Chapitre I : Saïra

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music : The City Must Survive by Piotr Musiał
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13 Tijana 805

          Personne n'est conscient d'être condamné, jusqu'à ce qu'ils se retrouvent face aux visages de leurs proches déformés par la tristesse, en sachant ce qui leur est destiné. Chacun d'entre nous se trouvera être la condamnation d'un autre.

Les officiers de notre unité ont-ils été la condamnation de leur camarade ? Ou peut-être sont-ils morts seuls ? Auquel cas, ils ne s'en seront donc pas rendu compte. Peu importe, peut-être ne sont-ils pas morts.

          Cela fait plus de 2 heures, que nous sommes postés ici avec nos divisions dans l'attente d'autorisation à donner l'assaut. Nous procédons au dernier point avec nos unités en conséquence des décisions prises durant le conseil de la veille. Les dernières pertes sont bien trop compliquées à surmonter, nous n'avons donc plus de choix, les six divisions ont été réquisitionnées.

Le terrain que nous avons à récupérer est décisif, les créatures s'approchent dangereusement de nos territoires et nous n'avons aucun moyen de les contrôler ou de les arrêter. La brèche, s'étant élargie, représente une menace continuelle pour nos vies si nous restons près d'elle car de plus en plus de créatures en sortent et se trouvent aux alentours de celle-ci. Le problème est que nous avons besoin des ressources encore disponibles sur ce terrain.

Première unité, rive gauche ! Deuxième unité, sur la rive droite, vous serez les plus près de la brèche donc le flux sera plus important, alors prenez garde ! La troisième suivez les ordres de votre capitaine brigadier et allez en renfort avec la 2e division ! Et je répète, vous restez en arrière comme d'habitude je ne veux voir personne sur le champ en dehors de ceux que j'ai autorisé. Compris ? Je leur donne les dernières indications afin que la mission se passe correctement.

Bien reçu ! M'ont-ils répondu avant que le silence retombe.

Enfin l'autorisation nous parvient et un hurlement retentit, pas d'un de nos hommes. Ils approchent.

Dernière précision, si vous revenez, c'est que vous avez gagné ! Il nous est impossible de perdre ce terrain là. Que les dieux soient avec vous et revenez parmi nous en vainqueur.

Compris ! Sur ces derniers mots nos trois unités se sont séparées.

          Mes mains sont congelées, ce mois rend difficile le travail de notre division, car les flammes tiennent moins et cela nous demande d'autant plus d'efforts. L'avantage reste à la deuxième division, cependant leurs pertes récentes les ont énormément affaiblis. En tant que division de distance, nous devons par conséquent augmenter notre présence en rapproché sur le front pour compenser.

Ce combat est d'une férocité telle que mes oreilles bourdonnent, les sons et le sang viennent de toutes parts, c'est insupportable, les cris de douleur, les appels à l'aide, certains se noient, d'autres sont brûlés vif, le son des mouvements de leurs armes, les violents entrechoquements. Le pire n'est pas le son, mais la vision d'horreur que l'on a, des personnes avec qui nous avons pu parler le matin même, sont au sol, gisant dans des mares de sang, le leur et celui de leurs amis, leurs frères d'armes.

Tous y passent. Une vague de nausées m'attrape alors que mon regard atterrit sur Hanley, un jeune garçon, à qui j'ai refermé la veste tout à l'heure - tout juste plus jeune que mon frère, je dirai 12 ans - au sol, sa cage thoracique a été et continue d'être broyée sous les pas de nos adversaires et de ses propres compagnons. La faim justifie les moyens, c'est ce qu'ils disent.

Dans ces moments, il est facile de voir qui était le proche de qui, ils ont tous la même réaction, enfin presque tous. Lorsqu'ils voient leur camarade se faire toucher, ils ouvrent grands les yeux, je me demande toujours à quoi ils pensent en ces moments, et hurlent comme-ci ça allait les ramener. Sont-ils tristes ou ont-ils peur ? Peut-être peur qu'il leur arrive la même chose, peur de souffrir, peur de mourir ? Ce qui m'amène au deuxième type de réaction, la fuite, certains par peur s'enfuient. Ils abandonnent leur compagnon derrière mais personne ne part sans conséquence.

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