Brooklyn,
j'ai pris du temps à t'écrire, mais sache que j'ai essayé de nombreuse fois. A chaque essai, une vague de fierté s'emparait de moi et m'empêchait de dire ce que je ressentais réellement. Cela fait aujourd'hui trois mois que nous ne nous sommes pas vues et que tout s'est arrêté si brutalement. J'avais la fâcheuse habitude de te raconter mes journées, mais à présent plus personne ne m'écoute comme toi tu le faisais. Lily, ma meilleure amie d'enfance dont je t'avais parlée plusieurs fois est revenue habiter ici. Inutile de te dire que l'espace d'un instant j'étais devenue la fille la plus heureuse du monde. Je lui ai parlé de toi, de nous, et elle n'étais pas choquée. En réalité, elle avait vécue une situation presque identique à la nôtre avec un homme de 28 ans.
Il y a deux mois, je me suis fait une entorse à la cheville. Je te le dis parce que tu en aurais probablement rit et, comment te dire que ton rire je ferai tout pour l'entendre à nouveau. Il me rendait folle, folle de toi.
J'ai changé de numéro de téléphone à cause de quelques soucis que je n'ai pas envie d'expliquer. De toute façon, tu n'as jamais cherché à me contacter.
Tu me manques Brook, énormément, chaque jour et chaque heure qui passe. Je me demande ce que tu fais, qui tu deviens.
Je t'aime.
Je déposa mon stylo et observa la lettre que je venais d'écrire d'un regard critique.
L'écriture n'était pas droite et mes larmes avaient tâchés l'encre.
Pathétique. Pensais-je
Cela faisait trois mois que je ne parlais plus à Brooklyn, et en trois mois il c'était passé bien des choses. Kelly passait la plupart de son temps chez sa copine, j'avais l'impression d'habiter seule. Je ne pouvais pas lui en vouloir, parce qu'au fond de moi je l'enviais d'avoir une si belle relation. Jess et Lou étaient parties en weekend en amoureuses. Elles étaient toujours aussi belles ensembles. En réalité, j'avais l'impression que la vie avançait sans moi. Que tout le monde trouvait son bonheur mise à part moi. Comme si j'étais entrain de manquer ma propre vie.
J'avais beaucoup changé moi aussi. Je m'étais renfermée, j'avais perdue mes objectifs de vue, même si au fond de moi je savais qu'ils étaient-là quelque part, je n'avais pas la force pour les affronter. J'étais devenue une personne que je ne voulais pas être ; la personne qui joue avec les sentiments des autres. J'étais loin de l'avoir voulu. Je prenais mes petites aventures à titre de vengeances personnelles. J'avais comme ce besoin de me prouver à moi-même que je n'étais pas brisée, que Brooklyn ne m'avait pas bouleversé et que j'étais entièrement capable d'aimer à nouveau. Ce qui était absolument faux. J'avais pourtant décidé d'avancer, de reprendre la vie là où elle s'était arrêtée. J'avais ressentie ce besoin de changement, j'avais changé de coupe et décoloré tout mes cheveux. J'avais même envisagé d'arrêter de fumer, mais c'était trop d'un coup. Comment est-ce que j'avais pu devenir comme ça ? Je ne me comprend plus. Ou était le sourire qui habillait mon visage depuis toujours ?
Je jeta un coup d'œil par la fenêtre. Les rayons chauds du soleil éclairaient mon visage.
Je dormais chez Lily ce soir. Elle avait été énormément présente pour moi ces derniers temps. Elle me répétait sans cesse que pour aller mieux, il fallait voir les choses autrement et ne pas rester seule. C'est pour ça que ce weekend, on le passait entre fille.
Un bon temps pour y aller en moto. Pensais-je
Je pris mon sac, y rangea mes quelques affaires ainsi que la lettre que je venais d'écrire. Il était hors de question que quelqu'un d'autre que moi la lise.
