L'oubli :

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J'étais là, seule au milieu de centaines de personnes. Tous me regardaient. Et ils rigolaient. Ils se moquaient de moi, je suppose.

Peut-être de quelque chose que j'avais fait ou dit.

Mais quoi ?

Je ne m'en souvenais plus.

Ils étaient tous autour de moi, à me montrer du doigt.

Qu'avais-je donc fait pour mériter tant de haine ?

Car ce n'est rien d'autre que de la haine, de l'acharnement.

Peut-être n'avais-je rien fait.

Peut-être étais-je tombée.

Peut-être m'avait-on fait un croche-pied.

Je ne sais pas.

Je ne sais plus.

Qui sont ces gens, d'ailleurs ? Mes anciens amis ? Mes ennemis ? Des connaissances ? Des inconnus ?

Je ne sais pas.

Je ne sais plus.

Je regarde le paysage qui m'entoure. Des carreaux. Des casiers. Un plafond et des néons.

Je suis dans une école. Un collège peut-être. Ou un lycée.

Je ne sais pas.

Je ne sais plus.

Quel est mon nom ? Mon prénom ?

Qui sont mes parents ? Mes grand-parents ?

Ai-je des frères et sœurs ?

Je ne sais pas.

Je ne sais plus.

Tout ce que je sais, c'est que je suis là. Ici. Maintenant. Au milieu de gens. D'inconnus. Et ils se moquent de moi. J'en perds mes moyens.

Et, d'un coup, mes jambes se mettent à avancer. Toutes seules. Je traverse la foule, surprise. Ils ont arrêté de rigoler. Ils sont devenus sérieux. En colère, même.

Mais je m'en fiche.

Je cours le plus vite possible. Le plus loin que le permettront mes jambes. Et qu'importe le reste.

Je cours car je ne sais pas.

Je cours car je ne sais plus.



Recueil de textes [En pause]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant