "Regarde ailleurs Jeager" mais ma gorge nouée était incapable de prononcer le moindre mot. Comme quand la fois où tu m'avais embrassé pour « rire » selon toi. Pourtant ce n'était pas drôle pour moi, tu m'avais volé mon premier baiser. Sans permission. Mais malgré ça j'étais incapable de ressentir le moindre regret, la seule chose que j'avais été capable de faire était de te regarder en rougissant. De bégayer un « pourquoi ? » alors que tu commençais à rire nerveusement en rattachant tes cheveux en chignon.
— On...on verra.
Le chauve me fit la moue et dressa sa liste d'arguments pour me convaincre. Lorsque nous arrivâmes au sommet de la falaise, un frisson glacé me parcourut. Était-ce vraiment une bonne idée ? Il faisait si nuit qu'on ne voyait quasiment rien, et si quelqu'un se fracassait le crâne contre un rocher en sautant ? Toutes mes peurs ressortirent d'un coup.
Tous mes amis se mirent en sous-vêtements, y compris toi. J'étais le seul à rester immobile face à l'immense vide qui nous séparait de l'eau.
— On a la trouille Kirschtein ? tu me souffla à l'oreille.
— Ferme-la ! répondis-je.
Je luttait pour, mais mes yeux se baladèrent finalement sur ton corps musclé, il était parfaitement dessiné d'abdos. Ton boxer te collait à la peau, moulant à la perfection tes...
Tu posas une main sur le bout de mon menton pour relever ma tête, ce sourire que je détestait sur tes lèvres.
— Sois plus discret si tu veux me mater, ok ?
Mes joues s'enflammèrent. Jamais je n'avais été aussi gêné que maintenant.
— Qu...qu'est ce que t'attends pour sauter ?
Les autres avaient déjà passé le cap, on les entendait hurler depuis le bas. Il ne restait plus que toi et moi. Et moi...j'étais habillé.
— J'veux le faire avec toi, tu chuchota en attrapant fermement ma main.
— Finalement, peut-être que je ne veux pas le faire, dis-je.
Tu haussa les sourcils, fixant mes lèvres pendant quelques secondes.
— Tu ne vas pas rester là quand même ! Allez Jeanboi...
Tes yeux me supplièrent, je finis par céder.
— B..Bon d'accord.
J'enlevai mes vêtements un à un, trop embrassé pour te regarder dans les yeux. Quand je les relevèrent sur toi, tu détourna immédiatement le regard, les joues empourprées. Un petit sourire se forma sur le coin de ma bouche, je me mis derrière toi, tu étais au bord du précipice.
Tout se passa très rapidement. Mes mains te poussèrent dans le vide et par je ne sais quelle malchance, tu t'accrochas à moi, m'entraînant dans ta chute.
L'eau me submergea en moins d'une seconde, je sentis tes bras enrouler ma taille quand nos corps plongèrent en même temps. Il ne nous fallut peu de temps pour retrouver la surface, le souffle saccagé.
Tu me garda serré contre toi, ta tête se logeant dans le creux de mon cou. Nous restâmes ainsi pendant quelques minutes, les autres ne semblaient pas le remarquer...ou peut-être qu'il n'y portaient pas grande importance, après tout tu m'avais embrassé devant eux la dernière fois.
— Reste avec moi Jean, tu marmonna dans ta barbe.
— Je le suis déjà idiot...
— Non je veux dire...ne pars pas avec Connie plus tard. Tu pourrais plutôt venir chez moi, rien que nous.
Tes doigts caressèrent mes hanches, me provoquant des fourmillements dans l'estomac. Tu m'attiras contre toi avec plus de force, ton souffle irrégulier sur ma peau. Une chaleur parcourut mon corps, tu en étais la cause.
— Et pour faire quoi au juste ? Toi et moi..seuls ?
J'avais joué la carte de l'ignorance et ça n'avait pas semblé te plaire puisque tu resserra ta prise sur ma taille, me regardant avec une expression sérieuse sur le visage.
— Mhm. Tu sais...ça m'énerve réellement quand tu agis comme ça.
Parfois je ne te comprenais pas vraiment. Quand tu disais des choses comme celles-ci alors que nous n'étions pas en couple ou que tu flirtais avec Mikasa alors que tu m'avais embrassé la veille.
Tes paroles n'étaient pas toujours en accords avec tes actions, c'est pour cette raison que je me devais de prendre certaines distances entre nous. Me faire des idées ne me procurerait que du mal et toi Eren, tu avais causé beaucoup de mal à beaucoup de femmes.
— Celui qui m'énerve c'est toi, je t'avouais froidement.
Tu me pris la main pour m'empêcher de me décaler, tes yeux semblaient s'adoucir.
— Tu ne le penses pas, arrête.
— Si je le penses.
Ton expression se crispa de colère et tu posas sauvagement tes lèvres mouillées sur les miennes, me volant un énième baiser. Ta main vint s'appuyer contre ma nuque pour approfondir notre échange, ta langue caressant la mienne.
J'y répondis malgré moi, le cœur battant la chamade. Ma voix gémit ton prénom contre ta bouche humide, je te sentis sourire.
— Et après ? haletai-je. Tu me laisseras tomber comme tu l'as fait avec toutes ces filles ?
T'es doigts effleurèrent ma joue, c'est alors que tu me murmura à l'oreille, souriant :
— Je t'aime putain. Je t'aime et pour rien au monde je ne ferais une chose pareille.
