Chapitre 4

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Je sursaute lorsque la porte d'entrée claque. Ils sont là. Je me précipite en bas pour les accueillir. Mes parents me tendent leur veste et je dois les accrocher dans le placard (oui je suis esclavagée).

- Camille ! Appelle mon père.

J'entre dans le salon. Ils sont tous les deux installés sur le canapé rouge attendant que je prenne place sur la chaise en face d'eux pour parler de ma journée. C'est le rituel du soir.

- Tout c'est bien passé ? Me demande Maryse un pen trop agressivement.

Houla, j'en connais une qui a passé une mauvaise journée!

- Oui très bien répondis-je poliment.

En y repensant, un sourire nait sur mes lèvres que je réfréne aussitôt, mais trop tard il n'a pas échappé à Damien.
Il se lève et se dirige vers moi, menaçant.
Hééééé j'ai juste souris !
Je ne bouge plus, apeurée.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Crache-t-il en m'agrippant les épaules de ses grosses mains. Tu t'es droguée, alcoolisée, t'as un petit copain, un tatouage?!

Je balbutie :

- Non rien de tout ça !

Il me donne un coup de poing dans le ventre et me dit :

- Va dans ta chambre je ne veux plus te voir.

Courbée en deux je remonte les marches et m'effronde sur mon lit.
C'est ça à chaque fois. Il me frappe souvent sans aucune raison particulière. Même mantra : alcool ? Drogue ? Petit copain ? Tatouage ?
Ce sont des choses qui souillent les personnes innocentes d'après eux.
Mes parents ne sont pas fous, ils sont tarés. De vrais bipolaires : chez des amis c'est joie de vivre et bonne humeur et des "oh vous avez vu comment ma fille est ravissante !" et à la maison c'est humeur exécrable et "va dans ta chambre, sale pourriture !"

15 minutes plus tard, Maryse m'appelle pour manger. Je descends, fébrile. L'odeur qui me parvient chatouille délicatement mes narines. Pizza ! Pour une fois qu'elle prépare ça. Je m'assois à table tandis que Damien sort le repas du four. Je fronce les sourcils. Tiens, elle est petit pour trois.
Il l'a coupe en deux et met chaque part dans leur assiette.

- Et moi je mange quoi ?! Fais-je d'une toute petite voix.

- Dans le frigo ! me répond sèchement Maryse.

D'accooooooord...

- Pourquoi j'y ai pas le droit ?

- T'es trop grosse.

Là c'est trop. J'explose même si les conséquences seront très graves :

- Avec toi tout est gros et gras ! Je ne peux même pas manger normalement ! J'aimerai bien de temps en temps me gaver de chocolat ou de glace et pas tout le temps manger tes courgettes immondes et les plats dégueulasses de tes nutritionnistes. Tout ça parce que tu es jalouse de tes collègues toute fines, belles et jeunes ! Mais tu seras jamais comme elle, qu'importe ce que tu prendras ou feras. Tu es vieille et tu ne pourras pas le changer en nous empoisonnent avec ta nourriture ! Tout ça pour plaire à ton coach sportif. Ce petit crétin sans cerveau à la coupe de cheveux avoisinant celle de Trump.
Tu crois que je l'ai jamais vu venir a la maison pour vos soi-disant séance de yoga pendant que papa est au travail !?

Damien regarde sa femme, attendant confirmation. Mais celle-ci ne me quitte pas des yeux.
Je devrais m'arrêter là mais les mots sortent quand même :

- Attention ça contient plus de 1 calorie, il faut pas en manger ! Imité-je ma mère avec une voix surraigüe. Oooooh, ciel, je pèse 38kg, j'ai pris sur les hanches ! Qu'est-ce que je suis grosse ! Ma vie est finie !!

Elle n'avait toujours pas réagi attendant de voir jusqu'où je serai capable d'aller. Ma voix redevient normale.

