Je fixe l'orateur sans parvenir à prononcer un mot. Les accusations proférées à mon encontre sont absurdes, grossières, mais je n'ai aucun moyen de les contester. Alors, plutôt que de nier, je cherche un appui du regard. En vain. La foule me renvoie une mosaïque d'expressions - colère, dégoût, stupeur - autant de visages fermés qui semblent déjà avoir rendu leur verdict. Croient-ils réellement à cette mascarade ? L'idée est presque risible. Qui pourrait prendre ces mensonges au sérieux ?
À quelques mètres de moi se tient pourtant l'homme au poignard, intact, droit, sans la moindre trace de blessure. Son gabarit seul suffirait à démontrer l'invraisemblance de l'accusation. Comment aurais-je pu l'attaquer ? L'angoisse me serre la poitrine, et dans un réflexe incontrôlable, un rire bref m'échappe - un son étranglé, irrépressible.
— Regardez-la ! s'écrie aussitôt l'homme au poignard. Elle rit ! La mort ne l'effraie pas, elle s'en gausse !
Ses paroles me frappent de plein fouet. La manœuvre est aussi lâche que pitoyable. La colère balaye la peur. Privée de tout soutien, je n'ai d'autre choix que de me faire mon propre défenseur. Prenant une grande inspiration, je pris alors la parole :
— Tout ce que vous venez d'entendre est mensonge, déclarai-je enfin, la voix tendue mais ferme, refusant de céder au tremblement qui me gagnait. Hier, cet homme a profité de mon état de faiblesse pour tenter de s'en prendre à moi, alors que j'étais blessée et incapable de me défendre. J'ai fui. Je l'ai bousculé dans ma fuite. Rien de plus. Voilà l'unique faute que l'on me reproche aujourd'hui. Regardez-le. Regardez-moi. Croyez-vous sincèrement qu'une force suffisante m'habite pour l'agresser ? Pensez-vous qu'un corps comme le mien puisse représenter une menace pour un homme de son gabarit, armé et accompagné de deux acolytes ? Si ce sont des hommes tels que lui qui prétendent assurer votre sécurité, alors c'est de leur protection qu'il faudrait vous méfier. Il ment. Et lorsqu'il n'obtient pas ce qu'il convoite, il se venge comme un lâche, en travestissant la vérité et en livrant sa victime à la mort.
Je sens l'assemblée frémir, mais je n'ai pas le temps d'aller plus loin.
Sans prendre le temps de répondre à mes propos, l'homme au poignard fond sur moi et m'enfonce le poing dans l'abdomen avec une brutalité qui me plie en deux. Je m'effondre. Avant même que je ne touche le sol, sa main s'abat sur mon visage. À genoux, le monde tangue ; mon estomac se soulève. Un garde me saisit aussitôt et me contraint à me relever. Je prends appui sur ma cheville meurtrie : une décharge fulgurante remonte le long de ma jambe et m'arrache l'air des poumons. Le sang a le goût du fer.
Contre toute attente, mon discours semble avoir éveillé l'indignation de la foule. Un grondement s'élève. D'abord confus, presque hésitant, il enfle soudain. Les coups que je viens de recevoir ont fissuré quelque chose. Des voix se dressent, réclament ma libération, dénoncent l'injustice. L'homme au poignard devient la cible des huées. Des noms jaillissent, lancés comme des accusations irréfutables, d'autres personnes ayant reçue le même châtiment que le mien. La place, un instant plus tôt soumise, se charge d'une colère sourde, prête à rompre.
Les gardes tentent de contenir la foule, de la repousser à coups de cris et de lames levées. En vain. La masse humaine gronde, se comprime, puis déferle sur la place comme une vague trop longtemps contenue. Une colère ancienne circule de corps en corps, une fureur nourrie par des années d'oppression, de silences imposés et d'injustices accumulées, que les paroles d'une inconnue ont suffi à réveiller. Ce n'est pas pour moi qu'ils crient désormais, mais pour tous ceux dont la voix a été étouffée avant la mienne.
Des mains tentent de se frayer un chemin jusqu'à l'estrade. Elles sont brutalement repoussées. Les gardes frappent sans distinction, abattent leurs armes sur les corps, hommes et femmes confondus, écrasant la révolte naissante avec une violence froide et méthodique. Le sang coule, les cris se mêlent, et la place tout entière bascule dans le chaos.
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Faustian. Les amants maudits
FantasyRose est une jeune fille semblable à tant d'autres. Elle mène une existence paisible, sans jamais avoir été confrontée au moindre bouleversement. Pourtant, chaque nuit, un rêve s'impose à elle. Toujours le même, inlassablement identique. Elle se voi...
