Chapitre 7

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À la seule résonance de la voix, il ne fait aucun doute qu'il s'agit d'un homme. Sans perdre une seconde, Faustian se tourne vers l'origine du cri et s'y engouffre à une allure fulgurante. Je ramasse un baluchon qui lui a échappé avant de m'élancer à sa poursuite.

Malgré tout, je peine à ne pas me laisser distancer. Sa vitesse est proprement stupéfiante, mais ce sont surtout les zigzags imposés par la densité de la forêt qui m'épuisent : troncs serrés, fourrés impénétrables, racines affleurantes, ronces qui s'accrochent à mes vêtements. Chaque foulée exige une vigilance de tous les instants.

À mesure que nous avançons, Faustian se fond peu à peu hors de mon champ de vision. Il progresse sans la moindre hésitation, comme s'il connaissait intimement le sentier menant à l'homme qui hurle, quelque part entre les arbres. Une inquiétude plus sourde encore m'envahit : la crainte de perdre sa trace. Lorsque sa silhouette s'évanouit totalement, l'angoisse se referme sur ma poitrine.

— Attendez-moi... Vous allez trop vite pour... criai-je.

La peur que je redoutais prend aussitôt forme, alors que le silence succède aux cris. Je glisse sur un tapis de feuilles détrempées, et ma cheville, encore fragile de sa récente entorse, proteste vivement sous l'effort. Une douleur aiguë me traverse, mais je la ravale et continue d'avancer, la tête tournée vers l'objectif, malgré le sanglot de mon corps.

À peine ai-je retrouvé un semblant d'équilibre que je traverse un rideau de hautes herbes et bascule sur une pente dissimulée par la végétation. Le sol se dérobe sous mes pieds.

Je dévale la pente à toute allure. Branches et épines me lacèrent les bras et les jambes, et je lutte de toutes mes forces pour ne pas perdre le contrôle. Lorsque j'atteins enfin le bas, dans une clairière, je m'effondre, haletante et meurtrie. Un juron m'échappe. Un rapide examen m'apprend que mes blessures sont superficielles.

Je me redresse péniblement. Derrière moi, la pente abrupte rend tout retour impossible, et un simple regard vers ma cheville suffit à me convaincre qu'elle ne supporterait pas l'ascension.

Je prends enfin le temps de détailler la clairière. Au centre, une charrette renversée repose dans le chaos, ses traces fraîches attestant d'un accident récent. Un bruit me fait sursauter. Non loin, un étrange animal est étalé sur le flanc, peinant à se redresser. Sa silhouette, à la fois élancée comme celle d'un cerf et féline dans ses courbes, dégage une étrangeté fascinante.

Je m'approche lentement, murmurant quelques paroles apaisantes. L'animal ne montre aucun signe d'agressivité, et cela me rassure suffisamment pour m'accroupir à ses côtés et examiner ses blessures. Il tente, tant bien que mal, de se redresser, comme s'il voulait voir ce qui se passe de l'autre côté de la charrette, mais ses mouvements restent hésitants et maladroits.

Je l'observe un instant, puis mon regard se détourne vers ce qui semble retenir son attention. De l'autre côté de la charrette, un homme est allongé, immobile. Une nausée me saisit. J'essaie de m'avancer, mais mes jambes me trahissent.

— Monsieur... êtes-vous blessé ? demandai-je.

Aucune réponse.

Je reste figée un instant, puis me force à avancer. S'il est encore en vie, je ne peux pas me résoudre à l'abandonner. Alors que je m'approche, un craquement résonne derrière moi. Je me retourne brusquement.

Faustian se tient à l'orée de la clairière.

— Venez voir, dis-je avec un soupir de soulagement. Je crois qu'il est blessé.

Il balaie rapidement la scène du regard, puis s'avance vers moi et me tend la main pour m'aider à me relever.

— Comment vous sentez-vous ? demande-t-il.

— Je vais bien, mais cet homme... murmurai-je sans quitter la silhouette gisant au sol, l'inquiétude montant en moi.

