Avec la rage dans les mains et dans les poignets, Elysabeth attrape ce maudit de carton. Tess n'est nul autre que la femme du Diable et il l'envoie pour la défaire du droit chemin. Betty serre les dents. Qu'il n'y compte même pas ! Ce n'est pas un carton qui va...
Elle se laisse aller contre les étagères, complètement essoufflée. Roger la regarde docilement.
_ Ça va Elysabeth ?
_ Je voudrais que ça s'arrête...
Elle regarde par le petit trou de la serrure pour surveiller que Tess ne se trouve plus derrière.
_ Ro...roger, s...s'il... vous plaît... dites à ... Mélanie et Am.. Am...Amira de ranger ces c...c.. cartons.
_ Ces deux-là ? Ensemble ? Vous voulez la guerre ? Olalala.
L'estomac retourné, le regard creux, Betty rejoint son bureau. Avant de s'y enfermer, elle jette un bref coup d'œil dans le bureau d'en face, refoulant ses larmes. Ce qu'il s'est passé n'est pas juste et ses vêtements sales peuvent témoigner ! Elle pourra témoigner ! Elle ne s'agenouille que devant les gens qui ont une foi poignante, pas devant les pestes de ce type ! Tess ne la quitte pas du regard. Tess fait rouler son stylo entre sa paume et ses doigts, sans ciller.
Elle referme la porte en la claquant bruyamment. Une infime partie d'elle voudrait tout renverser, une infime partie d'elle voudrait briser... cette Tess. Elle aimerait être sa sœur.
Eve lui aurait mis un poing dans la figure sans se poser de questions. Mais Betty n'est pas comme ça. Elle ne bouillonne jamais plus de trente secondes. De toute façon, pour elle, cette Tess n'est pas nette, complètement hystérique. Et puis elle aurait très bien pu lui "balancer à la figure" l'histoire de l'autre soir au bar... Elle aurait moins fait la maline !
Betty se courbe. Son cou supporte une tête trop remplie et trop baissée. Les gens qui ne savent pas s'armer, s'usent toujours plus fort et plus vite .
_ Elysabeth ? Robin cherche à vous joindre, c'est important, il m'a dit.
Elysabeth revient de ses pensées assassines. Pascale est devant elle, souriante.
La rouquine hoche la tête. La porte du bureau d'en face est entièrement ouverte. Tess lit sûrement plusieurs rapports à la fois, de la main droite elle écrit sûrement un mail, de la main gauche, elle écrit sûrement une note pendant que ses yeux sont rivés droits sur elle.Betty bascule légèrement en arrière.
_ Elysabeth ? Vous allez bien ?? Vous êtes toute pâle. Je pense qu'il faudrait prendre des vitamines et prendre soin de vous, madame. Vous savez je...je...ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas. Mais pour l'affronter cette Tess, il faut être endurante. [Elle baisse le ton]. Vous savez, on en a vu partir des chefs. Elle les a eu à l'usure. Les autres agents les ont aussi eu à l'usure. Mais vous êtes jeune vous, vous êtes toute belle encore. Ce serait dommage de perdre cette éclat de jeunesse. Ne vous laissez pas faire Elysabeth. Vous pouvez lui tenir tête et tenir tête à toutes ces hystériques. Vous ne vous sentez pas à votre aise ? C'est normal. Le monde ne s'est pas fait en une semaine. Vous croyez quoi ? Quand elle a débarqué, il y a trois ans, qu'elle a tout su faire en quelques heures ? Non, il lui a fallu du temps. Et pour être honnête, je trouve que vous maîtrisez beaucoup plus de choses qu'elle à son arrivée.
Elysabeth essaie de s'imaginer une Tess peu sûre d'elle et hésitante, sans grande conviction.
_ PONCET ! Vous n'avez donc rien de mieux à faire que d'importuner Du Tonquin ? Hm peut-être que vous êtes en train de comploter contre moi Pascale ? Du balais. Et si Robin a un message pour Du Tonquin, il n'a qu'à venir lui-même, dit-elle d'une voix presque sans humeur.
L'autre a tout entendu ! Son bureau est à plus de dix mètres et elle entend tout ! Elle a dû entendre tout ce que Pascale lui a dit ! C'est obligé !
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Les folies de Tess
General FictionElysabeth du Tonquin, parisienne et fille du richissime secrétaire d'État au ministère des affaires étrangères, atterrit suite à la réussite du concours de la fonction publique en Province... En Ardèche... C'est le choc thermique. Elle, habituée au...
