Blake
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Je ne parviens pas à dormir. Ce désagréable mélange de pression et de surprise empêche le marchand de sable de passer. Je fixe le plafond aux motifs symétriques et ressasse la soirée sans pouvoir m'arrêter. Je reviens sur chaque détail, chaque instant, chaque chose qui aurait pu m'alerter mais rien n'apparait. Rageant face à mon impuissance dans cette situation, j'essaye de prévoir de quoi rebondir à l'arrivée du président, en vain. Mes neurones sont comme emmêlés après cette longue journée.
Je place mon avant-bras sur mes yeux afin d'espérer dormir sur ce confortable canapé et ce dernier me fait penser à l'autre aspect de la mission. Cette fameuse collaboration avec l'équipe Diamant promet, si l'on fait abstraction du fait que nos méthodes diffèrent. Ainsi que le fait que l'un de leur membre soit Maï... Si j'avais dû parier sur une surprise, je n'aurais certainement pas misé sur celle-là.
Le schéma de la guerre s'efface pour laisser apparaitre dans mon esprit nos retrouvailles quelque peu chaotiques. Tout comme mon ressenti lorsque j'ai réalisé que cette jeune femme au rouge à lèvres écarlate était bien elle. Pas une fois à travers mes nombreuses missions je n'ai été perturbé comme ça. Pourtant, à ce moment précis, j'avais totalement oublié la raison pour laquelle j'étais là.
Je serre le poing inconsciemment en réalisant que tout cela avait troublé mon raisonnement plus longtemps qu'il ne le fallait. Cette soudaine vague de nostalgie me pèse bizarrement lourd dans le ventre, sentiment que je n'avais pas ressenti depuis bien longtemps. Je revisualise sans réellement le vouloir les nouveaux traits qui dessinent désormais son corps et son visage, beaucoup plus assurés et matures qu'il y a dix ans. Je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer la rudesse avec laquelle elle agit, camouflant tout de même les quelques sourires qu'elle a adressé à mes coéquipiers. Mes pensées filent sans même que je ne le veuille et s'échappent incessamment vers mes souvenirs d'adolescence, qui devraient être aujourd'hui insignifiants.
Je décide d'arrêter de lutter lorsque je comprends que je ne pourrai pas gagner ce combat contre mon subconscient. Alors je me laisse porter à travers cet ancien café, ces parcs d'été et cette fille que j'ai aimée. Étrangement, le marchand de sable semble attiré par les gens tourmentés ce soir car je finis ensuite par m'endormir.Cependant le repos ne se fait pas long puisque je me réveille tout juste après le lever du soleil. Je ne me lève pas tout de suite avant qu'une soudaine vague d'un stress inexpliqué se manifeste dans ma poitrine. Ma respiration se fait courte sans que je ne sache pourquoi. Je m'assois et prends quelques secondes pour faire quelques respirations.
Une.
Deux.
Trois. Les choses commencent à se poser dans ma tête.
Quatre.
Cinq.
Six. Ma respiration semble se calmer.
Sept.
Huit.
Neuf.
Dix...J'expulse une dernière fois l'air de mes poumons et me lève pour me diriger vers la chambre. Ces piques d'anxiété sont de plus en plus fréquents ces derniers temps, alors j'essaye de les gérer le plus simplement possible. Le tic-tac de ma montre me fait y jeter un coup d'œil et il est effectivement 6h15.
Arrivé devant le pas de la porte de la chambre, je me rappelle que quelqu'un y dort... Je décide tout de même d'entrer furtivement dans la pièce en espérant faire le moins de bruit possible. Je me faufile à travers la chambre avant d'apercevoir Maï encore profondément endormie sous ses draps. Je ne m'éternise pas en imaginant l'étrange scène que cela pourrait donner si elle me surprenait en train de l'observer dans son sommeil. Je ferme la porte derrière moi et commence à faire couler l'eau. Je boutonne une chemise en lin blanc ainsi qu'un pantalon beige avant de quitter l'appartement.
Il est encore tôt alors je peux profiter du silence de l'hôtel. Si je peux bien avouer quelque chose, c'est que la ville a été particulièrement entretenue malgré les bombardements, et cet immense endroit fait partie des mieux conservés. Contrairement aux autres villes aux alentours dont il ne reste que des rues à moitié pavées et des immeubles délabrés, tout ce qui est aux alentours du Grand Palais semble loin du monde en guerre auquel nous sommes confrontés. Les tapisseries sont en parfait état, l'organisation fonctionne comme il y a quinze ans et les résidents continues apparemment d'avoir l'argent pour se permettre de loger ici quelques temps.
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Destins Confondus
Romance« La guerre et l'armée étaient son seul refuge, sa seule famille. Mais s'il devait en tuer tous les soldats pour elle, il le ferait sans hésiter et n'en laisserait qu'un seul pour témoigner de son amour pour elle au monde entier » Lorsque la guerre...