Chapitre 28

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C'est en ouvrant les yeux que le fantôme remarque que son souvenir s'arrête là, au milieu d'une bataille et sur le navire de son capitaine. Seulement, il se retrouve au bord du port à fixer l'horizon en se demandant par où aller maintenant. Vu qu'il a perdu connaissance à ce moment là, il n'a jamais vu le trajet jusqu'à la cachette et même conscient, il serait probablement resté dans la cabine de Shouto à cause de ses blessures. Alors, comment continuer son voyage ?

Le fait de devoir parcourir l'océan de long en large ne l'enchante pas, combien de temps cela lui prendra-t-il ? Subira t-il une autre bourrasque comme au tout début de son voyage ? Comment faire ? Pourquoi a-t-il fallut que les évènements se déroulent ainsi ? Mais en même temps, comment rester éveillé après pareille torture ? N'avait-il pas eu des moments de conscience pendant le trajet ? Rien que quelques secondes...

Une image vient de soudainement lui traverser l'esprit, il a aperçut Momo quitter la cabine. Son corps s'est alors déplacé de quelques mètres, se retrouvant sur l'eau. Il va lui falloir beaucoup plus que ça pour arriver jusqu'à la fameuse cachette. Il ferme les yeux, tente de se concentrer pour faire resurgir des souvenirs de sa mémoire défaillante. Essayer de se rappeler comment ils l'ont maintenus en vie durant tout le trajet. Le bruit des allers venus dans la cabine, des voix qui donnent des ordres, celles qui s'inquiètent de son état, le cliquetis des outils et des fioles tout comme le craquement du bois du bateau qui navigue prestement loin du rivage.

*

"- Reste éveillé !"

Impossible de savoir qui prononça ces mots, mais il était évident que tout le monde s'affairait autour de lui, ses oreilles subissaient ce remue-ménage interminable. Il grogna tout en essayant de trouver une meilleure position pour sa tête, de toute évidence, c'était peine perdue. Son corps tout entier criait de douleurs, refusant d'effectuer le moindre mouvement pouvant aggraver ses plaies. Alors il tenta de s'avancer, déclenchant une vague de réprimandes mais il les ignora tous. Son visage trouva enfin le rebord du lit et ses yeux le plancher, vite obstrué par un seau. Ce n'était pas vraiment la manœuvre qu'il espérait mais c'était déjà une bonne initiative, le fait de tout voir tanguer allait réveiller son estomac pourtant vide.

Il sentit qu'on lui nettoyait les plaies, enlevant le sel qui le fit grimacer. Les voix semblaient parler de plus en plus fort, lui déclenchant un mal de crâne horrible. Il tenta de demander un peu de silence mais une grosse explosion fit trembler tout le bateau. Manquant de tomber du lit, des bras le maintinrent fermement malgré les blessures ouvertes, d'autres cris fusèrent mais il n'en comprenait pas le sens. Tout était tellement brouillé et ses yeux n'arrivaient pas à se focaliser sur quoi que ce soit de stable, si bien qu'il vomit dans le seau.

Sa bouche fut immédiatement essuyée, ses soigneurs avaient probablement peur qu'il ne s'étouffe avec sa propre bile. Il voulait bien les rassurer comme quoi il ne pouvait vomir rien d'autre que sa propre salive, les tortures subites dans le sous-sol avaient eu raison du contenu de son estomac. Un linge humide lui nettoya le visage avec douceur, malgré le fait qu'ils étaient probablement bombardés par des canons. Ses yeux n'arrivaient toujours pas à se focaliser sur autre chose que le seau, ce serait embêtant de régurgiter sur la personne qui le nettoyait. Puis sa vue se troubla.

*

Izuku marmonne. Il est maintenant éloigné du quai, mais encore trop proche à son goût de son village natal. Il lui faut encore de ces morceaux de conscience pour arriver jusqu'à bon port. Il ferme les yeux et se concentre encore une fois.

Pourtant, ce n'est que le silence qui l'entoure mais il ressent une légère caresse sur son corps, comme un drap se déposant avec tendresse sur son corps meurtri.

Capitaine... [TERMINEE]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant