PROLOGUE

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Le 24 Décembre au soir, les rues étaient calmes, paisibles. Une brise légère et froide venait caresser le toit des maisons, ébranlant la douce fumée blanche qui sortait des cheminées. Là, un flocon de neige glissa du ciel, fragile et gracieux, porté par le vent comme la plume d'un oiseau. D'autres s'en suivirent avec la même douceur qui avait porté le premier. Un à un, ils venaient recouvrir les toits de la ville pour former bientôt une fine couche blanche et délicate. Les trottoirs gris avaient pris une teinte pâle, eux qui s'étaient toujours montrés inébranlables malgré les intempéries, voilà qu'ils se voyaient disparaître en silence dans la nuit. Une atmosphère glacé s'emparait lentement de la ville sous la lueur bleuté des réverbères.

Violet, bleu, orange, rose. La fibre optique d'un sapin en plastique venait troubler les couleurs de l'hiver. Installé près de la fenêtre du salon, il trônait sur le buffet du haut de ses quatre-vingt centimètres. Il avait fière allure avec ses deux guirlandes scintillantes à deux euros l'unité. Deux euros bien dépensé d'après madame Berrot, elle qui avait mis tant de cœur à l'ouvrage pour être la première à installer les décorations de Noël. Elle se faisait d'ailleurs un point d'honneur à être la première en toutes choses. Elle n'était pas la femme du maire pour rien.

Dans la cheminée point de feu somnolant, il n'y avait que des cendres depuis des années. La famille Berrot ne s'était plus réuni autour d'une bûche flamboyante depuis ce qui semblait être une éternité. Sur le marbre gris qui encadrait l'âtre noircie, on y avait accroché deux chaussettes rouge en tissu synthétique. Hélas pour elles, jamais on y avait déposé la moindre friandise. La raison ? Une fois, madame Berrot avait déposé sur le report un verre de lait et une assiette de biscuits achetés en grande surface. Profitant d'un moment d'inattention, monsieur Berrot s'était empresser de les dévorer. Quelle idée n'est-ce pas ? De laisse de la nourriture à porté de main.

Dans un coin du salon un joli petit tas brillait à la lueur du sapin, se parant de la couleur mouvante de ce dernier. Ils étaient là, tristes et mornes, attendant l'heure où le beau papier se ferait déchirer sans ménagement. Un moment que madame Berrot avait en horreur. Ramasser les petits papiers dans son salon si bien rangé. Imaginez, ces morceaux sournois cachés sous un meuble, se dérobant à son regard. Mais c'était bien là le seul moment de joie que pouvaient s'offrir les enfants Berrot. Chaque année ils espéraient, de tout leur cœur, recevoir les cadeaux qu'ils désiraient tant. Mais chaque année, madame Berrot se contentait de leur prendre quelques babioles sans intérêt, alors qu'elle même se faisait un grand plaisir à s'offrir les plus beaux présents. Les enfants n'auraient de plaisir que celui de ranger le salon au lendemain de Noël, leur mère trop fatiguée après avoir laissé décongeler la dinde deux jours durant.

La fin d'année avait toujours été une période joyeuse et festive, l'occasion de revoir la belle famille dont on avait pas pris de nouvelles le reste du temps. Le tout avec une mine crispée et ravie que madame Berrot avait travaillé des mois durant. Quant à monsieur Berrot, il restait inébranlable en toutes occasions, les fêtes ne dérogeaient pas à la règle. Quelle merveille de se retrouver tous ensemble à partager un repas décongelé la veille. N'y avait-il pas plus bel esprit de Noël ? Qu'importe si celui-ci était raté, on aurait qu'à revendre les cadeaux sur internet et à en faire un plus beau l'année prochaine.  

Les voleurs de NoëlWhere stories live. Discover now