Couper le cordon

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Elysabeth regarde ses pieds et ses petites chaussures en toiles bleues. La situation est d'une absurdité sans nom ! Comment ça ! À force de vivre dans les reins de cette Tess, de se faire prendre par la fièvre, elle en a oublié la méfiance de son nom ! Pendant des mois, son père est resté à distance, dans une discrétion pourtant suspecte.

Elle avait tellement à coeur de mettre ses tripes sur le tapis, d'esquiver les coups de griffes et coups de lèvres de Figz que son père est passé à la trappe !

Elle sent le regard effronté de Tess sur son paternel. Si elle a retiré Dieu de son âme, c'est le comble du comble que prier Dieu, aujourd'hui, pour que son amour reste bien sage. Elle voudrait prévenir Tess mais elle n'ose pas la regarder... Ely ne peut pas arrêter ses tremblements. Pourtant, elle devra rester calme, patiente... Il va vouloir la bousculer...

Luc Du Tonquin jouit intérieurement. Il remercie Jésus et cette vermine de gueux de Gérard Dubois de lui avoir servi sa fille sur un plateau d'argent. Il ne prend pas la peine de dévisager la chair de sa chair. Il est plutôt intrigué par l'autre femme. Elle le regarde, et ce regard est si sombre et pourvu d'un demi sourire... On dirait que cette jeune femme guère plus âgée que sa fille le défie... Qu'elle baisse les yeux cette moins que rien ! C'est sa fille qui devrait tenir les meilleures places. L'heure est venue... Que de dégoût, il porte pour ces gens miteux... Qu'elle baisse les yeux !! L'homme a la mâchoire saillante et claquante, serre son poing...

Tess essaie de déstabiliser cet adversaire. Quel père... quel père peut faire un coup tordu pareil à sa fille ? ["Regarde moi espèce de cancrelat. Ordure. Ta fille est à moi, toute à moi..."]

Et en regardant cet homme, Tess ne peut pas s'empêcher de penser à cette esquisse de conversation dans le TGV. Elysabeth lui ressemble tellement ! Il n'est qu'une crapule et sa fille, une merveille ! Comment est-ce possible ! Elle ne le trouve même pas beau... Pourtant on dirait des copiers-coller.

Dans la jungle de sa tête, Figz se demande, c'est vrai, elle ne s'est jamais demandée, en trente-quatre ans à quoi pouvait ressembler son père de son vivant... Est-ce qu'il était petit ? Grand ? Brun ? Les yeux bleus ? Les yeux marrons comme elle ? Sa mère déviait toujours la conversation, c'est ce que Tess croit. Elle ne se rappelle pas. Peut-être que quelques fois, elle a demandé à son oncle, pourquoi sa mère n'avait rien gardé de son père, pourquoi elle n'en parlait jamais ? Thur avait répondu que c'était douloureux et que ça le sera toujours... Peut-être qu'il a dit que sa mère était fragile... Qu'il faut faire attention à elle...

Pourquoi ?! Elle est dans cette putain de limousine et vraiment elle sait que ce n'est pas le moment pour se laisser submerger mais elle voudrait ouvrir la vitre et pourquoi pas se jeter de la voiture...

Elle continue de matraquer l'homme autant qu'elle le peut. Plus elle enfonce les crocs de ses yeux sur lui, plus elle étouffe cette drôle de sensation, cette culpabilité... Toutes ces années, elle a laissé ça... Elle n'a jamais demandé à sa mère qui était son père....malaise... Elle croit qu'il s'appelle Pierre... Elle ne sait pas, sur la tombe on lit mal et Tess ne s'est jamais préoccupée de ça.

Orpheline. Est-ce que c'est normal de ne pas savoir ça. Tu as regardé cette tombe yeux dans les yeux et tu n'as même pas vu ces putains de lettres. Enfant indigne. Froide.
Est-ce que c'est ce qui a rendu sa mère folle ? Sa mère l'a tellement étouffée...

Malaise... Tu sens le vide en toi Tess.

Elysabeth jette un coup d'œil furtif. Tess devient blanche... Ce trajet est interminable. Elle crève d'envie de demander à son père pourquoi être allé aussi loin... Mais déjà la limousine se gare au pied de l'immeuble.

Les folies de TessDes histoires addictives. Découvrez maintenant