6

662 53 82
                                    

Il va pleuvoir, chuchota le plus vieux.

Razor hocha la tête. Les nuages noircissaient, l'atmosphère s'alourdissait. Le blond vit du coin de l'œil une famille de lapins nains se hâter de rentrer dans leur terrier.

On devrait rentrer avant qu'on soit complètement trempés, continua-t-il. Ça n'est pas marrant après, les habits collent à la peau et on finit toujours par tomber malade.

Razor jamais tombé malade, nia son ami.

Jamais ? Eh bah, il ne faudrait pas que ce soit le cas aujourd'hui.

L'autre acquiesça une seconde fois et ils délaissèrent leur cueillette de baies pour reprendre tranquillement le chemin vers la cité. Il faisait plein soleil pourtant, quelques minutes auparavant. C'était l'effet Bennett ; le soleil ne l'aimait pas beaucoup, mais il fallait croire que c'était tout l'inverse pour la pluie et l'orage.

Ils ne marchèrent pas assez vite, hélas, et furent surpris lorsque des chutes d'eau leur tombèrent sur la tête. Riant comme des imbéciles, ils courraient du plus vite qu'ils pouvaient, protégeant leur récolte du mieux qu'ils pouvaient, zigzaguant entre les flaques et les blobs d'eau qui apparaissaient subitement, heureux du temps qui avait brusquement changé. Le tonnerre grondait, au loin, et Bennett se fit la réflexion qu'ils avaient encore un petit bout de chemin avant d'arriver à bon port ; et qu'il vaudrait mieux qu'ils se posent quelque part, sous un rocher, plutôt que de risquer d'être frappés par la foudre.

Là ! s'exclama-t-il en apercevant un léger renfoncement dans un rocher, comme une sorte de mini-caverne. Viens, on va s'abriter là.

Les deux amis se réfugièrent sous le rocher, soupirant de soulagement. Ils ne mouraient pas ce soir, c'était déjà une bonne chose.

Voilà trois semaines que les deux s'étaient rencontrés, et ils ne se lâchaient plus d'une semelle depuis. En fait, c'était plutôt Razor qui ne le lâchait plus, mais Bennett était trop heureux pour se plaindre. Le mi-loup avait élu domicile chez le blond, occupant tantôt son lit, tantôt le matelas à côté. Les anciens aventuriers étaient ravis de l'accueillir, trouvant leur petit protégé bien plus épanoui depuis que le gris était entré dans sa vie. Razor les aimait bien, il s'occupait d'eux comme il s'occupait autrefois des vieux loups malades et fatigués. Jouer la nounou lui rappelait des souvenirs qu'il ne voulait pas oublier. De beaux souvenirs.

Bennett et Razor, Razor et Bennett. Ils étaient devenus le petit duo catastrophe de Mondstadt, connu par tous dans la ville. Toujours à créer des petits problèmes ou à faire des bêtises, mais les habitants étaient tous d'accord pour dire qu'ils avaient rarement vu le blanc aussi heureux. Ils l'aimaient bien, Bennett, tout le monde l'aimait bien, mais de loin. Et s'ils étaient parfois pris de remords de ne pas s'occuper de lui, jugeant la tâche trop ardue et dangereuse, ils étaient soulagés de voir que quelqu'un remplissait cette tâche à merveille.

Brrr, il fait froid, grelotta le blond en se frictionnant les bras. Tu vas voir, avec ma chance, tu seras en pleine forme mais moi je vais tomber malade. Tant mieux pour toi, j'ai envie de dire.

Viens, répondit le gris en ouvrant grand les bras. Razor peut réchauffer.

Razor était tactile. C'était une des premières évidences que Bennett avait comprises plutôt vite. Et, en soi, ça ne le dérangeait pas plus que ça. Il aimait bien les câlins que lui faisait Barbara lorsqu'elle lui disait au revoir, et aimait ceux de ses pères, ou les petites chamailleries qu'ils se faisaient avec Fischl. Mais avec Razor, c'était différent. Il y avait toujours une sorte de malaise qu'il ne parvenait pas à expliquer. Pas tellement désagréable, mais persistant. Et ça l'énervait, parce qu'il ne comprenait pas ce que c'était.

Acceptation [Rannett]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant