Cinq

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« Happiness can be found even in the darkest of time if one only remembers to turn on the light. »

Chaque jour était un peu plus dur que le précédent.

Mais moins pire que le lendemain.

Jusqu'au jour où un rayon de soleil perça à travers les nuages qui couvraient son monde.

✽✽✽

Des bleus fleurissaient déjà sur sa peau sur le chemin du retour. EunJi prenait les plus grandes précautions pour ne pas accentuer la douleur qui électrisait ses membres et rendait difficile ses mouvements. Son pas était lent et traînant, ses bras pendaient le long de son corps et ses doigts serraient à peine la anse de son sac. Tout son corps criait souffrance et pourtant, EunJi avait ravalé ses larmes plus d'une fois et continué de marcher.Elle garda la tête baissée en arrivant au bas de la rue où était située sa maison et rentra le plus rapidement possible – compte tenu de son état – à l'intérieur. L'appartement était encore vide. EunJi en profita donc pour prendre un bain et se débarrasser du sang séché au coin de ses lèvres. Elle se laissa glisser dans l'eau chaude, qui détendit aussitôt ses muscles endoloris, et ferma les yeux. Seul son visage dépassait de la surface de l'eau, ses cheveux sombres l'encadrant, comme une auréole.

Un peu plus tard dans la soirée, sa mère frappa à la porte de sa chambre. EunJi était déjà emmitouflée dans ses couvertures et refusait de bouger – n'en avait pas les capacités, à vrai dire,prétextant être malade. La jeune fille lui demanda si elle pouvait rester à la maison jusqu'au week-end. Et pour une fois, la chance fut de son côté puisque sa mère accepta.

Si sa mère avait permis à Eunji de rester à la maison, elle ne comptait pas voir sa fille allongée toute la journée dans son lit. Elle lui demanda de l'aide, dans la boutique. D'abord réticente, Eunji ne put qu'accepter, au final. Ses pas étaient hésitants mais elle prenait un soin particulier à dissimuler sa souffrance, pour ne pas que ses parents soient alertés. Heureusement pour elle, la plupart de ses bleus pouvaient être cachés sous ses vêtements. Mais la douleur ne s'effaçait pas comme ça. Lever les jambes pour monter les escaliers était une véritable épreuve et se baisser était quasiment impossible, comme si tout son corps allait se déchirer. Et pourtant, Eunji faisait comme si tout allait bien. Elle avait même la force de sourire, parfois.

Et tout le monde savait à quel point il était dur de faire semblant, quand on était brisé intérieurement.

✽✽✽

Eunji fut accueillie par le délicat parfum de dizaines de fleurs lorsqu'elle entra dans la boutique. Ses sens s'éveillèrent et pendant un millième de seconde, elle oublia qui elle était et où elle était. Elle oublia son cœur serré, sa boule au ventre et ses jambes de coton et se dirigea derrière le comptoir, où elle s'assit sur un tabouret en attendant les premiers clients. Booja s'affairait à composer de nouveaux bouquets, coupait les tiges et les feuilles abîmées, tandis que son père nettoyait l'arrière boutique et faisait l'inventaire.

Le carillon de la boutique tinta, signifiant l'arrivée d'un client. Eunji regarda l'heure à sa montre, dont le verre était fendu d'une fissure apparue le jour de son lynchage, et soupira. La journée commençait à peine mais l'ennui était déjà là. Et bien qu'elle se sentait plus en sécurité, entourée par ses parents, dans un lieu qui lui était familier, elle aurait préféré rester au lit,dans sa chambre. Croiser l'un de ses bourreaux restait une possibilité, après tout.

Son fil de pensées fut coupé par l'apparition soudaine d'un jeune homme dans son champ de vision. Son regard détailla l'uniforme qu'il portait : un pantalon bleu à carreaux, une chemise blanche, une veste marine et une cravate dans les mêmes tons, qui l'informait qu'il étudiait au lycée Ban Kimoon. Le garçon était d'une beauté presque inhumaine, sa peau n'avait aucun défaut, ses yeux, pétillants de vitalité, étaient bordés de longs cils sombres, et ses cheveux bruns tombaient parfaitement sur son front. Mais ce qui interpella Eunji, ce fut le sourire qu'il lui adressa. Sans doute le plus beau qu'elle n'ait jamais vu. Et le plus sincère. La brune ne se rendit pas compte qu'elle le fixait jusqu'à ce que sa mère apparaisse dans son dos et la pousse légèrement pour répondre à la demande du client. Eunji revint à la réalité en s'excusant et s'assit sur le tabouret, sur le côté. Elle l'écouta parler d'une voix calme et basse de la commande qu'il avait passé quelques jours plus tôt et détourna le regard, lorsque l'attention du jeune homme se porta de nouveau sur elle, une fois sa mère partie dans l'arrière boutique. Elle se sentit rougir, comme une enfant qui avait fait une bêtise et qui aurait été pris sur le fait, puis s'éclaircit la voix en faisant semblant d'être occupé avec le dictionnaire de significations des fleurs, qui était ouvert sur le comptoir. Les sens en alerte, Eunji sentit que le client bougeait. Et elle leva les yeux au moment où il se penchait en avant, un coude sur la table et la tête reposant dans la paume de sa main.

spitting flowers ; mygOù les histoires vivent. Découvrez maintenant