Cette fille…
Elle avait toujours été différente. D’abord, sa marque de fabrique était sa queue de cheval éternelle. En deux ans, je ne l'avais vu avec les cheveux détachés que trois fois. Puis, à la rentrée, elle s’était fait une mèche. Sa mèche lui cachait un oeil de temps en temps, et ça lui allait bien. Ça lui donnait un petit côté différent, et j’adorai ça. Elle aimait les choses différentes. Elle s’habillait toujours en homme, elle avait elle-même cousu les décorations de son sac, et elle ne s'était jamais maquillée. Je l’avais toujours regardé, de loin, admirant sa peau pâle, ses cheveux toujours emmêlés qui frisait sous la pluie, ses formes généreuse, ses lèvres fines, sa mâchoire musclée, son petit nez qui avait un petit pont, ainsi que ses deux grands yeux bleu-gris discret. Elle était souvent entourée de garçon. On lui disait qu’elle draguait, mais elle répondait toujours qu’elle avait 9 cousins, ce qui est plus simple pour elle de se lier d’amitié avec les garçons. Elle restait différente, aussi par sa grande tolérance, mais surtout pour son tempérament rancunier. C’est pour ça que je ne voulait pas lui parler. J'étais gaffeur, et si je me loupais, je ne pourrais plus jamais remonter dans son estime. Alors je restais en retrait. Mais je crois que le pire jour de ma vie, c’est quand on s'était retrouvé dans la même classe principale, et la même classe bilangue, c'est à dire ceux qui ont pris option allemand au lieu d’espagnol. Tous les jours, je stressais. J'avais même faillis faire une crise d’angoisse en plein cours quand elle m’avait rendu mon carnet que j’avais oublié dans la classe précédente. J'étais passer pour un fou, et je n’avais plus jamais osé m’approcher d’elle. Jusqu'à ce que le prof d’anglais fut signalé absent à la dernière minute. Dans notre collège, il n’y avait pas de permanence de 13h à 14h, les élèves étaient donc obligés d’attendre dehors. Pendant qu’elle rigolait avec quelques sixièmes, dont l’un était son meilleur ami, je lisais un livre. Je m’étais cachés dans un recoin du préau, près des toilettes des garçons. Assis, recroquevillé sur moi-même, je lisais tranquillement. Elle aussi aimait lire, et même écrire ! Son rêve était de devenir scénariste. Mais je ne voulais pas aborder le sujet. En relevant la tête pour la voir, je remarquai qu’elle s’approchait dangereusement de mon petit coin. Je pris mon sac, je me levais, et je me dirigeai dans la direction opposé en baissant la tête. Sauf que la malchance me frappa encore une fois, et je glissai alors à terre. Le contenu de mon sac qui était mal fermé s'était répandu sur le sol, et des dizaines de rire remplirent à ce moment précis le préau. Pourquoi j'étais sorti de chez moi ? J’avais entendu courir, et je m’étais dépêché de me relever. Trop tard. Elle était arrivée à ma taille. Et à ce moment là, elle s’était penché, et avait ramassé le livre que je lisais. Et malgré les années, je me souviens encore de ce qu’elle m’avait dit à ce moment précis.-J’adore cet auteur ! J’ai tout ses livres ! Il est tellement génial ! Comme toi !
J’étais resté figé. Je l’avais écouté me parler quelques minutes de cet auteur, avant de ramasser mes affaires. Je ne me souviens plus vraiment de ce qu’il s’était passé après, mais je sais qu’on a parlé tout le reste de l’heure. Enfin, elle avait parlé. Je n’avais pu réussir que dire quelques mots. J’étais peut-être encore sous le choc de ce qu’elle m’avait dit. Il n’empêche que la semaine qui avait suivi était une des meilleures semaines que j’ai pu vivre jusqu'à mes 14 ans. Elle était venue me parler quelques fois, et elle m’avait même choisi comme binôme pour le chant durant le cour de musique. Je n’avais pu que sourire bêtement, et me dire que c’était un peu trop. Mais j’en voulais plus. Beaucoup plus. En prenant mon courage à deux mains, j’étais venu lui parler de mon plein gré. Mais je n’avais fait que bégayer. Heureusement pour moi, elle avait éclaté de rire, et m’avait rassuré. A ce moment, je sentis au fond de moi, que ce que je croyais être un coup de malchance, était en fait un tournant de ma vie. Plus je lui parlais, plus je la découvrais, et plus j’avais l’impression de me découvrir. On était vite devenu inséparables. On s’était donné nos premiers surnoms trois semaines après que le livre fut tombé. On avait fait un travail en art plastique, un DM en math ensemble, une belle petite nouvelle fantastique en français. Plus je passais du temps avec elle, plus je me rendais compte que c’était elle qui m’épanouissais, que c’était elle qui me faisait grandir. C’était ma crise d’adolescence. Avec elle, je me démarquais des autres. Elle m’avait appris tellement de chose, je pensais différemment. Et c’était pendant qu’elle me parlait, que je me rendais compte qu’elle voyait le monde différemment. Un monde avec d’autres couleurs, un monde avec d’autres visages. La première fois que j’étais entré dans sa chambre, j’ai été propulsé ailleurs. Elle n’était pas bien grande, et pourtant, il y avait tellement de choses. Des jouets de toute les sortes, des posters de plein de chanteur et de série, du bleu, du violet, du noir et du turquoise sur les murs. J’avais l’impression d’être dans son monde. Et partout sur les murs, il y avait des dessins. Des dessins de toute sortes. Et certains dessins me représentait. J’avais envie de pleurer de joie. Et le jour où le bal d’hiver a eu lieu, elle était venue en costard-cravate. C'est ce jour, la première fois qu’une musique que nous avions demandé passait, que nous nous étions embrassés. Après ce jour, les couleurs du monde étaient plus attrayante, plus attirante. Les sourires sur nos visages étaient ancré. Nous savions tout de l’autre. Nous avons réviser ensemble notre brevet, nous l’avons eu. Mes parents s’étaient rendu compte que j’étais différent. Grâce ou à cause d’elle, je ne sais pas, mais j’étais coupé du monde réel. Chaque nuit, nous avions l’impression que les étoiles brillaient encore plus qu’avant. Nos rires, nos paroles, étaient plus distantes du monde réel, et notre monde imaginaire grandissait à vue d’œil. On a finit par ne plus sortir le jour, restant l’un contre l'autre, à écouter de la musique chacun de notre côté. Écrivant nos pensées, nos idées, nos histoires. Après le lycée, nous avons décidé de faire les même études. Je ne voulais plus la quitter. Chaque jour elle arrivait à me surprendre, chaque jour on se découvrait. Nous avions étudié au même endroit, travailler au même endroit, et nous avions tous les deux réalisés notre rêve. Elle est devenue scénariste, et je ne l’ai jamais quitté. Aujourd'hui encore, on voit le monde dans une couleur différente. On est heureux, on est libre. Tous nos problèmes ont disparu, et nous sommes enfin unis par les liens du mariage. Aujourd'hui encore, je la regarde, écrivant sur son PC le scénario du prochain épisode de la série la plus populaire dans les pays francophones. Sa mèche qui lui cache un œil est toujours là, sauf qu’elle est devenue turquoise. Elle écoute de la musique, tout en caressant Jillian et Raphaël, nos futures jumelles. Je suis heureux. Je l’aime, et elle a changé ma vie. Et c’est grâce à elle que j’ai découvert le sens de ma vie. La rendre heureuse, et imaginer le monde sous un autre angle. C’est le seul cadeau que la nature nous a offert. On ne profite peut-être pas de la vie, mais on profite de notre vie. Et c’est le plus important. Demain, c’est notre anniversaire de mariage. On s’est marié à la même date que le jour où le livre est tombé. Je le vois aussi, accroché dans un cadre, symbolisant le début de notre vie. Ça y est, elle recommence à chanter le générique de la série. Les chiens commencent à sauter partout, et je vais la suivre dans la chanson. Chanter avec elle mon bonheur, en espérant que toute notre vie restera comme ça. Chanter, écouter, danser et imaginer, et cela pour l’éternité.
Mais en tout cas, je sais que j’ai réussi ma vie, même si on ne sort presque plus. Je l’ai rencontré, celle que tout le monde attend.
J’ai rencontré ma vie, ma mort.
J’ai rencontré mon grand amour,
J’ai rencontré mon âme sœur.
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Les 1001 histoires de Lolita
RandomJe suis presque tout le temps inspirée. Mais ces inspirations, sont souvent pour autre chose, que mes livres en cours. J'écris donc ces idées d'histoires, dans ce petit recueil.