Il aura fallu que j'attende vendredi matin pour que le cours pour lequel j'ai changé de lycée ait lieu. Cette option qui me tenait à cœur.
Nous ne sommes pas nombreux dans la salle de cours. Une quinzaine tout au plus.
Sommes-nous les seuls intéressés par l'avenir de la planète ? J'espère que non.
Ambre est là, elle aussi. C'est la seule de ma classe. Les autres viennent des autres terminales S.
Nous attendons la prof en discutant sur ce que nous attendons de cette option, en refaisant le monde.
Lorsqu'elle entre enfin, je suis contente de retrouver ma prof de SVT. Je la trouve vraiment géniale.
Elle nous présente ce que nous allons faire au cours de l'année et je l'écoute avec des étoiles dans les yeux.— Comme je connais la majeure partie d'entre vous, ce n'est pas la peine que vous vous présentiez. Je vais seulement faire l'appel.
Elle a à peine fini sa phrase que quelqu'un frappe à la porte.
— Entrez.
Je souris en voyant la personne qui entre.
Ça ne m'étonne pas vraiment de lui qu'il ait choisi cette option.
Par contre, qu'il soit en retard est étrange.
Il s'excuse auprès de la prof et s'assoit à la première place qu'il trouve. Une place loin de la fenêtre, à côté de la porte. Je sens d'ici que ça le gêne. Sans doute pour voir qui partage le cours avec lui, il jette un regard circulaire à la salle. Ses yeux glissent sur Ambre et moi sans même nous remarquer.
Ce que je devine, c'est qu'il semble préoccupé. Ses traits sont tendus. Ses yeux plus noirs que jamais. On dirait qu'une tempête fait rage sous son crâne.
Je laisse de côté mes envies de l'aider. Mon empathie. Cela ne sert à rien. D'abord parce que nous sommes en cours et ensuite parce que je doute qu'il me laisse approcher.
J'écoute le cours. Prends consciencieusement mes notes lorsqu'il le faut. Participe au débat quand la prof pose une question.
La fin de l'heure arrive bien trop vite malheureusement. Après avoir noté ce que nous avons à faire pour la semaine prochaine, je range mes affaires et sors de la classe.
Le vendredi étant le jour de repos de mon père, je lui ai promis de manger avec lui. Je le rejoins donc le plus vite possible devant le lycée, n'ayant pas beaucoup de temps avant que les cours ne reprennent.— Comment va ma fille préférée ?
— Je te rappelle que tu n'en as qu'une... À moins que tu ne me caches certaines choses. Que je ne suis pas sûre de vouloir connaître cela dit si c'est le cas...Il fait mine de réfléchir pendant que nous nous éloignons pour rejoindre la plage qui se situe juste devant le lycée. Sa réponse est identique à celles de toutes les autres fois où je lui ai sorti ma tirade...
Que c'est un modèle de vertu, que je ne devrais pas douter de lui, que je ne suis qu'une fille indigne.— Ah ? Je ne suis plus ta fille préférée ?
Il rit en s'asseyant sur le sable. Une fois que je suis installée à ses côtés, il me tend ma part de salade qu'il a préparé avant de venir. Je lui raconte ma matinée, mon dernier cours à grand renfort de paraboles et de gestes.
— Au moins, tu n'as pas changé de lycée pour rien.
— Ouais.Je finis ma salade et mange les prunes que mon père a ramenées pour le dessert en vitesse en voyant des élèves de ma classe quitter la plage. Quand j'embrasse mon père sur la joue en lui disant que je l'aime, certains me regardent d'un drôle d'air.
Ça alimentera un peu plus leurs conversations et ne me fera pas pour autant changer de comportement. Je ne vois pas pourquoi j'agirais différemment. Pourquoi je ferais semblant. Ce n'est pas moi.
Je le salue et emboîte le pas à mes camarades.
Il ne nous reste plus que deux heures mais elles me semblent durer une éternité. Les minutes s'allongent. S'allongent. Pourtant, je suis là. Bien là, à écouter. Réceptive à tout ce qui se passe autour de moi. Aux bruits des crayons sur les feuilles de mes camarades. À leurs murmures.
Aux mots du prof d'histoire-géographie.
Je suis là.
Si seulement, le seul adulte de la pièce n'était pas aussi soporifique. Pourquoi faut-il que les enseignants de cette manière n'arrivent pas, la plupart du temps, à nous intéresser ?
Notre délivrance arrive enfin sonnant la fin de cette première semaine de cours. Signant le début du week-end.
Comme Léo et Luna finissent un peu plus tard, je décide d'aller les attendre devant mon ancien bahut. Je prends mon temps pour y aller. Rien ne presse. Je profite du moment. Regardant la vie autour de moi. Captant les conversations, les rires. Ici un baiser. Là, des au revoir. Les promesses des soirées à venir. Celle de ce soir, celle de demain. Avec l'idée d'en profiter un maximum tant qu'il fait beau et que nous ne croulons pas sous les devoirs et autres joyeusetés.
Je tends l'oreille à chaque fois qu'un skateboard passe à côté de moi mais leur bruit se perd dans la masse m'empêchant de le reconnaître. Le pourrais-je seulement ?
Une petit voix sous mon crâne ne peut s'empêcher de me rappeler que son propriétaire peut habiter n'importe où dans cette ville, avoir dix ans comme quarante-cinq.
Elle a raison.
Je presse le pas.
Quelques-uns tentent de me rattraper pour m'inviter à leur soirée. Je décline poliment. Peut-être que l'intention est bonne. Peut-être pas. Mais si elle ne l'est pas, il est hors de question que je leur serve de faire valoir. Et puis j'ai besoin de mes amis. D'ailleurs quand on parle du loup.
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Cinq Sens
Teen FictionL'ouïe. La vue. Le goût. L'odorat. Le toucher. Cinq sens. Tous les jours, elle entend son skateboard. Tous les jours, elle voit. Ses amis. Ses profs. Son père. Tous les jours, elle goûte. Mange. Tous les jours, elle sent les embruns de l'océan tou...