Chapitre 4

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Je suis de nouveau seule. Le désespoir a vidé mes forces, me laissant prostrée, le regard perdu dans le vide, la douleur dans ma cheville grandissante, submergée par mille pensées.

Combien de temps me reste-t-il avant de me réveiller ?

Soudain, des pas résonnent dans la ruelle étroite, brisant le silence. Mon cœur s'emballe, battant à tout rompre dans ma poitrine. Mon regard se porte sur l'extrémité de l'impasse, avide de voir surgir l'inconnu, peut-être revenu sur sa décision, décidé à me secourir. Mais l'espoir s'éteint aussitôt.

À sa place se tient un garde, vêtu d'un bleu sombre, immobile, le poignard brillant dans sa main comme une promesse de malheur. Je le reconnais immédiatement. Lorsque nos regards se croisent, un rictus cruel étire ses lèvres.

Je suis piégée.

Je me sens piégée, comme une proie capturée dans une cage invisible, chaque muscle tendu par l'impuissance. Aucun refuge, aucun moyen de riposter, rien pour échapper à son emprise. Il le sait, et dans cette certitude, sa confiance se fait plus insolente, presque palpable, comme si ma peur nourrissait sa force.

Il s'avance à grandes enjambées, me saisit le bras et m'arrache de mon état de léthargie. Ma cheville me lance, brûlante. Une pensée me frappe. Rien, dans cette douleur ni dans les émotions qui m'assaillent n'a la consistance d'un rêve. Tout est trop précis, trop vif, trop réel.

— Sale garce... que comptes-tu faire maintenant ? raille-t-il en faisant lentement tournoyer son poignard.

Il se délecte de ma peur. Je baisse les yeux, refusant de lui offrir la satisfaction de me voir céder aux larmes. Mais à l'intérieur, une terreur glaciale m'envahit. Chaque mot, chaque mouvement, chaque éclat de rire, tout crie la violence et la cruauté.

— Tu comprends ce qui va t'arriver, susurre-t-il dans le creux de mon oreille. Tu m'as fait passer pour un incapable devant mes hommes, toi, une femme, poursuivit-il tout bas en serrant davantage sa prise. Tu vas le regretter...

Des bruits de pas résonnèrent au loin. L'homme reprit alors en haussant la voix :

— Se rebeller contre nous, c'est se rebeller contre le roi !

Toute la colère qui m'avait assaillit plus tôt n'est plus. Je reste stoïque, mais mon cœur bat à tout rompre. Au fond de moi, je garde un mince espoir qu'il disparaisse ou qu'une aide inattendue surgisse, mais je sais qu'il en sera rien. Mon corps est fatigué, mes forces limitées. Je suis complètement à sa merci.

Il continue de me tirer, chaque mouvement empreint d'une colère croissante, ses épaules secouées par des rires étouffés qui résonnent comme un avertissement sinistre. Son regard, incandescent de haine, me transperce ; j'ai conscience que chacun de ses gestes est minutieusement calculé pour m'effrayer. Alors que les autres gardes s'approchent, il murmure, presque pour lui-même :

— Mais avant, je compte bien en profiter un peu...

Je relève la tête et nos yeux se croisent. Un frisson me parcourt l'échine. Ses yeux ne sont plus ceux d'un homme, mais le miroir d'une rage démente, d'une folie imprégnée de délire, capable de glacer le sang. Le danger est palpable : il me faut fuir avant qu'il ne pose ses mains sur moi.

Profitant d'une fraction de seconde où il détourne son attention vers ses hommes, je tente de me dégager. L'espoir d'échapper à sa poigne me traverse l'esprit, fugace. Mais dans un mouvement fulgurant, il me frappe avec le manche de son arme. Je m'effondre sur le pavé froid, étourdie, le souffle court, l'esprit embrouillé. Il m'agrippe par les cheveux et me traîne sans ménagement, le corps meurtri et la tête qui tourne. Je dois conserver mon sang-froid, mais chaque seconde passée à ses pieds semble éroder ma résistance.

Faustian. Les amants mauditsOù les histoires vivent. Découvrez maintenant