Ocean avait un don, il le savait depuis toujours, bien avant que son don ne se manifeste effectivement chez lui. Il sentait qu'il était différent des autres gamins qu'il fréquentait, sauf Japet, à raison puisque Japet était lui aussi doté d'un pouvoir quelque peu inhabituel.
Mais hormis cette sensation Ocean fut, jusqu'à son seizième anniversaire, un garçon puis un adolescent comme les autres, avec les joies et déconvenues qui allaient avec. Il traînait avec ses potes, vivait un peu en avance sur son âge, toujours prêt pour une nouvelle expérience. Son statut de fils de bonne famille l'encourageait dans cette voie sans grande retenue. Tout lui était si facilement accessible qu'il n'avait qu'à demander pour tenter. La seule restriction émanait de ses parents, de sa mère surtout, qui refusaient qu'il sorte la nuit. Le quartier n'était soi-disant pas sûr. Il s'agissait pourtant du quartier le plus sécurisé de la bourgade.
Alors que ses seize ans approchaient, Ocean s'était mis en tête de choisir son modèle de voiture, tradition des « sweet sixteen » des familles riches. Mais plus le jour J approchait, moins il se sentait bien dans son corps et dans sa tête. Les choses bougeaient autour de lui, sans raison. Des objets tombaient lorsqu'il était dans une pièce si bien qu'il fut rapidement convaincu d'être hanté. Ses parents niaient les faits, accusant une certaine maladresse et beaucoup trop de films d'horreur. Mais Ocean n'était ni fou ni maladroit. Il en eut la preuve le jour de son anniversaire alors que, cloué au lit, il faisait voler ses affaires dans la chambre sans pouvoir réussir à s'arrêter. Il tremblait et pleurait devant cette malédiction qui lui tombait dessus.
Le cauchemar ne s'arrêta que lorsque son père, vivement encouragé par sa mère, entra dans sa chambre, leva une main et stoppa tout le phénomène.
— Habituellement ce n'est pas la procédure, soupira Thomas.
— Il allait détruire toute sa chambre Thomas, et regarde-le il est terrorisé !
Ocean vit sa mère s'approcher de lui et le prendre dans ses bras. Il n'avait plus trois ans mais cela lui fit un bien fou.
— Joyeux anniversaire mon fils, déclara Thomas, tu es un homme. Et maintenant il serait bon que tu viennes apprendre à maîtriser ton pouvoir avant que ta mère ne me fasse tout ranger.
Ainsi avait commencé sa vie d'adulte, dans un grand fracas. Un week-end à prendre ses parents pour des illuminés plus tard il était de retour au lycée, devant prétendre que tout était normal. Il n'osait en parler à personne, pas même à son meilleur pote Japet. Il passa les plus longs jours de sa vie à douter, effrayé par ce nouveau monde. Puis Japet lui conta comment il avait fait sauter les plombs de sa maison par la pensée.
— Et mon père m'a félicité. Incroyable. Le truc le plus ouf qui me soit arrivé depuis le départ de ma mère.
Depuis leur initiation se faisait doucement, entre deux cours. C'était devenu un jeu. Japet faisait sauter le courant, de plus en plus à volonté, et Ocean jouait avec tout ce qui lui tombait sous la main.
Devenus « adultes », leurs pères les intégraient de plus en plus à leur monde. Ce qui n'était aux yeux des garçons qu'un ensemble d'affaires et de relations était devenu un monde peuplé de gens un peu bizarres, de créatures qui l'étaient encore plus et de guerres fratricides tout à fait humaines.
La mort n'était arrivée qu'après. Elle avait d'abord emporté un pote de Japet, puis trois filles de son lycée. Tous furent mutilés, les corps dispersés dans les forêts avoisinant la ville. Puis vint le tour de June et aucun suspect à l'horizon.
Ocean suspectait tout le monde. Il en devenait paranoïaque. Le directeur de l'établissement avait beau leur répéter tous les matins que le lycée privé était parfaitement sécurisé, il n'en demeurait pas moins que le danger était là, partout. Et pour ne rien arranger, depuis qu'il était « adulte », Ocean suspectait un être surnaturel d'être responsable de tout cela. L'adolescent était différent, sa famille était différente, d'autres familles du coin étaient différentes, alors pourquoi pas le tueur ?
Et dans cette ambiance chaotique débarquait Thétys avec sa famille, fraîchement adulte. Elle était terrorisée, cela se voyait sur son visage. Elle n'était pas encore habituée à sa nouvelle nature.
Elle avait emménagé au manoir une fois celui-ci nettoyé de ses fantômes et Ocean ne l'avait pas revue depuis quelques jours. Lorsqu'il la recroisa pour la première fois ce matin-là, elle errait dans les couloirs de leur lycée.
— Je peux t'aider ? demanda poliment Ocean.
Elle avait de larges cernes sous les yeux, preuve qu'elle ne dormait pas beaucoup.
— Euh, je cherche la salle 2-14, répondit-elle en ajustant une mèche de cheveux derrière son oreille et en secouant une feuille de papier.
— Tu n'es pas arrivée, c'est à l'autre bout. Je t'accompagne ?
Elle le gratifia d'un sourire qui lui réchauffa instantanément le cœur. Sa reconnaissance était palpable alors qu'elle acceptait de le suivre à travers le labyrinthe de couloirs.
— Ca se passe bien au manoir ?
Thétys hésita à répondre, le sujet était assez sensible. Elle était constamment sur le point de perdre le contrôle de ses nerfs, fatigue aidant.
— A chaque bruit, à chaque mouvement dans mon champ de vision périphérique, j'ai l'impression qu'un fantôme va me bondir dessus. J'entends aussi plein de voix, des murmures, des rires, des pleurs. Ma mère dit que c'est normal, que ce sont mes pouvoirs qui se développent sans aucun contrôle et que je capte tout et n'importe quoi, comme une antenne défectueuse. Mais à vrai dire c'est flippant, je n'arrive pas à dormir, c'est affreux.
Ocean compatit et lui raconta comment il avait détruit tous ses lego de collection, parfaitement rangés sur ses étagères, alors qu'il faisait tout virevolter dans sa chambre.
— C'était pire qu'un film d'exorcisme, j'ai cru que j'allais mourir. Et là mon père est entré, il a à peine levé la main et pouf, tout est retombé. J'étais abasourdi. Il a fait ça comme si c'était naturel, il a même trouvé le moyen de m'enguirlander parce que c'était le bordel dans ma piaule.
Il réussit à arracher un sourire à sa compagne de chemin puis la laissa entrer dans sa classe, non sans l'inviter à une soirée jeux vidéo qu'il faisait avec Japet. Elle argua qu'elle n'était pas très en forme en ce moment mais c'était au contraire l'occasion de dormir un peu.
— Il y aura plein de zombies, mais seulement sur la télé.
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Merci d'avoir lu ce chapitre !
Axel.
Ps : une suggestion d'amélioration ?
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Nemesis
Roman pour AdolescentsCela aurait pu passer pour de simples jeux. Ce ne sont après tout que des adolescents. Combien de morts faudra-t-il pour que les adultes réalisent l'ampleur du drame qui se déroule dans l'enceinte du si paisible lycée de Darkwoods ? Allez les titan...
