La discussion avec Philoctète s'était avérée bien plus fructueuse que je n'aurais pu l'imaginer. Qui aurait cru qu'une entité pareille pouvait exister ? Il y a dix jours, je n'aurais jamais pensé tout ceci possible.
Mon sommeil avait été lourd, malgré toutes les informations nouvelles qui me trottèrent dans la tête jusqu'à tard dans la nuit. Quand je me réveillai, je décidai de sauter le sport matinal. Si Sakura tenait parole, j'aurais largement de quoi cracher mes poumons. Le rituel du matin s'imposa : je buvais deux grands verres de sang puis pris un bain avant de trouver une tenue fort différente de ce que j'avais connu, jusque-là. La robe avait cédé sa place à une tunique et un short de couleur noire. Des bottes et une ceinture de cuir complétaient l'équipement sommaire. De quoi être plus à l'aise pour me battre... Même si j'avais l'impression que je servirais davantage de sac de boxe qu'autre chose. Ma résistance allait être mise à rude épreuve, je le savais, mais rien n'était trop difficile pour avoir une chance de sauver Rose.
Après ce bref rafraichissement et petit déjeuner, je descendis les marches jusqu'à rejoindre le pied de la tour. Je me focalisai alors pour la première fois sur les alentours directs du bâtiment. Derrière la face que j'avais pu observer, lors de mon arrivée, se trouvait un jardin séparé de la plaine par un sentier tracé à l'aide de pierres et de gravier. Il menait à un jardin aménagé par des assises, quelques fleurs aux épines sombres et une balancelle. Cette dernière m'étonna, mais je continuai mon trajet. Assise sur un banc, dos à moi, Sakura lisait un livre épais comme ma main. Sa lance était plantée dans le sol, à son côté, mais je ne vis aucune autre arme à portée. Je tentai alors de voir par-dessus son épaule.
"Enfin."
Lorsque j'approchai, elle se redressa. Les chaines de sa robe cliquetèrent et elle se retourna dans ma direction, l'air sévère. Son regard passa du mien au livre, puis elle me le tendit. A cet instant, je me figeai. Une guerrière lettrée et moi je n'étais qu'une gamine perdue.
"Tu ne sais pas lire, c'est ça ?"
"Euh bonjour et... non, je ne sais pas lire."
Elle n'était pas bien plus grande que moi et pourtant, j'avais cette impression dérangeante d'être écrasée sous son regard de sang. Comment résister à une telle pression ? Elle pouvait gagner un combat par ce simple contact, comme un poison que l'on reniflait à peine avant de tomber dans les pommes. Je m'étais figée, une fois de plus, tandis que la femme me fourrait le livre entre les mains.
"Comment veux-tu combattre si tu ne sais pas lire ?"
"Hein ?"
Répondant avec cette grâce qui me caractérisait tant depuis que les événements m'avaient arraché à Rosalie, je levai enfin les yeux vers elle. Son soupir évocateur m'enchaina comme le boulet que j'étais à sa cheville. Pourquoi m'aider autant, si je l'ennuyais ?
"Tsss si tu veux te battre, tu dois connaitre tes ennemis, savoir comment parer les sortilèges. Pour frapper le cœur de son ennemi, il faut savoir comment et quand le faire. Tu es une passeuse et ce serait une énorme erreur que de te cantonner au simple maniement des armes. Les gens comme toi ont de nombreuses capacités, plus grandes que les miennes, malheureusement."
Etrangement, je me mis à rire. La nervosité enserrait mes côtes. Moi, avec plus de potentiel qu'elle ? Cette information me paraissait tellement irréaliste. Mon regard croisa le sien et je compris instantanément qu'elle ne plaisantait pas.
"A partir d'aujourd'hui, c'est fini de se prélasser, petite. Le matin, tu vas apprendre les bases de la lecture. Ensuite, tu t'entraineras. Par chance, ton corps est extrêmement réceptif à ce monde et ta capacité de régénération est impressionnante. Nous allons pouvoir travailler ça ensemble."
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Les faucheurs
FantasíaDans ce monde post-apocalyptique, humains et autres espèces vivent ensemble. En harmonie ? Non, loin de là. Sélénia, une jeune femme au tempérament de feu et sa sœur jumelle l'expérimentent chaque jour. Elles survivent, tant bien que mal. Cependan...
