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Chapitre 6: La traversée

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-Bon je le plonge dans le ruisseau s'il se bouge pas !!

-Il ouvre les yeux !!

Les formes autour de lui se matérialisent. Quatre visages l'entourent comme si ces personnes se trouvaient devant le berceau d'un nouveau-né. Il les regarde à tour de rôle ahuri.

-Com..combien de temps...

-T'inquiète, pas plus d'une minute sinon on aurait déjà bougé.

"On y va les copains !! On a perdu assez de temps !!!" , s'exclame joyeusement la blonde. Ils le remettent littéralement sur pieds et se dirigent vers leur pont de fortune. Le jeune homme, déboussolé, contemple l'oeuvre des bûcherons. Un des colosses verts traverse le fleuve, et sa majestueuse cime est posée sur la rive opposée. Le nain serre son sac tout en se tournant vers lui.

-Ah ! au cas où, t'as faillit finir sous le tronc après avoir pris ton envol depuis une souche.

Sur ce, les quatre bûcherons éclatent de rire. La blonde commence déjà à escalader la base du tronc gigantesque mais glisse après trente centimètres d'ascension.

-Va falloir que quelqu'un monte aider les autres à monter !

Tous se tournent vers la perche qui est déjà en train d'enlever son sac et de trépigner sur place en évaluant la hauteur de son adversaire. La grande femme se met en position caillou à moins d'un mètre du tronc en conservant son sac sur le dos. Le gringalet inspire, prend son élan, sprint, pose son pieds d'appel sur le dos de la bûcheronne et s'élève dans les airs. Il s'écrase au deux-tiers de la hauteur de tronc, et, tout en grimaçant, il s'accroche du mieux qu'il peut aux écailles d'écorce qui recouvrent l'arbre. Arrivé au sommet, il sert ses deux main ensemble, le visage tordus de douleur. Il sort un rouleau de bandage et momifie ses mains. Le trapu lance des sacs à dos et une corde au gringalet. Il noue la corde à sa taille et attache les sacs au bout de celle-ci pour faire contre poids. Il les poussent doucement de l'autre côté du tronc et s'empresse de se pencher du côté opposé. Ses pieds font office de crochet contre l'écorce. Le jeune homme est invité à passer en deuxième. Le nain a posé un genou à terre et la grande blonde se tient droite près de ce dernier, les mains prêtes à faire la courte échelle. Il remarque que les mains de la bûcheronne saignent. Elles sont boursouflée à la base des doigts. Il hésite à poser ses pieds mais les autres lui crient de faire vite. Celle que lui tend le gringalet n'est pas en meilleur état, du moins les zones qui ne sont pas recouvertes de bandages. De la peau à vif parcourent sa main. Il fronce les sourcils et se fait tirer au sommet. En cinq minutes, ils tous montés sauf la bûcheronne. Elle essaie de saisir les mains du gringalet mais il lui manque quelques. centimètres.  Elle courre vers la berge et ramène des pierres. En faisant ses allers-retours sans relâche. Le nain jure.

-On est con ! Fallait faire ça tous ensemble avant ! On perd des minutes précieuses !

La nuit tombe gentiment. Du haut de son perchoir le jeune homme voit qu'un rougeoiement vacille dans les profondeurs de la forêt. Le nain l'a aussi vu et semble étrangement se calmer. Le tas de caillou stabilisé, la blonde gagne à peine une trentaine de centimètres ce qui est largement suffisant. Le barbu et le gringalet se penchent en avant pour l'aider à monter tandis que le nain et le jeune homme s'accrochait à leur jambe pour servir de contre-poids en plus des sacs à dos. A grande peine, il la hissent au sommet. Le jeune homme observe attentivement la traversée qu'ils ont à accomplir ; le tronc large et recouvert d'écorce sera facile à parcourir et vers la fin, ils auront seulement un petit bout dans le début des branchages à passer. Ils marchent d'un pas sûr sur leur pont de fortune, et arrivés à moitié, les bûcherons s'accroupissent pour fouiller dans les sacs. Le jeune homme est ahuri

- C'est quoi le délire ? C'est pas le moment de bouffer, de boire ou je sais pas quoi ?!!

Ils en sortent des lampes frontales et le barbu se tourne vers lui tandis qu'il l'allume et la met sur son front.

-On a plus de temps que prévu. La rivière est par zones couvertes, cachées par les branchages et par zones découvertes. Là on est à découvert. A cette heure-ci, les secours ont dû bouger, alertés par nos familles, par une patrouille, par le centre du bûcheronnage qui ne nous a pas vu rentrer, enfin bref par quelqu'un. Ils ont constaté que y a un gros feu et pour l'éteindre y aura des hélicos. Ils vont devoir aller se remplir dans la rivière. Si on a de la chance, ils vont venir par là faire le plein d'eau et apercevoir nos lumières. Le problème c'est que y'a des centaines d'endroits où ils peuvent aller chercher de l'eau avec les hélicos.... Mais je vais pas te cacher que s'ils nous trouvent maintenant, ça nous faciliterait la vie.  On prend le risque d'attendre un moment.

Ils restent assis, attendant, ne sachant pas si l'attente est vaine, ne sachant pas s'ils se condamnent en laissait le feu s'approcher. Car si jusqu'à maintenant, ils avaient pu devancer le feu et prendre autant d'avance, c'est grâce au vent favorable, qui change désormais de direction. Le silence est pesant. Le froid s'insinue lentement et ils voient le rouge lointain enfler, se rapprocher.

-Vous avez eut quoi aux mains ?

Sa voix surprit les autres. Ils semblent découvrir maintenant leurs membres blessés. Une voix féminine lui répond

-C'est la scie. On est habitué au confort de la tronçonneuse, et pour être honnête, on avait aucune idée du temps à disposition. On a fait au plus vite pour scier mais le premier arbre abattu s'est brisé. On a flippé grave et avec l'adrénaline on fait éclater les cloques en sciant le deuxième.

Le crépitement lointain enfle et personne ne semble s'en soucier. Le gringalet eut un sourie niais.

-Eh en fait tu t'es baladé pour qu'on ait eut le temps d'abattre deux arbre ?

Leur avouer qu'il a faillit se perdre ? Certainement pas.

-Je suis asthmatique, j'ai eu des crises.

-Haa je me disais que tu tenais rien à la course. T'es plus baraque que moi, plus grand que le nain , plus jeune que le barbu et en plus tu te fais tracer par une gonzesse. Le plus drôle c'était ta tête quand t'as débarqué. T'avais l'air content de nous voir pour une fois...

Il veut rétorquer mais le fracas d'un géant vaincu par les flammes les tirent de leur torpeur, les ramenant à la réalité. Le tremblement les a ébranlé. L'incendie est proche. Le barbu se retourne et voit en amont le feu qui s'élance déjà vers les branches de la rive voisine.

-Faut bouger les gars, on a parié on a perdu !

Les prisons de feuDes histoires addictives. Découvrez maintenant