À deux, il devient plus facile d'agir. En nous approchant, j'aperçois le soulèvement irrégulier de la poitrine du blessé et ses yeux, perdus, qui suivent faiblement chacun de mes mouvements. Ses lèvres tremblent légèrement, et un râle à peine audible s'échappe de sa gorge.

— Il est vivant, dis-je tout bas, comme à moi-même, soulagée de constater que je n'aurai pas à affronter un autre cadavre aujourd'hui.

Sa respiration est laborieuse, et chaque inspiration semble un effort monumental. Son visage d'une pâleur inquiétante contraste avec le rouge vif du sang qui macule ses vêtements. Sa jambe est coincée sous la charrette, tordue dans un angle grotesque. L'odeur âcre de métal et de terre humide envahit mes narines.

Faustian réagit aussitôt et, d'un effort prodigieux, redresse le véhicule. Un hurlement strident déchire l'air, et la poussière et les débris volent autour de nous.

Mon estomac se noue à la vue de la plaie béante, et une nausée me submerge, mais Faustian pose une main ferme sur mon épaule. Sa présence, solide et rassurante, m'ancre. Je reprends contenance, inspirant profondément pour chasser le vertige et la panique.

— Monsieur, vous n'êtes pas seul, le rassure Faustian d'un sang-froid déconcertant. Nous allons tout faire pour vous aider. L'important maintenant est de rester éveillé.

L'homme, comme revenu à lui, hoche faiblement la tête.

— Restez sur vos gardes, me murmure Faustian en balayant les environs du regard. Je dois m'éloigner un instant pour chercher quelques plantes afin de vous soigner, ajoute-t-il en se tournant vers le blessé.

Il disparaît aussitôt, et je reste seule auprès du blessé. La panique menace, mais je dois agir. Je fouille la charrette, trouve du linge et improvise un garrot pour ralentir l'hémorragie. Je serre avec précaution, maintenant la pression juste assez pour contenir le sang sans aggraver la douleur. Il pousse un cri étouffé et je lui parle sans relâche, murmurant des mots rassurants pour le garder conscient, jusqu'au retour de Faustian.

Lorsqu'il revient, il s'agenouille près du blessé avec un calme saisissant. Il observe le garrot que j'ai improvisé, puis prend le relais des soins avec une précision experte. D'une main, il écrase des feuilles aux vertus antiseptiques dans un petit récipient, réduit quelques racines cicatrisantes en poudre et mélange le tout avec un peu d'eau pour former une pâte épaisse. Avec méthode, il applique la mixture sur la plaie, recouvre ensuite le tout d'un linge propre et serre le bandage avec des gestes sûrs et mesurés, chaque mouvement réfléchi pour stabiliser la blessure.

Je reste à ses côtés, respirant avec effort, observant chacun de ses gestes et ressentant toute la gravité de la situation tandis qu'il travaille avec calme et précision. Une fois les soins terminés, son regard se pose sur moi, surpris et admiratif.

— Vous l'avez sauvé, vous savez, me dit-il, la voix grave. Ce que vous avez fait a arrêté le saignement.

Je le dévisage, prenant pleinement conscience de ce que je viens de réaliser. Mon regard se pose ensuite sur le pansement appliqué par Faustian.

— Nous allons attendre encore un peu avant de le retirer et surtout le laisser se reposer pour regagner quelques forces. Nous ne pourrons malheureusement pas l'aider davantage ici. L'important sera maintenant de trouver le bourg le plus proche et de le conduire à un apothicaire.

La journée s'écoule dans un silence attentif. Le blessé finit par s'endormir, enfin apaisé. Épuisée, je m'assieds près de la charrette, veillant encore un instant avant que la fatigue ne m'emporte, le cœur toujours vibrant de soulagement et de tension. Nous restons attentifs, sans jamais le quitter des yeux, vérifiant que le garrot et le bandage tiennent correctement, surveillant sa respiration et ses signes de conscience, parlant doucement pour le rassurer, ajustant sa position pour limiter l'inconfort et préparer en silence ce dont nous aurons besoin pour le transporter ensuite, tout en gardant l'œil vigilant sur les environs, prêts à réagir à la moindre menace.

Faustian. Les amants mauditsOù les histoires vivent. Découvrez maintenant