CHAPITRE 45

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POV : SASUKE.


Cette nuit-là, je n'ai pas fermé l'œil. A côté de Naruto, profondément endormie à côté de moi dans notre chambre, je ne faisais que me retourner sur le matelas. Au bout d'un moment, j'en ai eut marre, alors, je me suis levé. Assis sur le rebord du lit, je me frotte le visage en soupirant avant de sortir de la chambre en prenant soin de fermer derrière moi. Mes pas me guident naturellement vers la chambre de ma fille. Illuminé par le doux faisceau d'une veilleuse, je m'approche de son lit discrètement puis m'y agenouille afin d'être à la même hauteur. Je contemple le visage serein de Himiko sans un mot. Elle semble si ... paisible ?

Ça me fait bizarre. Déjà, à son âge j'avais des problèmes pour dormir. Cauchemars, sur cauchemars. Ni mes parents, ni mon frère ne comprennent pourquoi, et moi non plus d'ailleurs. En grandissant, j'ai fini par me persuader que c'était un avant-goût de l'enfer dans lequel j'allais être plongé quelques années plus tard. Avec la plus grande douceur, je range une mèche de cheveux de Himiko derrière son oreille avant d'embrasser sa petite main. Elle est si petite, si vulnérable, comment quiconque pourrait lui vouloir du mal.

Cette fois-ci, je me retiens de soupirer en laissant ma tête tomber sur le matelas. Je m'efforce de fermer les yeux dans l'espoir de refouler mes émotions. C'est un véritable ouragan émotionnel que je traverse ces derniers temps. Entre déception, trahison, peine, amour et espoir, je ne sais vraiment plus où donner de la tête.

Quel enfer.

Malheureusement, j'ai une vie bien trop compliquée pour me laisser aller à la mélancolie alors, j'avance. Un pas devant l'autre. Même si je n'ai aucune idée où cela va me mener, je me conforte à l'idée de me dire qu'au moins, je ne recule pas. Il n'y a rien de pire que de revivre son passé en boucle, ouvrir encore et encore les mêmes blessures. Je ne peux pas faire ça à Himiko. Elle a besoin de parents solides et responsables. C'est d'ailleurs ce que je me suis répété quand la colère m'a envahi. Une colère brute, violente, que je n'avais pas ressentie depuis longtemps. J'ai dû lutter pour ne pas céder, pour ne pas foncer tête baissée aux côtés de Naruto. Parce que je sais où mène ce chemin. J'ai perdu toutes mes jeunes années à la haine, la colère et l'impulsivité. Maintenant que je suis dans le milieu de ma vingtaine, j'aimerai croire que je ne suis plus ce gamin acerbe qui ne connaissait que la rancune et la vengeance comme moteur.

C'est tellement difficile de ne pas retomber dans ses travers. Le passé est à la fois repoussant et étrangement familier. On passe notre temps à le fuir, tout en se surprenant parfois à se dire que, finalement, « c'était pas si mal avant ». Ce n'est pas tant la nostalgie que la peur de l'inconnu : on retrouve dans l'ancien ce qu'on connaît, et ça nous attire même si c'est laid.

L'être humain est ainsi fait — terrifié par l'avenir, prompt à idéaliser le passé ; capable d'exécrer ses souvenirs et de vouloir pourtant y retourner. Et dans ce bal des contradictions, on oublie l'essentiel : le seul moment où l'on peut vraiment changer les choses, c'est le présent. Un petit sourire triste glisse sur mes lèvres.

On dirait que je m'assagis. Je commence à penser comme mon grand frère.

L'idée me serre le cœur au point de me nouer la gorge. Je redresse la tête, inspire profondément ; je sens les larmes pointer, et putain, je ne veux pas me mettre à pleurer pour ces vieux démons qui reviennent toujours quand la vie devient un peu trop lourde. Ils choisissent toujours leurs moments, ces salauds.

NOS SECRETS (Tome II)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant