Mathieu

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    Angelica et Manon se retrouvèrent dans le bureau de la directrice. Devant elles, le garçon s'était levé de sa chaise et les regardait d'un air mi étonné mi agressif. Il était plutôt petit, mince et ses cheveux châtains étaient emmêlés.
    - Qu'est-ce que vous faites là vous ?!
    - Pas la peine de nous parler comme ça on vient pas chercher la bagarre ! répliqua Angelica alors qu'elle cognait son poing contre sa main.
Pourquoi diable avait-elle toujours un besoin irrépressible de s'énerver ... se désola son amie.
    - On voulait te parler en fait, rattrapa Manon, mais peut-être que t'es fatigué... On veut pas t'embêter...
    - J'suis pas fatigué. La vieille m'a amené ici parce qu'elle veut pas que j'parle. Elle veut pas faire peur à ses p'tits chéris.
    Il les regarda d'un air moqueur.
    - Alors vas-y, on t'écoute ! affirma Angelica. On n'a pas peur !

Il se mit à rire nerveusement. Il avait les dents affreusement sales. Les deux filles échangèrent un regard gêné et Manon remarqua qu'il avait également des cernes sous les yeux.
    - Tu t'appelles ? demanda-t elle pour faire passer le malaise.
    Il sembla se ressaisir.
- Mathieu Renart. J'habitais à Kôs.
- Ça on sait. prévint Angelica. Yann nous a dit ce que tu as raconté.
- Alors voilà ! Qu'est-ce que tu veux savoir de plus ?!
Angelica ne sut pas vraiment quoi répondre.
- Je sais pas, euh... des détails quoi !
Il reprit on rire nerveux et lui jeta un regard de profond mépris.
- Des détails ?! Comme quoi par exemple ? J'ai vu mes parents se faire emmener ! Des gens mourir de faim ou d'épuisement juste à cause de leurs croyances ! Des hommes ont égorgé ma petite sœur parce qu'elle était pas en âge de marcher ! Ça te va comme détails ?!

Sa voix se brisa et il éclata en sanglots. Angelica alla passer ses bras autour de ses épaules, elle ne cessait de s'excuser. Elle avait les larmes aux yeux. Manon, elle, resta bloquée. La nouvelle l'avait ébranlée au plus haut point. Comment était-ce possible ? Dire qu'elle avait pris la révélation de son amie la nuit dernière pour un cas isolé. Comment était-il possible que de telles horreurs soit toléré à l'Ouest du Massakota ? Cette partie du continent pourtant connue pour être civilisée !

    Soudain, Miss Brown ouvrit grand la porte. Elle avait été alertée par les cris de Mathieu.
    - J'en étais sûre ! affirma-t elle. Vous deux, elle désigna Manon et Angelica, vous allez m'attendre devant mon bureau pendant que je m'occupe de Mathieu.
    - J'ai pas besoin d'aide... marmonna l'intéressé.
    Il avait encore le visage rougi par ses pleurs.
    - J'ai pas besoin d'aide... répéta-t il avant de s'écrouler par terre.

    La directrice amena Mathieu à l'infirmerie, aidée de Manon et d'Angelica. Il ouvrit les yeux après quelques minutes. Il était encore plus pâles qu'avant et il avait les joues plus creuses que jamais.
- Je... veux... partir. articula-t il avec difficulté.
- Ne dîtes pas de bêtises, voyons. Vous n'êtes pas en état pour aller où que ce soit. répliqua Miss Brown.
- Je... dois... partir. continua-t il.
Mais la directrice n'écoutait plus, elle se tourna vers les deux filles et prévint :
- Vous deux, vous vous en tirez bien mais je ne veux plus avoir affaire à vous. C'est compris ?
Elles hochèrent la tête. En temps normal, elles se seraient réjouies de s'en sortir sans punition mais aujourd'hui, c'était différent.

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