Cloués au sol, un monde flou vacille tout autour d'eux durant quelques secondes. Le jeune homme se relève péniblement et se sent nauséeux. Abasourdi, il regarde autour de lui le décor qui reprend sa place. Un sifflement vient enfler dans ses oreilles. Une lueur rouge vacille au loin, et il ne comprend pas d'où ça vient. Il discerne vaguement les autres s'agiter autour de lui. Gentiment, les sons alentours résonnent à nouveau dans sa tête. Il sent des pas qui s'écrasent sur le sol près de lui, des éclats de voix, une vague d'odeur de brûlé dégueulasse et le crépitement d'un feu. Il sent un courant d'adrénaline lui parcourir le corps et se lève pour rejoindre en courant les autres.
-Hé merde !!!
C'est la blonde qui est arrivée la première sur les lieux. Leur hélicoptère noir est pris par les flammes. Du moins ce qu'il en reste en tout cas. L'explosion a dû partir de là et a endommagé le deuxième hélico, posé juste à côté. Les flammes se sont propagées sur le cabanon et lèchent le toit avec une avidité et une rapidité surprenante. Gentiment, elles s'installent sur le siège du deuxième engin. Ils restent plantés avec une envie pressante d'agir mais dans l'ignorance du comment, et dans la torpeur d'un esprit sous le choc. Le barbu arrive derrière eux et les rassure.
- Il a plu la journée de hier et on a eut des averses aujourd'hui. Le feu va progresser lentement et mourir gentiment si on agit maintenant.
Mais les flammes le narguent et glissent le long du bois du couvert. Elles lui font un bras d'honneur en s'attachant aux troncs d'un premier arbre. Un frisson d'horreur caresse leur échine et l'incompréhension leur chuchote des paroles terrifiantes à l'oreille. Cependant, une idée germe sous le crâne nu du nain qui doute la cause du refus de l'humidité à faire son boulot. Il frémit et chuchote sa pensée à haute voix sans trop réaliser.
-C'est pas de l'eau.
Personne ne réagit. L'information est passée comme le vent. Le feu gagne en ardeur et personne n'a l'air d'être au courant que les flammes brûlent et tuent. Mis à part le gringalet qui commence à devenir nerveux. Soudain, le nain va se planter devant eux et claque des doigts.
-Bon, vous avez pas trop l'air de capter ce qu'il se passe dans votre vie. Y a un feu qu'a démarré. Il a l'air de s'en battre les couilles de l'humidité, même si je pense que c'est pas de l'eau, et au pire, en on a rien à foutre. Tout ce que y'a à savoir, c'est qu'on est bien dans la merde. Maintenant, vous allez bouger votre cul avant qu'il se fasse griller bordel de merde, on se casse! On a pas les armes pour tuer un monstre pareil. Allez me chercher vos tronces et un peu de pétard. Bougez!... L'ancêtre! Va chercher les combis et les bonbonnes !
Le vieux partit on ne sait où et les autres, heureux de savoir quoi faire, se précipitent vers l'entrepo avant de stopper net. Pris par les flammes l'accès leur est devenu dangereux. Sans compter que leurs tronçonneuses fonctionnant à la benzine, les chances sont quasi inexistantes qu'elles aient été épargnées par les flammes.
-Mais merde ! C'est quoi ce foutage de gueule !
Le nain balance son poing contre une poutre et s'y appuie en regardant le brasier qui gagne en puissance, gentiment. Son visage commence à chauffer sous l'ardeur grossissante du brasier. Le jeune homme s'avance vers lui.
-Je capte rien. Des tronçonneuses ?
Le nain chauve fixe la rougeur qui se dégage de la porte en ignorant sa peau qui commence à bruler et répond d'une voix étonnamment douce.
-La rivière. On peut pas la passer. Il nous faut abattre un tronc.
-Y a pas de pont ou un moyen de la contourner ?
-Non, elle se sépare en deux bras qui nous encerclent et nous bloquent tout du long jusqu'aux chutes.
-Mais y a pas moyen de trouver un lieu sûr ou de...
-Eh les gars ! Faut dégager ça commence à devenir chaud là !....
La grande blonde les regarde en souriant avant de faire demi-tour d'un pas pressant. Le nain regarde le jeune homme dans les yeux, se met en marche et il lui résume leur situation.
- Pour faire bref, on est dans une réserve immense. Le feu va se propager partout, même au-delà de la rivière : les cimes des arbres se touchent à certains endroits. On a pas de réseau ni de téléphone satellite pour avertir qui que se soit pour l'incendie et indiquer notre position. Normalement y a des patrouilles pour ça, mais il a énormément plu, et personne ne s'attend à un délire pareil. Tu piges ? Le temps qu'il y ait réaction du côté des secours, l'incendie sera tellement énorme qu'on pourrait être n'importe où et qu'ils auront une catastrophe colossale et certainement impossible à éteindre. Tout ce qu'on peut faire c'est partir le plus loin possible dans le nord et rejoindre les prairies qui précèdent la lande de pierres.
- Et pour traverser?! Comment abattre ces arbres sans tronçonneuse?
Une voix derrière son dos l'en informa.
- Tu te rappelles ce que je t'ai répondu pour ton téléphone pété? Pas de tronce, on prend une scie !
L'équipe se tient derrière lui en tenant la plus grande scie qu'il ait jamais vu. La blonde capte son expression ahurie.
-Haha si tu veux venir au bout de colosses pareils, c'est la plus petite taille. On la gardait exposée sur la paroi extérieur à l'arrière du cabanon. Et votre sympathique gente féminine à encore suffisamment d'explosif dans son sac pour abattre quelques colosses!
Sur ces belles paroles, ils prennent le chemin menant à une possible survie.
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Les prisons de feu
Short StoryUne entreprise de spéculation immobilière envoie un de ses employés estimer le potentiel d'une forêt protégée, aux arbres à dimensions titanesques. Alors qu'ils sont sur le point de quitter les lieux, un hélicoptère explose créant ainsi le début d'u...
