Échanger un calendrier de l'avent avec un inconnu ? C'est le projet de Yüna.
Malgré sa vie faite de strass et de paillettes, ce mannequin trouve son quotidien trop terne. Quoi de mieux que de décider que le père Noël de cette année, elle ne saura pa...
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Jim
Noël est une plaie de plus à supporter. Je ne devrais pas la fêter, je ne suis pas croyant. Si ça n'avait tenu qu'à moi, cette année, je serais confortablement installé dans mon chalet, à me servir un verre de vin et à observer la nature se transformer sur la terrasse de mon domicile, un manteau chaud sur le dos et un bonnet sur la tête.
Certainement pas ici, habillé comme mon frère, patientant sagement que la femme à l'origine de tout ce foutoir termine de se préparer.
Sur le canapé, le nez plongé dans l'écran de mon ordinateur — évidemment, je l'ai embarqué et mon petit doigt me dit que j'ai bien fait —, je soupire bruyamment à chaque seconde de temps qui passe. Pourquoi ? Parce que Yüna apprécie la musique.
Je n'avais pas fini de me changer pour cette veille de Noël que des chansons étaient déjà diffusées dans le chalet. Une horreur. D'autant plus quand celle qui passe en ce moment et que le mannequin se fait un plaisir à rembobiner dès qu'elle est terminée, c'est celle que je déteste le plus. Mariah Carey, putain !
On ne peut pas avoir un peu d'originalité ? Tout ce que je veux pour Noël, moi, c'est qu'on me foute la paix.
Si je l'avais, cette paix, je pourrais me concentrer sur les annonces de vente d'abatteuses dans les alentours de Basalt. Hélas, en plus de la voix de Carey, il y a également celle de Yüna. À l'étage, elle fredonne. Son timbre a remplacé le bruit du sèche-cheveux.
Ce n'est pas l'envie de me taper la tête contre le mur qui manque. Je ne le fais pas, je ne suis pas fou. Mais je pourrais le devenir en une semaine. Sept jours. Qu'est-ce que c'est dans une vie ? Une mort lente et douloureuse.
Je vais me griller une clope sur le balcon. Mais même la fumée ne peut calmer la tension crispant mes muscles. J'observe le paysage blanc devant mes yeux fatigués par le voyage et par la situation, priant pour qu'un troupeau d'élans attaque le chalet et nous oblige à en partir.
La soirée qui s'annonce promet d'être... silencieuse. J'ignore ce qu'elle attend de moi, mais je ne compte pas me risquer à faire comme si j'appréciais être coincé ici. Ce n'est pas le cas, et ça a à la fois à voir avec cette femme qu'avec le stratagème élaboré pour que je me retrouve ici. Je ne l'ai toujours pas digéré.
Je n'aime pas Noël.
Je termine ma cigarette puis rentre au chaud, me délestant de mon manteau, de mon bonnet et de mes gants. Agréable surprise d'avoir remarqué que la citadine ne s'est pas ramenée en Alaska en robe légère. Elle ne possède pas de bonnet, mais le reste de l'attirail est là.
Elle détonne dans cet endroit, et personne ne peut affirmer le contraire. Malgré sa tirade sur le fait qu'elle pratique le snowboard qui m'a rendu mal à l'aise — peut-être que je l'ai jugée, en effet —, Yüna est... une version voisine d'Allison. Et me retrouver là, avec elle, n'est qu'une piqûre de rappel.