Je pris mon blouson, mes gants et mon casque, enfila sur mon dos mon sac et me dirigea vers le parking pour récupérer ma moto. Le soleil sur ma peau rimait comme une douce mélodie.
Je mis mon casque, monta sur ma moto, mais après de nombreux essais elle ne démarra pas.
-Non non non, me lâche pas maintenant. Murmurais-je.
Par réflexe, je vérifia le réservoir d'essence, qui, sans surprise était plein.
La bonne humeur que le bon temps m'avait apporté fut vite remplacer la poisse qui me tombait dessus en ce moment. J'attrapa mon téléphone pour appeler Lily.
-Lily, j'ai un problème.
-Dis moi tout.
-La moto est en panne, je vais devoir prendre le bus parce que Kelly n'est pas là. Je serai probablement en retard.
-D'accord pas de problème, si il y a un autre soucis appelle moi.
Je rentra dans l'appartement pour y déposer mes équipements et ressorti aussi vite en direction de l'arrêt de bus. Je mis mes écouteurs et observa chaque personne que je croisais d'un regard furtif. Je me demandais si les personnes que je voyais sourire étaient-elles vraiment heureuses. Après tout, on ne sait jamais quel masque ces personnes décident de porter chaque matin. Et je n'aurai probablement jamais de réponse à ma question.
Le bus arriva quelques instants après. Je salua le chauffeur d'un léger sourire qui me semblait peser une tonne, et mit le ticket que je venais de payer quelques part dans un coin perdu de mon sac. Je pris place au fond du bus, comme j'avais l'habitude de le faire quand il était mon seul moyen de déplacement.
Mes yeux étaient rivés sur le paysage qui défilait devant moi, mais mes pensés étaient sans arrêt ailleurs. Soudain, le bus se mit à ralentir jusqu'à s'arrêter et je vis des contrôleurs entrer à l'intérieur.
Je chercha mon ticket rapidement, mais impossible de remettre la main dessus. Je fouilla l'entièreté de mon sac, jusqu'à ce que celui-ci se renverse par terre, étalant tout son contenu à la vue de tous. Un des contrôleur attendait devant moi, mais j'étais bien trop occupée à ramasser mes affaires que pour le regarder. Il s'abaissa, et sa main ramassa la feuille de papier plier en quatre sur laquelle, quelques minutes plus tôt, j'avais inscrit "Brooklyn". Cette main, c'était celle d'une femme. Ce parfum, je le reconnaissais. Je leva la tête et vit Brooklyn se tenir en face de moi. L'impression que mon cœur s'était arrêté de battre empara tout mon corps. Mon regard était plongé dans le sien. En réalité, je ne comprenais absolument rien à ce qui était entrain de se passer, tout se déroulait bien trop vite.
-Ton ticket s'il te plait.
Est-ce qu'elle se fout de ma gueule ? Pensais-je.
Je lui arracha la lettre des mains et lui tendit mon ticket en évitant tout contact visuel.
-Tu sais, tu peux me regarder au lieu de faire comme si on se connaissait pas.
Une colère noire s'empara de mon esprit. Elle ose me dire ça alors qu'elle a disparu depuis trois mois de ma vie ? Du jour au lendemain ?Je n'eu pas le temps de lui répondre qu'elle me rendit mon ticket et descendit du bus. Je me laissa tomber sur le siège, épuisée par la situation, les yeux rivés sur le sol. Le chauffeur referma ses portes et reprit la route comme si rien ne s'était passé. Mes yeux se remplirent de larmes et ma respiration devenait plus fluide. Je réalisais seulement que je venais de la revoir après des mois, qui m'avaient semblé durer une éternité. En remettant mon ticket dans mon sac, je remarqua que quelque chose y était fraîchement inscrit à l'encre bleue.
Son numéro de téléphone.
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Si j'avais osé
General FictionEmily, 18 ans, pense que sa vie est la plus banale qu'elle puisse être. Jusqu'au jour où elle la rencontre, elle.