- Et ta pizza tu vas la manger sans te faire revomir après !? Non parce que tout les soirs j'entends des bruits que je ne préférerais pas entendre. Et pour aller aux toilettes le matin et bah là elle sont refaites. C'est horrible! Parce qu'il te vient pas à l'idée de nettoyer ! Ah non ! Madame pense que ça ne va pas se savoir ni se voir ! Mais le vomi il disparaît pas d'un claquement de doigt ! C'est moi tout les matins qui décrassent les WC. J'y prends bien du plaisir!

Je tremble de fureur.
Ils me regardent menaçant. Ces quelques phrases vont me coûter cher. Mais elles ne sont rien par rapport à celles que je veux réellement dire.
Maryse se lève comme une furie, faisant tomber sa chaise, et se rapproche dangereusement de moi. Elle me prend par le bras, me forçant à la suivre. Je ne résiste pas pour ne pas aggraver mon cas. Elle me colle devant le miroir de la salle de bain et m'arrache mon pull. Je me retrouve en sous-vêtement. Je tombe nez à nez avec mon ventre maigre.
J'ai peur de ce qu'elle va me faire.

- Tu vois ça !? Tout ce gras !? Crie-t-elle d'une voix haut-perchée.

Elle me pince la peau du ventre entre deux index aux ongles parfaitement manucurés.

- Regarde-moi ces bourrelets dit-elle avec un pointe de dégoût dans la voix.

Je tremble de tout mon être en attendant ce qu'elle me réserve.
Elle s'empare d'un ciseaux à bout pointu et le plante dans mon soi-disant bourrelet.

- Ça c'est pout m'avoir manqué de respect et avoir menti !

Je hurle si fort que les gens à l'autre bout de la planète ont sûrement dû m'entendre.
Un deuxième coup ponctué d'un :

- Ça c'est pour la honte que tu me fais ressentir !

Le sang chaud coule le long de mes jambes.
Si ma mère ne me retenait pas, je me serai déjà effondrée en position fœtale sur le carrelage.
Un troisieme coup.

- Ça c'est pour vivre dans ma maison et me sucer mon argent et mon temps !

L'hémoglobine inbibe mon pantalon.
Un quatrième coup.

- Et ça c'est pour le fait que tu n'aurais jamais du naître !

Heureusement que la paire de ciseaux n'est pas très tranchante parce que les organes vitaux aurait déjà été touchés et j'aurais rejoins Grand-mère au cimetière.
Elle me lâche et je m'effondre par terre. La douleur se diffuse dans mon organisme par vague. Tout ce qu'elle venait de dire est horrible pour un enfant mais j'y suis habituée.

- Je ne sais pas ce qu'il me retient de t'arracher tout ça crache-t-elle.

Je ne sais pas trop de quoi elle parle à ce moment là.
Elle jette son arme et passe devant Damien sans rien dire. Y'en à deux qui vont se disputer ce soir. Il m'attrape le bras (appuyant de préférence sur mon bleu) et me traîne vers un endroit que je ne connais que trop bien. Mes yeux s'équarquillent.

- Non, non pas la cave! Pas la cave!!

J'ai une peur phobique de cette pièce.
Je m'agite dans tout les sens. Mon sang laisse des traces sur le sol. Je te souhaite bien du plaisir, Maryse à nettoyer tout ça.
Je hurle mais mon père me bâillonne. Il me jette facilement en bas des escaliers et dégringole sur les tommettes marrons. Je heurte chaques marches avec violence. Il referme la porte sans un regard en arrière. Je ne vois plus qu'un rai de lumière qui filtre dans l'embrasure.
J'ai mal à la tête et surtout au ventre. Je sens le liquide poisseux couler de ma plaie. Je compresse tant bien que mal avec mes mains. Mon cœur bat la chamade. La crise est proche. J'ai l'impression de voir des ombres dans le noir que me fixent mais je sais que se sont des hallucinations. Des illusions formées par mon cerveau brumeux. J'ai froid ! Je vacille et tombe sur le sol. La seconde d'après, je sombre.

Une si jolie petite fleurOù les histoires vivent. Découvrez maintenant