- Coucouuuu ! dis-je à mes parents, en essayant de cacher ma douleur et de paraître gaie !
- Salut ma chérie !
- Ça va ?
- Alors, vous vouliez me parler ?
- Oui, écoute, me dit doucement ma mère en s'asseyant sur le canapé.
Je m'assoie.
- Comment ça se passe au lycée ? Apparemment hier tu n'étais pas très bien ? J'ai vu que tu avais un bleu sur la tête ?
J'ai un sourire forcé, puis j'éclate en sanglots.
Je leur raconte tout. Notamment que j'ai envie d'en finir. Je leur raconte tout ce qui s'est passé avec Lexie, mais que, elle, elle le mérite. Sans rien leur cacher, ils sont mon dernier espoir... et je leur dis aussi que c'est uniquement Maddie qui me tient encore...
Je ne peux plus m'arrêter de pleurer. C'est horrible.Ils n'ont pas l'air très surpris. Je ne sais pas pourquoi. Je pensais pourtant que je ne laissais rien paraître pendant tout ce temps...
- Ne t'en fait pas. On ne pensait pas du tout que ça se passait comme ça... Tu es belle, courageuse, intelligente, gentille... Tu peux traverser tout ça, ON peut t'aider à traverser tout ça, si tu le veux... Si tu veux on peut aller parler à la CPE...
- Non ! dis-je en les coupant. Non merci, surtout pas la CPE...
- On en reparlera. Juste réfléchis à quelque chose ma chérie. On ne va pas te faire la morale par rapport à cette fameuse Lexie. Tu es assez intelligente, sensible et mature pour comprendre par toi-même. Mais tu dis qu'elle le mérite. Et si c'était, comme toi, une jeune fille courageuse, intelligente, travailleuse... mais que, quand elle est arrivée au lycée, elle a perdu tout son courage ?
Je te laisse avec ça.- Maddie est vraiment une gentille fille. Elle t'a appelée cet après-midi. Elle viendra pendant les vacances. C'est bien ça ?
- Comment vous savez ça ? Dis-je en séchant mes larmes.
Ils s'échangent un regard.
Mon père commence.
- Maddie... Elle nous a appelé dans l'après midi. Juste après qu'elle t'ait appelé. Comme tu ne voulais rien nous dire, apparemment par peur d'être incomprise, elle nous a tout raconté.
Alors là, mon monde s'effondre... Je ne sais pas quoi dire. Moi qui la pensais mon seul espoir... Elle m'a trahie comme ça !? C'est elle la vraie traître. Elle ne peut pas comprendre ce que je vis, ce que je ressens ! Et elle se permet de tout rapporter aux parents ? Je ne lui parlerai plus.
Je remercie mes parents et vais me coucher, même s'il est tôt. Je n' ai pas du tout faim. Tout devient trop compliqué. Oh si seulement je pouvais ne plus jamais me réveiller !
*
Pourtant, ce matin, comme tous les matins, je me réveille et je dois tant bien que mal aller au lycée. Plus que 2 jours avant le weekend ! C'est ma seule consolation.
En arrivant je vois Aïcha parler avec Nedjma et sa pote. Elle a l'air blessée, mais je vois qu'elle leur répond avec force et détermination. En passant, je me cache derrière un colone et j'écoute :
" - Pourquoi tu restes avec cette sale gosse de riche ?
- Mais je...
- Sérieux... T'es pas incroyable mais tu vaut mieux que ça ! Pourquoi tu l'aides ? Tu sais quand même que tu ne pourras pas la protéger indéfiniment ?
- Qui se ressemble s'assemble comme on dit !
- Écoutez, je me moque totalement de ce que vous pensez. Je ne sais pas si elle sera toujours protégée, mais je sais que, dans une histoire, celle qui a la plus grande valeur, c'est la sauveuse du roman. Pas celles qui s'attaquent aux plus démunis par complexe d'infériorité ! "
Et elle part sans leur laisser le temps de répondre. Je suis époustouflée. Ça, c'est une vraie amie.
- Hello ! Ça va ?
- Coucou Aïcha. Ça va et toi ?
- Labès.
- Elles te voulaient quoi les autres là-bas ?
- Oh rien t'inquiète. Dis-moi que tu en as parlé à tes parents.
- Maddie leur en a parlé en premier, dans mon dos ! Je leur ai tout dit aussi. Si tu savais comme je lui en veux !
- Moi je trouve ça très honorable au contraire. Une vraie amie ne t'aurait pas laissée mourrir. Elle t'a sauvée, Ashley.
- Mais j'avais pas besoin d'elle de cette façon...
- Bon, au moins tu vas le dire à la CPE maintenant, pour que ça cesse ?
- Jamais de la vie !
- Tu devrais. Ça peut pas continuer comme ça !
- T'inquiète. Je veux pas faire d'histoire, ça va finir par passer...
Ça fait un moment qu'elle essaie de me convaincre d'en parler à la CPE. Jamais je ferai ça ! Ça va faire trop d'histoires, me faire une mauvaise réputation, surtout si je suis censée rester là encore un moment, et puis... j'avoue que j'ai peur des représailles... Tout aurait été plus simple si Maddie n'avait rien dit aux parents. Elle n'a pas à se mêler de ma vie privée comme ça, je ne lui ai rien demandé après tout ! C'est elle qui parle à mes parents. Carrément !
On va en cours. On n'a pas les mêmes horaires aujourd'hui avec Aïcha.
Après manger, je me dirige vers mon casier pour prendre mes cahiers pour les cours de l'après-midi.
Je croise Nedjma et et Nesrine. Mon battement cardiaque s'accélère.- Alors. C'est allé pleurer à la CPE ?
- Askip t'as envie de crever à cause de nous ? C'est ça ?
- Si tu continues, on va vraiment t'en donner des raisons de vouloir mourir.
- Y'aura pas toujours ta super pote avec qui tu traines comme un sale petit chien pour te protéger. Alors tu ferais mieux e ne pas nous faire d'histoires. Mafhuma ?
C'est trop pour moi. Qui sait ce qu'elles peuvent me faire ? Elles n'ont pas à me parler comme ça ! Pourtant, les mots m'échappent et je n'ai aucune idée de quoi répondre. Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ?! Elles sont tellement mieux que moi... Et qui a dit quoi que se soit à la CPE ? J'ai une petite idée... Je pars en pleurant vers les toilettes, encore. Cette aprem, je vais sécher les cours... Mais pour aller où ? Peu importe, je ne peux plus rester là. Tiens, je vais aller au McDo...
*Une fois là-bas. Je m'effondre. Mes deux amies les plus proches m'ont trahie, ma réputation est ruinée, et je risque de me faire encore plus harceler... Ça y est, je le reconnais enfin... Je me fais harceler... Plus rien ne sert de continuer à vivre ce fardeau : plus rien ne sert de continuer à vivre tout court... Si mes parents ne veulent pas repartir, c'est moi qui vais partir définitivement. Fuguer n'est pas la meilleure idée. Ils me retrouveront toujours, et je risque d'avoir trop de problèmes. Bon, ça c'est une mauvaise idée. Il reste une seule solution définitive ...
À ce moment-là, je pense à ce que mon père m'a dit par rapport à Lexie. C'est comme si mes yeux s'ouvraient. Je comprends enfin TOUT. Cette expérience m'a permis de grandir. Aucun être humain n'a à vivre ça. Ni par rapport à sa nationalité, ni son physique, ni rien du tout. On devrait pouvoir être heureux sans quelqu'un d'autre qui nous juge constamment pour rien, nous pourrit nos journées, et qui nous donne la boule au ventre rien qu'à l'idée d'aller en cours... Maintenant, c'est trop tard pour moi. Il faudrait que ce chapitre se termine ici, et que le livre ne se réouvre plus jamais...
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À tous les harceleurs
Literatura FemininaAshley Miller est une ado française très connectée et assez immature. Elle a 17 ans. Elle a toujours harcelé les autres, depuis le jour où elle est entrée au collège, jusqu'au jour où sa famille et elle ont déménagé en Algérie pour un an, à cause du...