Chapitre 12

54 5 3
                                        




Une année passa sans le moindre incident, mis à part le stress des autres collectes où Tomura se faisait un plaisir de fouiller l'ensemble de la maison et de la grange. Sa mère mettait plus d'une semaine à s'en remettre, voyant toujours ces soldats retourner sans dessus-dessous sa demeure. Mais ils gardaient le silence, pour le bien de tous.

Izuku retrouva la totale mobilité de sa main, même si les quelques cauchemars sur cet évènement lui ravivaient la douleur. Il pouvait de nouveau travailler après ces semaines de galère et d'épuisement pour eux deux. Néanmoins, il gardait la dague cachée sous une latte du plancher, il était hors de question d'attirer l'attention dessus et encore moins de se rappeler que des pirates avaient élus domicile ici.

Comme promis, il n'en entendit pas parler. Même si les affiches restaient accrochées à l'auberge, il faisait en sorte de ne pas regarder ce tableau d'affichage, peut-être ainsi, son esprit pourra les caser dans un coin reclus de sa tête pour doucement les oublier. C'était le mieux qu'il pouvait faire, tout comme sa mère qui arrêtait de regarder à travers la fenêtre la nuit. Cette épisode de leur vie était maintenant terminée, il n'était pas question d'y revenir dessus.

Seulement, il était difficile d'oublier le capitaine pour son cas. Certaines nuits, il se réveillait en sueur, haletant comme s'il avait couru sur des kilomètres sans prendre une seule pause. Dans ces moments là, il refusait de se rendormir, de peur de refaire un rêve érotique avec cet homme aux yeux vairons. La guérison de cette absence allait lui prendre plus de temps qu'à l'accoutumée, mais que pouvait-il faire de plus à part attendre ? Tous les habitants connaissaient son penchant pour les hommes, ils le blâmaient pour ça. Et sa première aventure connue de tous ne lui avait apporté que des représailles, notamment des insultes et les marchands qui refusaient de lui vendre quoi que ce soit à lui ou à sa mère. Jamais il n'avait compris en quoi il était en faute, mais le fait est qu'il devait faire profil bas sur ce qu'il était.

Il se rappela de cette question que lui avait posé Shouto, le jour du départ. Sa dernière intimité avec un homme. Il ne s'en rappela que brièvement, vu qu'il était parti dans une ville loin d'ici pour vendre sa marchandise. Cela n'avait pas été difficile de chercher des informations concernant un lieu où seulement des hommes s'y réfugiaient. Mais il n'avait pas apprécié cette nuit là, la peur d'être découvert par un habitant du village ou un membre de la garde l'avait travaillé. Malgré les compliments qu'ils s'étaient échangés, entre lui et l'homme d'une nuit, il n'avait pas renouvelé l'expérience. S'il restait isolé jusqu'à sa mort, il ne serait plus jamais tenté, c'était ce qu'il avait en tête.

Mais la vie réservait bien des surprises pour son cas. Tomber sous le charme d'un pirate fortement recherché. Il ne pouvait pas faire pire, mais comment aurait-il pu faire autrement ?

Il chassa ses pensées en secouant la tête, portant son regard sur l'horizon. La mer était assez calme ces derniers temps, et il s'en méfiait. Son père lui avait toujours dis que cela présageait quelque chose, bon ou mauvais. Mais au vu de ce qu'il se passait récemment dans le village, cela ne pouvait qu'empirer.

Les gens avaient les nerfs à vif. La pêche n'avait pas été bonne, les récoltes saccagées par les bêtes sauvages et des vents violents avaient emportés du matériel nécessaire. A croire que la nature se vengeait d'une mauvaise action de ce village. Lui et sa mère avaient cachés qu'ils n'avaient pas eu plus de dégâts qu'en temps normal, même s'il s'attendait à voir des empreintes de pas humains autour de la maison. Les habitants étaient très bons pour les ignorer au quotidien, tout comme ils savaient voler ce dont ils avaient besoin quand cela fut nécessaire. Izuku était tenté de trouver un chien pour garder les terres, mais ils savaient que ce pauvre animal ne survivrait pas plusieurs jours sans subir de mauvais traitements de la part des autres. Il n'avait plus qu'à espérer qu'ils se tiennent tranquilles jusqu'à la prochaine récolte, mais il continua à cacher des provisions dans le petit sous-sol prévu à cet effet.

Les journées passèrent, et un matin, Izuku vit ce qu'il ne voulait pas voir. Des empreintes de pas autour de la maison ainsi que la grange. Son cheval ainsi que la charrette n'étaient plus là. Le reste des animaux étaient sagement en train d'attendre d'être libérés de leur enclos, étrange en soit, mais un cheval avec un moyen de transport était quelque chose de recherché par les gens de la ville, à très bon prix. Il souffla furieusement tout en passant la main dans les cheveux, comment allait-il faire ? Construire une nouvelle charrette était dans ses cordes, mais les vaches laitières n'étaient pas faites pour ce genre de travaux. Surtout que l'une d'elle allait mettre bas d'ici peu de temps. Il n'avait plus qu'à se rationner pour pouvoir s'offrir un cheval pour la prochaine vente de bétail, au printemps. Ce qui ne l'arrangeait pas vu que l'automne venait tout juste de commencer.

Une fois sa mère mise au courant, cette dernière n'était pas vraiment surprise mais ses yeux tristes et déçus montraient à quel point la situation l'affectait. Peut-être que l'alchimiste avait raison, ils devraient plier bagage et partir loin d'ici, recommencer une nouvelle vie. Mais avec quel argent ? Le peu qu'ils amassaient suffisait à payer ces maudites taxes, et vendre la maison serait mission impossible. Tomura ferait en sorte que personne ne puisse acheter cette ferme à l'énorme potentiel, et il subira un blâme pour avoir essayé de s'enfuir. Décidément, rien n'allait aujourd'hui. Il prit son attirail et partit faire ses tâches quotidienne, ça l'empêchera de penser à tout ces malheurs de la vie.

Le lendemain matin, alors qu'il venait de passer la porte, il lâcha sa besace et sa mâchoire manqua de se décrocher en voyant une telle scène. Son cheval était en train de tirer la charrette qui était pleine à craquer de provisions en tout genre, des personnes encapuchonnées se tenaient de part et d'autre avec des sacs également. Ils s'arrêtèrent tous devant lui, le silence fut perturbé par le hennissement du cheval, heureux de revenir à la maison. Izuku entendit sa mère accourir jusqu'à lui et se stopper.

"- Que... Suis-je en train de rêver ?" Une personne se dirigea vers Inko et lui prit tendrement la main, si le paysan l'avait reconnu, sa mère eut un temps de réaction.

"- Non, vous êtes bien éveillée. On pensait arriver avant votre réveil mais votre cheval ne s'est pas vraiment laissé faire tout le long du trajet." Ce dernier s'ébroua, comme pour prouver les dires de Tsuyu.

"- Oh mon dieu... Vous êtes revenus..."

"- Oui, avec quelques cadeaux pour vous et Izuku."

Si sa mère semblait aux anges de voir toutes ces provisions, son fils était en train de bouillir intérieurement tout en fusillant du regard le capitaine qui était appuyé sur la charrette, un sourire amusé collé sur les lèvres.

Capitaine... [TERMINEE]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant