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Le soleil brillait. Ironique de la part du Destin ; pour une fois qu'il n'attirait pas la pluie, il s'attirait les ennuis. Enfin, il faut dire que c'était plutôt lui qui était tombé en plein dedans.

Les bras croisés sur sa poitrine, les sourcils froncés car plongé dans une grande réflexion, il tirait inconsciemment le bout de sa langue, toute rose, qui commençait à s'accorder à merveille avec la teinte de son visage. S'il ne sortait pas de ce merdier dans peu de temps, il craignait avoir sacrément mal à la tête, sans compter son estomac qui n'appréciait sans doute pas la situation ; et Barbatos savait ce qu'il pourrait régurgiter aux vues de tout ce qu'il avait avalé la veille !

Il soupira d'abandon, ses muscles se détendant automatiquement. Il mentirait s'il disait que tout ceci était nouveau ; il mentirait également s'il disait qu'il ne s'attendait pas à un tel sort. Il s'attendait toujours à tout et, avant même d'avoir ouvert la porte de chez lui, s'était passé en mémoire toutes les catastrophes possibles qui pourraient lui arriver. En même temps, c'était bien connu qu'il ne portait pas chance... Et même cette belle journée tempérée et ensoleillée ne l'épargnait pas. Jamais.

Bennett ouvrit un œil lorsqu'il entendit un mouvement dans les buissons d'à côté, pour sourire tristement lorsqu'un petit lapin blanc immaculé en sortit. L'animal le regarda un instant de ses minuscules yeux bleus pétillants, penchant sa tête sur le côté.

Bonjour toi, le salua-t-il finalement, puisque le lapin n'était pas décidé à s'en aller. Ça te dirait de me donner un coup de main ?

La boule de poil le regarda sans comprendre, ce qui était, soyons honnêtes, tout à fait légitime. Si un jour vous croisez un lapin qui vous répond, je vous conseille fortement de vous remettre en question.

Tu vois, je suis attaché depuis près de deux heures, et je commence à avoir mal au crâne à force d'être pendu par les pieds. J'ai déjà été temporairement aveugle et eu la vision trouble, mais alors à l'envers, je ne connaissais pas.

Il baissa les yeux – les leva, pour être précis – et observa les tiges vertes qui lui chatouillaient le front. Il put discerner une coccinelle qui marchait tranquillement sur l'une d'elles.

Je suppose que vous, les animaux, ne vous retrouvez pas souvent dans ce genre de situation...

L'animal sembla soudainement s'intéresser à autre chose – Bennett en fut quelque peu vexé – et se précipita dans un buisson opposé. Le blond le suivit des yeux un instant, avant de gémir de douleur, plus pour lui-même que pour la bête qui venait de s'en aller. Je dois admettre que les humains excellent dans l'art de se plaindre, même lorsque personne n'est présent pour compatir.

J'ai mal au ventre, j'ai mal à la tête, j'ai mal au pied, j'ai mal partout ! Personne ne m'a dit que la gravité était douloureuse !

Un second bruissement de feuilles lui fit ouvrir à nouveau les yeux, yeux qu'il avait fermé sous le coup de sa petite colère totalement justifiée, mais il resta interdit devant la silhouette qui se tenait devant lui, qui ne ressemblait absolument pas à un lapin.

Accroupi, une main à plat au sol et l'autre prête à dégainer son épée, se tenait un jeune garçon, pas plus vieux que le pendu, aux longs cheveux argentés emmêlés maladroitement dans une capuche bien trop grande pour lui. Son visage, fermé sans être froid, laissait paraître un sérieux et une concentration inébranlable. Il n'était pas habillé très chaudement, portait des bandages sur les bras et n'avait pas l'air de quelqu'un particulièrement civilisé. Ses pupilles rouges scrutaient avec intérêt l'autre jeune homme, qui n'avait pu détacher son regard de ces deux orbes envoûtants.

Acceptation [Rannett]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant