CHAPITRE 41

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Je sursaute et interrompt mon baiser avec Sasuke, pris de court par la voix agacée d’Ino. Son regard trahit une contrariété mêlée d’exaspération. Je me sens aussitôt coupable d’avoir été pris en flagrant délit.

—Vous vous fichez de nous ou quoi ?! Ça fait trente minutes qu’on vous attend en bas ! Bougez-vous un peu, on va finir par perdre notre réservation ! râle-t-elle en roulant des yeux, déjà en train d’entrer comme une furie.

Je cligne des yeux, légèrement sonné.

—Je… je l’ai même pas entendue entrer, chuchoté-je à Sasuke.

—Moi non plus, répond-il en fronçant à peine les sourcils.

Je glousse discrètement, encore un peu troublé, puis m’éloigne pour aller récupérer Himiko, que j’entends rire doucement dans la chambre. Probablement en train de s’amuser avec les jouets que Sasuke a ramené de chez nous.

Une vingtaine de minutes plus tard, nous sommes attablés au restaurant avec toute la bande. Je dois avouer que je ne m’attendais pas à ça. J’avais imaginé un bar ou un petit café, comme on en avait parlé au départ. Finalement, on s’est retrouvés dans un restaurant plutôt chic. Je comprends mieux maintenant pourquoi tout le monde s’est mis sur son trente-et-un.

Dans un joyeux brouhaha, chacun prend place autour de la table. De son côté, Himiko commence à montrer des signes de fatigue — et sans doute de faim aussi — forcément, elle fait des siennes. Elle refuse catégoriquement de s’asseoir sur sa chaise, alors je la prends sur mes genoux.

Pendant que je discute avec Chôji du menu, je laisse ma fille s’amuser à entrechoquer les couverts contre la table. Mais elle se remet à chouiner lorsque Sasuke lui retire le couteau. Je continue à converser avec mon ami en me penchant pour chercher dans le sac à langer que Sasuke a préparé. Intérieurement, je le remercie d’avoir tout prévu. Bibi, doudou, lingettes, jouet… Ah, c’est bon, j’ai trouvé sa tétine ! Elle l’avait retiré quand on est descendu rejoindre les autres.

—Elle doit avoir faim, dis-je en glissant la tétine dans la bouche d’Himiko avant de la retourner doucement contre moi, sa petite tête posée sur mon épaule. C’est sûrement pour ça qu’elle est aussi grognon.

—Ouais, je sais… J’ai hésité à lui donner quelque chose avant de partir, mais je me suis dit qu’on n’aurait pas le temps.

Je lance à Sasuke un sourire que j’espère apaisant. Si Himiko se met à nous taper une crise de l’espace au milieu de ce restaurant bondé de monde, je n’ai pas envie qu’il se mette à culpabiliser sous prétexte "qu’il n’aurait pas pris la bonne décision". Parce que si j’ai bien compris un truc en devenant parent, c’est qu’ on n’est jamais prêt. On a beau anticiper, planifier, faire des listes… il y a toujours un imprévu qui débarque.

—Je peux lui préparer un bibi si tu veux. Proposé-je tout sourire en continuant à bercer doucement Himiko. Même si elle a déjà pris un goûter, elle commence à s’impatienter. Ça pourrait l’aider à tenir jusqu’au repas.

Sasuke hésite, puis finit par secouer la tête.

—Non, ça ne vaut pas le coup. On ne va pas tarder à manger. Si elle boit un biberon maintenant, elle ne touchera pas à son assiette, et elle se réveillera en pleine nuit pour nous dire qu’elle a faim. Et tu sais ce que ça donne quand elle est crevée...

L’image d’Himiko en pleine crise me traverse l’esprit comme un éclair. Quand elle est comme ça elle est inconsolable. Mon regard s’agrandit aussitôt. Non. Non merci. J’ai affronté des ennemis redoutables dans ma vie, mais “Himiko en mode épuisée”, c’est une autre catégorie.

NOS SECRETS (Tome II)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant