Une brise fraîche effleure mon visage, me ramenant lentement à la conscience. L'air est lourd, humide, chargé d'une odeur étrangère qui n'a rien à voir avec celle de ma chambre. L'obscurité autour de moi est totale et oppressante, presque tangible, pesant sur mes épaules. Je comprends soudain avec horreur que je suis loin de chez moi.
Je ferme les yeux et tente de calmer ma respiration, mais le vertige me prend, me donnant l'impression de flotter dans un vide sans fin. Chaque pensée amplifie ma peur : que faire si je reste ici ? Et si je tombais sur quelque chose ou sur quelqu'un ? La terreur m'envahit, brûlante, paralysante. Pourtant, je rassemble mon courage et me relève. Je dois sortir.
À tâtons, je progresse, cherchant un appui sur une paroi invisible. Mes doigts glissent sur la pierre humide. Chaque pas résonne dans le silence étouffant, et la panique menace de me submerger. Mon cœur bat à tout rompre.
— Où suis-je ? murmurai-je.
Ma voix se perd dans les ténèbres. Je scrute l'espace autour de moi, espérant une faille lumineuse, mais rien ne perce le noir. L'angoisse me serre la gorge, mes mains tremblent, mes jambes menacent de céder. Bientôt, le désespoir m'éclate en sanglots.
Mes doigts rencontrent enfin une paroi rugueuse et glaciale. Je longe le mur jusqu'à apercevoir une lueur au loin. L'espoir me pousse à avancer, chaque pas mesuré pour ne pas me blesser.
— Comment ai-je pu me retrouver ici ? murmurai-je. Peu importe... il me faut sortir.
Je débouche à l'air libre et reste figée, incapable de détacher mon regard du spectacle qui s'offre à moi : d'immenses arbres noirs s'élancent à perte de vue, leurs troncs torsadés semblables à des bras squelettiques cherchant à saisir le ciel. Les branches, dépourvues de feuilles, s'entrelacent pour former un plafond labyrinthique, tissé d'ombre et de menace. Le vent secoue la cime des arbres, projetant sur le sol des formes mouvantes et inquiétantes, comme des spectres dansants. Mon souffle se bloque dans ma poitrine.
Je reconnais enfin le monde que j'avais imaginé chaque soir, celui où j'étais spectatrice de scènes silencieuses et familières. Mais cette version tangible, plus proche de moi que jamais, m'apparaît cruelle et impitoyable. La douceur et l'harmonie que j'y percevais autrefois se sont muées en quelque chose de froid, de menaçant, comme si l'air lui-même conspirait à me déstabiliser. Chaque détail semble chargé d'une étrangeté inquiétante, et l'émerveillement que j'avais connu se mêle désormais à une peur sourde, prête à éclater.
— Maman ? Papa ? Les filles ? mon cri étranglé se perd dans l'immensité silencieuse de la forêt.
Chaque pas me semble dangereux, chaque craquement me glace. Je n'ai ni téléphone, ni sac, ni repère. La solitude m'étouffe.
Un craquement derrière moi me pétrifie. Je me retourne lentement et distingue des formes mouvantes, plus sombres encore que la nuit. Des ombres ont pris corps. Elles se dressent, flottantes, privées de contours précis, leurs membres démesurés ondulant dans l'air comme des extensions de ténèbres. Leur seule présence me glace le sang. Elles avancent sans bruit, glissant entre les troncs, comme si l'obscurité elle-même s'était détachée du monde pour venir à ma rencontre, engloutissant tout sur son passage.
D'autres silhouettes émergent à leur suite. Leur silence est plus terrifiant que n'importe quel cri. Elles semblent aspirer la lumière, l'étouffer, et le simple fait de croiser leur forme me traverse d'un frisson incontrôlable. Mon souffle se brise, mes jambes fléchissent. Pourtant, dans un réflexe désespéré, je me redresse et m'enfuis entre les arbres. Mes muscles brûlent, mes poumons me déchirent, mais la peur me pousse en avant.
Je trébuche sur une racine dissimulée et m'effondre lourdement. Les ombres se rapprochent aussitôt, glissant avec une fluidité irréelle, insaisissables, inexorables.
Alors que l'idée d'une fin imminente s'impose à moi, une silhouette surgit brusquement. Un homme - grand, élancé, aux longs cheveux noirs - s'interpose entre moi et la nuit mouvante. Les ombres s'immobilisent, suspendues dans l'air, comme figées par sa seule présence.
Je ne parviens pas à détacher mon regard de lui. Il se tourne légèrement, mais son visage demeure hors de portée. La panique retombe d'un coup, laissant place à un vertige brutal. Mes forces m'abandonnent et l'obscurité m'engloutit.
Je perçois vaguement la sensation d'être retenue, protégée. Une pensée fugace pour ma famille, puis pour cet inconnu venu me sauver. Une certitude s'impose avant que tout ne disparaisse : je ne suis plus seule.
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Faustian. Les amants maudits
FantasiRose est une jeune fille semblable à tant d'autres. Elle mène une existence paisible, sans jamais avoir été confrontée au moindre bouleversement. Pourtant, chaque nuit, un rêve s'impose à elle. Toujours le même, inlassablement identique. Elle se voi...
